L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Où est passé le gardien de Maïga

Cher Wambi,

 

Vendredi dernier, peut-être même au moment où te parvenait ma lettre hebdomadaire, Ouagadougou était une nouvelle fois en ébullition, et pour cause :  les restes des corps découverts en mille endroits de la capitale venaient d'être identifiés comme étant ceux de Maré Bambo Oumar et de Bansé Sempana, froidement assassinés et mis en pièces.

 

Alors que les fins limiers de la police étaient encore à la recherche des auteurs et complices de ces découvertes macabres de Boulmiougou, Sig-Noghin et Bogodogo, la rumeur avait déjà fini de faire, elle, le tour de la capitale, indexant la chaîne des bars Kundé comme étant le patrimoine de Maïga Modibo Ali, l'un des principaux suspects tombés dans les filets des hommes du Commissaire Paul Sondo. Il n'en fallut pas plus pour que parents, amis et saprophytes de tous ordres crient vengeance.

En un clin d'œil, le Kundé de la Cité An II sera réduit en cendres, et tous les biens, tant mobiliers qu'immobiliers, brûlés ou emportés.

 

Seul le bitume de l'avenue Bassawarga sera épargné, avant la descente de la meute à la Patte d'oie, secteur 15, où la résidence de la famille Maïga fut mise à feu.

N'eût été l'intervention des sapeurs-pompiers, certains voisins n'auraient aujourd'hui que leurs yeux pour pleurer.

 

Ce vendredi-là sonnera le deuil de la chaîne des bars Kundé, cible privilégiée des manifestants, qui avaient décidé de se rendre justice. Les troubles se poursuivirent le lendemain samedi, jusqu'aux portes du commissariat central de Ouagadougou, où étaient détenus Maïga Modibo Ali et Sana Aboubacar, un autre suspect, pour réclamer les têtes introuvables jusque-là des victimes.

 

Finalement, c'est du barrage de Tanghin que lesdites têtes seront repêchées dans l'après-midi du même samedi, ce qui contribua un tant soit peu à faire baisser la tension.

Cher cousin, pendant que parents et amis pleuraient leurs morts, la ville était en émoi, qui venait de vivre ses troisièmes émeutes en neuf mois.

 

De toi à moi, cher Wambi, quand la meute commence à être maître de la rue, il y a lieu d'avoir peur et de s'interroger.

Y a-t-il vraiment une autorité dans ce pays ?

On peut aisément comprendre la soif de justice des populations, mais prenons garde de ne pas sombrer dans la vengeance aveugle, qui ferait des victimes innocentes.

 

En tous les cas, les enquêtes se poursuivent. Maïga Modibo Ali semble faire de la résistance du fond de sa cage ; Zampaligré Amadou, alias "Zampa", le troisième suspect, qui a vite franchi la frontière, reste introuvable au Togo, où il se serait réfugié après leur forfait à Saâba le 13 mars 2007.

 

Dans l'attente que la justice fasse la lumière sur cette ténébreuse affaire, c'est ce vendredi 23 mars 2007 qu'aura lieu le doa de Maré Bambo Oumar en son domicile à la Patte d'oie.

 

Les copropriétaires de la chaîne des bars Kundé, eux, travaillent à refaire leur image, écornée depuis le vendredi 16 mars, et peut-être à relever le défi de ressouder les maillons de la chaîne.

Après la révolte des casques, les affrontements entre militaires et policiers, et maintenant la fronde contre les Kundé, que nous réservera demain ?

 

Difficile d'y répondre.

Mais il n'est pas interdit, cher Wambi, que des faits nouveaux s'invitent dans l'affaire dite des Kundé, puisque à ce qu'on me dit, le parquet et la police se rejettent le cadeau empoisonné de la République, que constituent Maïga Modibo Ali et Sana Aboubacar.

 

Last but not least, le gardien de Maïga Modibo Ali, qui aurait lavé la Toyota 4x4 numéro minéralogique 11 NN 5815. BF, ayant servi au transport des corps, serait aujourd'hui porté disparu.

A-t-il vraiment démissionné de lui-même après le sale boulot de Saâba, comme on le prétend, ou a-t-il, lui aussi, disparu à jamais ?

On le saura tôt ou tard.

 

Cher Wambi, j'ai appris que Mathieu N'Do est depuis le mardi 20 mars 2007 détenu à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). A l'origine de cette incarcération, une plainte pour escroquerie, déposée par  Abdoulaye Niampa et Noufou Kaboré dans le cadre d'une sombre affaire de délivrance de visas américains.

 

Selon mes sources, le directeur-gérant de San Finna aurait engrangé au total la somme de 4 600 000 FCFA contre la promesse de faire partir quatre personnes aux States. Ce qu'il n'a pu faire.

