L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Plaidoyer pour une police citoyenne dans la ville de Sya

Ville de Sya

Plaidoyer pour une police citoyenne

 

Plus qu'un plaidoyer, l'écrit ci-dessous est un véritable pamphlet sur les pratiques malhonnêtes en cours au sein de la police municipale de Bobo. Pour ce résident de la ville, seule une police citoyenne permettra l'éclosion d'un comportement citoyen dans Sya.


En avril dernier, tout juste après l’installation des élus locaux fraichement investis, l’une des premières et grandes décisions de la municipalité de Bobo Dioulasso, a été la suspension des activités de la police municipale. Cette décision était à la fois lourde de conséquence, courageuse dans son essence, et salutaire pour les citoyens de Sya. Lourde était cette décision. Comment assurer la quiétude dans une cité comme Bobo sans la police municipale ? C’est donc dire que nous épousons l’opinion selon laquelle cette institution a un rôle capital et même déterminant à jouer dans notre cité. En ce sens, en prenant cette décision, le conseil municipal donnait un signal fort à la masse. Une façon de dire à la population : nous sommes conscients de vos aspirations fortes. Courageuse était cette décision. Tout le monde, y compris le conseil municipal sortant, était conscient de la pourriture, de la gangrène logée dans ce corps, mais personne n’osait dire mot encore moins prendre une décision de cette nature. Pourquoi ? Peut-être par duplicité.

Si le conseil municipal était parvenu à une telle conclusion donc, c’est que les plaintes qui fusaient ici et là des citoyens ordinaires comme des institutions étaient bien fondées. C’est pourquoi, en son temps, tous les Bobolais ont applaudi à tout rompre ce geste salutaire.

Oui, salutaire était également cette décision dans la mesure où les citoyens de Sya étaient pris en otage par un corps gangrené et aveuglé par la corruption au point de nous faire subir au quotidien, s’il vous plait, les pires humiliations que nos compatriotes ne subissaient pas même chez notre voisin du sud.

En un mot comme en mille, les Bobolais étaient comme des citoyens en location dans leur propre cité. Hantés, traumatisés par une police municipale gelée, mais malheureusement plus par ses bassesses que pour le bien être commun. Personne, même le maire central Koussoubé, n’échappait aux mailles de la police. On raconte que le sens interdit établi de force au marché de légumes communément appelé "Leguema lôgô", rien que pour jouer sur la vigilance des usagers non accoutumés à cette voie, a été démantelé le jour où le bourgmestre de l’époque en a fait les frais. C’est la colère de ce VIP, en sa qualité de citoyen de première zone, qui aurait libéré les usagers de l’un des multiples traquenards de la police municipale. Ceci démontre jusqu’à quel point cette police est de mauvaise foi. Mais cela n’était que la partie visible de l’iceberg.

Que soit dit en passant, cette mesure n’a pas été approuvée parce que la police municipale était indésirable à Sya ; non. Elle l’a été parce que la population ne se reconnaissait plus dans cette milice qui ne servait plus que ses intérêts déviés en lieu et place de rôles nobles que le citoyen lambda attendait d’elle. Elle l’a été parce que la police municipale ne servait plus la commune mais peut-être les intérêts de sa hiérarchie, c’est dans ce sens que nous l’assimilions à une milice. Elle l’a été parce qu’on se disait que les autorités ayant pris conscience de l’ampleur de la situation, un signal fort serait donné pour permettre à cette entité d’exercer sainement, ce que la république attendait d’elle. Il est paradoxal, et il faut qu’on se le dise, qu’au moment où la libre circulation des personnes et des biens se concrétise sur nos routes nationales, une autre forme perverse d’entrave se développe dans nos cités rien que pour mettre à rude épreuve notre liberté d’aller et de venir, qui, pourtant nous est si chère. La rumeur courait à l’époque que malgré sa présence en temps plein dans nos carrefours « juteux », derrière chaque panneau de signalisation de la ville, la recette imputable aux contraventions 2006 était en deça du million. Paradoxal tout de même s’il tel était réellement le cas.

 

Que reproche t-on à la « police municipale » ?

 

Postulat 1 : Dans l’imaginaire des autorités, les citoyens (qui circulent sur deux roues) dans leur majorité ne sont que des voyous, des cons qui ne se soucient point de leur sécurité, donc il faut les protéger même par la force. C’est pour cette raison que la police municipale est déchargée de toutes autres attributions rien que pour suivre, poursuivre et traquer jusque dans son dernier retranchement tout contrevenant aux règles élémentaires de la circulation. Et elle, cette police corrompue, s’y adonne à cœur joie puisqu’elle y tire son compte.

On ignore au niveau des décideurs que nous nous sentons des fois humiliés quand, tout adulte que nous sommes, par un jugement subjectif un fripon nous accuse du non-respect du feu tricolore ou du non-marquage du STOP. Combien débourse t-on pour s’arrêter au feu ?

