L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La véritable épreuve de feu de Sarkozy

Mouvement sociaux en France

La véritable épreuve de feu de Sarkozy

La France est entrée dans la tourmente sociale. Les mouvements de mécontentement se multiplient, et le gouvernement doit faire face à une grogne sociale dans un climat de morosité économique caractérisée par des prévisions de croissance médiocre, un pouvoir d'achat à la traîne alors qu'augmentent les prix des produits de première nécessité au premier rang desquels, l'essence. La grève reconductible engagée à la SNCF et à la RATP promet d'être dure. Elle est susceptible de bloquer le pays, d'avoir de notables conséquences au plan économique et de porter un coup à la politique de rupture dont le président Nicolas Sarkozy s'est fait le chantre. Le contexte social est particulièrement tendu. Récemment encore, les infirmiers et les marins pêcheurs ont, par des actions plus ou moins musclées, obligé Nicolas Sarkozy à satisfaire leurs revendications. Un mouvement de contestation a commencé dans les universités et semble, avec quelques difficultés, prendre de l'ampleur. Les agents d'EDF-GDF doivent entrer dans la danse. Magistrats, avocats et élus divers, s'invitent régulièrement aux étapes du Tour de France de la garde des sceaux, Rachida Dati pendant lesquelles, elle dévoile son plan de réforme judiciaire : ils protestent bruyamment contre les fermetures de tribunaux. Bref, il apparaît clairement que la rupture ne passe pas facilement. Le président français a beau multiplier les gestes qui frappent, il a beau se rendre personnellement sur le terrain, il est rudement apostrophé par ses interlocuteurs.

Le contraste est saisissant : alors que Sarkozy semble être flamboyant sur la scène internationale, en France même , les faits s'entêtent à lui résister. Au Maroc, il vend avec brio son projet d'Union de la Méditerranée. A Lisbonne, il voit son projet de traité simplifié pour l'union européenne remettre l'organisation sur les rails. A Washington, il est adulé par un George Bush empêtré dans le bourbier irakien. On pourrait être tenté de dire que la France est de retour. Et que les Français doivent être contents de leur président. Il a même, ultime cadeau de la providence, le bonheur d'avoir face à lui des adversaires curieusement incapables de réaction, qu'il a malicieusement anesthésiés par sa politique d'ouverture. Or, on constate que rien, ou presque, ne lui réussit à l'intérieur. Cela a commencé avec la victoire étonnamment étriquée de son camp lors des législatives. La série s'est poursuivie par les pas de clerc lors des tractations qui ont abouti à la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien qui étaient retenus en Libye, par les couacs gouvernementaux autour de l'amendement portant sur les tests ADN dans le projet de Brice Hortefeux sur l'immigration, par les critiques (dont certaines émanant de son propre camp) sur l'ouverture, l'hyperpresidentialisation qui est source de frustrations pour ses collaborateurs et pour le premier d'entre eux : le Premier ministre François Fillon. Et pour couronner le tout, un échec personnel qui donne un tour singulier à l'idée de rupture : il est, de toute l'histoire de la République Française, le premier président célibataire. Mais de toutes ces déconvenues, la grève actuelle constitue la première véritable épreuve pour Nicolas Sarkozy et sa politique de rupture. Le projet de réforme des retraites, et surtout le projet d'uniformisation des régimes de retraite, montre à souhait que la rupture ne passera pas comme une lettre à la poste. L'activisme médiatique, le volontarisme affiché ne suffisent pas. Une société, c'est aussi une histoire, des habitudes, un esprit avec lesquels il faut savoir composer. A priori, tout semble conduire vers le blocage. Du côté du gouvernement, on affirme qu'il s'agit d'une promesse de campagne, et que le président Sarkozy y est décidé à tenir ses promesses. Il a fait de cette attitude le coeur de la rupture politique, il en a pris l'engagement solennel dans son discours d'investiture , et il a symboliquement lancé, d'entrée de jeu, toute une batterie de mesures sur ce thème des promesses tenues, dont le fameux paquet fiscal et la loi sur le service minimum. Le gouvernement dit ensuite qu'il s'agit de réformes nécessaires, et qu'elles n'ont que trop tardé. Et l'on voit mal comment le président Sarkozy pourrait faire machine arrière après avoir répété sur toutes les tribunes (tout récemment, c'était Washington) qu'il ne cèderait pas. Du côté des syndicats, on déplore la manière : dire que la réforme se fera coûte que coûte et qu'on peut seulement ouvrir le dialogue sur les aspects marginaux, ce n'est pas là, pensent-ils, manifester beaucoup de considération pour ceux qu'on appelle "les partenaires sociaux". Et l'on comprend qu'ils se sentent particulièrement motivés pour la défense de ce qu'ils considèrent comme des acquis sociaux. C'est donc l'épreuve de force. Et, comme cela a rarement été le cas sous la Ve république, le président se trouve en première ligne. C'est sa crédibilité, sa présidence et sa fortune politique qui sont directement en jeu. L'explication ? Toujours et encore cette obsession extériorisée de la rupture qui amène Nicolas Sarkozy à éclipser le gouvernement et son chef , et à prendre personnellement la responsabilité des projets de réforme, du succès... ou de l'échec.

Mais il est permis de penser qu'on n'ira pas jusqu'à la rupture entre le pouvoir et les syndicats. Il semble en effet que chacun sait jusqu'où il peut aller. Sarkozy a beau dire, il ne peut pas ne pas penser au sort d'Alain Juppé, promis à l'avenir politique le plus beau et que l'entêtement à tenir tête aux syndicats opposés à ces réformes a conduit à la démission; depuis, il ne cesse de recevoir tuiles sur tuiles sur la tête. Sarkozy ne peut pas ne pas penser à l'ancien chancelier allemand, G. Schröder, que les réformes ont rendu impopulaire; il lui a fallu de l'énergie et du panache pour limiter la défaite du SPD et obliger la CDU à la grande coalition. D'ailleurs, Angela Merkel, qui sait à quoi elle tient son statut de première femme chancelière, n'a pas manqué d'apporter un soutien appuyé à Nicolas Sarkozy après le premier conseil des ministres franco-allemand. Par conséquent, le gouvernement sait bien qu'il ne peut pas en faire à sa tête.

Mais les syndicats, eux aussi, savent que leur marge de manoeuvre est étroite. En effet, l'opinion ne semble plus les suivre. La magie de la grève par procuration n'opère plus : ils apparaissent maintenant comme des gens arc-boutés sur des intérêts corporatistes pour lesquels ils causent d'insupportables désagréments aux usagers.

Et en réalité, on peut affirmer que c'est l'opinion qui tranchera. Nicolas Sarkozy, qui a besoin d'être aimé, surveillera attentivement l'évolution des sondages. Les grévistes aussi. Cela confirme peut-être l'idée que la démocratie est le régime de l'opinion, donc des sondages.

Le Pays du 15 novembre 2007



14/11/2007
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