 

Constatant que l'affaire était foirée, ceux qui disent  être escroqués auraient donc réclamé leur argent au journaliste, qui, dans un premier temps, aurait remboursé la somme de cinq cent mille (500 000) FCFA avant que le président de son parti, Me Hermann Yaméogo, ne vole à son secours par un apport de 425 000 F, soit un total de 925 000 FCFA. Des 4 600 000 F, Mathieu N'Do resterait donc redevable de 3 675 000 F, mais à ce qu'on dit, les deux parties ne s'entendent pas sur les montants perçus et restants.

 

En fait, l'affaire ne portait pas vraiment à conséquence judiciaire, dans la mesure où les délits sont prescrits dans un délai de 3 ans. Or les faits incriminés remontent à 2001-2002. Qui plus est, l'intéressé s'était engagé à éponger la créance à raison de 100 000 F par mois jusqu'à concurrence du montant.

 

Mathieu N'Do aurait donc dû, semble-t-il, quitter la MACO hier, mais au moment où je t'écris cette lettre, ce n'était plus sûr.

J'apprends en effet, cher cousin, que dans cette histoire de deal de visas, il y a eu un faux en écriture publique qui aurait impliqué les Nations unies, notamment le Groupe des accréditations et de la liaison avec les médias, dont on aurait utilisé l'en-tête. Les quatre personnes qui devaient bénéficier de visas étaient en effet réputées être de (faux) journalistes.

 

La question que je me pose toutefois, cher Wambi, est de savoir, quelles que soient les charges qui pèsent contre N'Do, si on avait besoin de le déferrer, dans la mesure où son maintien en liberté n'avait pas porté atteinte à l'ordre public et qu'il ne risquait pas de s'enfuir, pas plus qu'il n'aurait brouillé les pistes de l'instruction.

Mais comme c'est le parquet qui décide, en connaissance de cause, de la nécessité ou non de faire enfermer quelqu'un...

 

Cher Wambi, on dit souvent qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre pour dire que les domestiques sont au fait des petits et grands secrets de leurs maîtres.

Tant et si bien que parfois, des complicités naissent entre le petit personnel (majordome, boy, chauffeur, cuisinier...) et leur patron.

 

Ce qui se passe chez les Yaméogo (Hermann) vient sans doute confirmer cela : Nestor Zongo, le suppléant d'Hermann sur la liste nationale de l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), ne serait autre que son... cuisinier.

C'est ce qui s'appelle une belle marque de confiance entre un employeur et son employé, même si les esprits chagrins y trouveront toujours à redire.

 

Depuis que la commission de validation des listes des différents partis en lice pour les législatives 2007 s'est réunie, ceux des candidats qui ont reçu le quitus de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ont commencé à investir les campagnes.

 

A peine six semaines nous séparent du scrutin du 6 mai, et c'est la tambouille dans certaines formations politiques.

Même le CDP, le parti présidentiel, n'y échappe pas, où le diktat des gourous est de plus en plus contesté.

Ce ne sont pas Marc Oubkiri Yao, Moussa Boly, Pierre Tapsoba et cette vague de démissionnaires du Zoundwéogo qui diront le contraire.

 

Dans les provinces où la contestation est moins audible, la consigne est ferme et la même : le vote-sanction le jour J pour obliger les inamovibles à descendre de leur piédestal.

A l'ADF-RDA, où les démissionnaires se succèdent, et à l'UNDD, où, dans le cercle restreint des inconditionnels de Me Hermann Yaméogo, on se regarde en chiens de faïence, la situation n'est guère meilleure ; que dire alors du PAI de Soumane Touré, qui s'est fait librement hara-kiri ?

 

Hélas, cher cousin, après avoir longtemps tiré à boulets rouges sur l'ennemi commun, les amis se livrent maintenant une guerre sainte pour accéder à l'Assemblée nationale.

Y a-t-il autre motivation que le gombo frais, qui pousse bien dans la savane burkinabè ?

 

On se souvient, cher Wambi, que le 4 mars dernier, Blaise Compaoré réussissait l'exploit de faire signer ici même à Ouagadougou l'ultime accord entre les protagonistes de la crise ivoirienne ; un catalogue pavé de bonnes intentions et salué par le monde entier, mais dont la mise en œuvre se fait toujours attendre sur les bords de la lagune Ebrié.

 

Aux dernières nouvelles, les signataires dudit accord feraient régulièrement, et depuis ce fameux 4 mars, le pèlerinage de Ouagadougou à l'effet de clarifier certaines zones d'ombre.

Mais, m'assure-t-on, très prochainement, la composition du nouveau gouvernement va enfin tomber.

 

En tout cas le ministre Djibril Ypéné Bassolet, qui a depuis troqué son manteau de la Sécurité contre celui de la Diplomatie, où le succès lui sourit, s'y attelle.

Serait-ce vraiment Guillaume Soro le futur Premier ministre du "messie de Mama" ?

Va  le savoir, cher cousin.

 

Ça sent le roussi à Kaya, particulièrement dans le département de Zecko et ce, depuis le début de la semaine. La raison en est l'interpellation, par les forces de l'ordre, de membres de la police de proximité, instaurée, de leur propre initiative, par les habitants de ladite localité suite à la recrudescence des vols de bétail entre autres dans la région.

 

On reprocherait à ces pauvres villageois d'avoir fait subir des sévices corporels à un présumé voleur d'animaux, il y a quelques mois. Ce serait suite à la plainte de ce dernier qu'ils ont été convoqués à Kaya (on se demande pourquoi pas à Mané, qui dispose pourtant d'un service de police) et directement transférés à la Maison d'arrêt et de correction.

 

Il n'en fallait pas plus pour qu'une délégation, forte d'une trentaine de personnes, soit dépêchée par les vieux de Zecko pour avoir des éclaircissements sur la situation. Et nombreux sont ceux-là qui pensent qu'il s'agissait d'une orchestration de ceux-là qui voient en la police de proximité un "coupe-pain" puisque les privant de "bonnes affaires", et qu'il faudrait  donc éliminer par tous les moyens.

En attendant, c'est ce matin même que les interpellés sont convoqués à la barre pour répondre du délit qui leur serait reproché.

 

Dans l'attente d'en savoir davantage, cher cousin, voyons maintenant ce que contient cette semaine le carnet secret de Tipoko l'Intrigante.

 

Simple coïncidence ou relations de cause à effet ? La polémique s'enfle aussi bien dans la province du Yatenga que dans la capitale, Ouagadougou.

Depuis l'annonce de sa candidature aux législatives de mai 2007 sous la bannière de l'ADF/RDA, l'ex-maire CDP de la ville de Ouahigouya, Issa Joseph Diallo, est subitement dans la ligne de mire de la justice.

 

Révoqué de sa fonction de président du Conseil municipal de ladite ville, l'ancien bourgmestre n'avait jusque-là été entendu par aucun juge pour ce qui lui avait été reproché. "Preuve", pour nombre d'observateurs de la scène politique locale, que l'éviction de M. Diallo procède d'un règlement de comptes politiques et personnels ourdi par Salif Diallo. Ce dernier supporterait de plus en plus mal la popularité qu'a à Ouahigouya le maire d'alors.

 

Ce mercredi 21 mars, deux comptables de la mairie ont été entendus à Ouagadougou par le juge Wenceslas Ilboudo dans le cadre de l'affaire Diallo. Deux autres agents ont été interpellés à leur tour hier, avant de voir leur audition reportée au 3 avril prochain.

 

Même si le principal concerné, jusqu'à la date d'hier, n'a pas été encore entendu, de nombreuses voix s'élèvent déjà pour crier à l'acharnement et à la machination politico-judiciaire. Dans une lettre adressée au ministre de la Justice et à celui de l'Administration territoriale, un groupe de militants de l'ADF/RDA s'interrogent sur "l'accélération subite du dossier et sur l'indépendance de la justice". D'autre part, dans la même correspondance, le groupe exprime son inquiétude face à la nomination récente, au poste de secrétaire général de la mairie de Ouahigouya de Ousmane Diallo, proche parent de Salif Diallo. "Au regard de ce qui s'est passé aux municipales, on se demande si ce n'est pas un dispositif de la fraude qui se met en place", disent les auteurs de la lettre.

 

Au regard de tout ce qui précède, les jours à venir s'annonceraient chauds dans la capitale du Yatenga. Les supporters du candidat Issa Joseph Diallo se prépareraient à se faire entendre au cas où...

 

La fin de la législature est pour bientôt, et, comme tu le sais, plusieurs parlementaires ne sont plus sur la ligne de départ. Cela contribuera certainement à agrandir le cercle de l'Association burkinabè des anciens parlementaires (ABAP). Et c'est certainement pour préparer l'accueil des nouveaux qui arriveront bientôt que Marie Madeleine Ouédraogo, le commandant de bord de l'ABAP, convoque les anciens parlementaires en AG demain samedi à partir de 9 heures à la Maison du retraité Antoine Nanga à Gounghin.

 

Le président de la Fraternité internationale des prisons, Ronald Nikkel, est attendu ce week-end à Ouagadougou. Au cours de son séjour burkinabè, Ronald Nikkel, qui est Canadien, accompagné de quatre personnalités américaines et ivoirienne, effectuera des visites dans les nombreux projets en faveur des femmes et des enfants dont il est l'initiateur au Burkina Faso, comme le Centre pour enfants en conflit avec la loi, basé à Laye.

Avant de quitter le "Pays des hommes intègres" le lundi 26 mars, Ronald Nikkel sera reçu en audience par le ministre de la Justice, Boureima Badini, et par bien d'autres personnalités étatiques.

 

Source, Une Lettre pour Laye

L'Observateur Paalga du 23 mars 2007



23/03/2007
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