Si notre sécurité préoccupait plus que ces rackets pour enrichir certains, les flics continueraient leurs activités par la règlementation de la circulation lorsqu’une coupure intervenait aux feux tricolores au lieu de plier subitement bagages pour d’autres lieux propices. Je fouille au fond de ma mémoire mais je n’y trouve pas l’image d’un policier « municipal », donc pas national, en train de réguler la circulation dans un quelconque carrefour de Sya. Eux ils ne savent pas par contre instaurer la sécurité par la répression, ils s’y connaissent.

 

Postulat 2 : Pour les premiers responsables de la police, ceux qui ont maille à partir avec la police ne sont que des individus de mauvaise foi qui refusent de reconnaître les forfaits à eux reprochés. Du coup, tout ce qui leur est reproché par la police est fondé : la police a toujours raison. Et l’on me dira qu’ils agissent sous serment comme si le serment a toujours une valeur sur cette terre des intègres d’antan. Cependant, je dirai que la confiance n’excluant pas le contrôle, une attention devra être portée aux agents en exercice même ceux supposés sous serment ; ce qui n’est actuellement pas le cas. Pire, on refuse d’accorder du crédit aux rares personnes qui osent critiquer.

Une parenthèse en passant, si le serment avait de la valeur dans ce pays nos malades souffriraient moins dans leur chair et dans leur âme dans nos mouroirs d’hôpitaux.

Ce dont l’on accuse les agents véreux, se résument à :

- Manque d’objectivisme : aveuglés par la corruption et tenaillés par le gain facile, les agents s’adonnent à toutes sortes de viles pratiques possibles pour s’en tirer les poches pleines. Que répondre à un agent qui, toute honte bue, vous reproche de n’avoir pas « bien » marqué le STOP ? Et rarement les quatre (4) roues tombent sous les griffes de ces prédateurs urbains. Toujours c’est le bas peuple, ceux qui triment sur les deux roues qui en font les frais.

- Mensonge sous serment : certains douteront de mes propos, mais ceux qui en ont été victimes y apporteront du crédit. Depuis 2003, année de mon retour à Bobo après 17 ans d’absence, j’ai payé ou failli payer la contravention à 3 reprises sous le coup de mensonge : une fois pour non- respect de STOP, une fois pour non -respect de feux tricolores entre la Gare STMB et STBF et enfin une dernière fois pour acrobatie sur la voie publique. Au vu de ces 3 catégories de crimes à moi reprochés, je puis donc assurer être un échantillon représentatif en terme de contrevenant.

 

De toutes ces contraventions j’ai payé non pas pour une faute commise, ce qui m’aurait tout de même soulagé, mais par pur mensonge et esprit de duplicité. La première fois j’ai été ébahi quand, intercepté, l’agent m’a informé de l’objet. Je suis tombé à la renverse. Ne voulant pas polémiquer j’ai demandé à m’acquitter de ce qu’il fallait. La réponse vous la connaissez : il faut se rendre à la police municipale, s’en acquitter et revenir chercher votre engin. On était un samedi, veille de Pâques, c'est-à-dire que cette formalité si je devais l’accomplir, en procédure citoyenne, je n’avais qu’à attendre le mardi. Et tout ceci n’était que du pur chantage pour m’amener à plier l’échine. Il a fallu l’intervention d’un citoyen bien introduit dans le milieu pour me tirer de cette mauvaise passe.

La seconde fois, mon crime c’est d’avoir franchi le feu en solitaire, et le verdict a été sans appel. De toutes les explications que je me suis exercé à fournir, je m’en suis tiré avec une faveur : retrait de la carte grise en lieu et place de ma moto. Là au moins je me suis contenté de cette consolation. C’est le lieu de rappeler aux policiers que « dans le doute mieux vaut toujours s’abstenir » ; que « la présomption de culpabilité ne doit jamais prendre le pas sur la présomption d’innocence » que si l’on n’est pas guidé par autre chose que l’application stricte de la loi « mieux vaut laisser un fautif impuni que de punir un innocent ».

 

Acrobatie sur la voie publique

 

N’est-ce pas un pur mensonge que de commencer à coller à un usager le non respect du feu pour se raviser par la suite et finir par acrobatie sur la voie publique ? Un père de famille qui au lieu de chasser son pain quotidien s’adonne à de l’acrobatie sur la voie publique. Allez-y comprendre. Le fait même de circuler en deux roues est en soi un danger.

- Harcèlement de la population : La population bobolaise étant plus intègre que les autres applique le code routier dans toute sa rigueur et c’est là que des notions telles que « acrobatie sur la voie publique » font leur apparition.

 

Acrobatie sur la voie publique, vous connaissez ? C’est le fourre-tout qui ouvre la voie pour vous racketter dans la cité de Sya, c'est-à-dire, qui donne droit à toutes sortes d’abus. Etant donné que vous l’ignorez, je vous en cite quelques exemples non exhaustifs, bien sûr ; donc le jour où vous tomberez sous le coup de ce vocable, ne m’en voulez.

Avez-vous embarqué 2 mômes sur votre engin pour les conduire je ne sais où ? Vous faites de l’acrobatie sur la voie publique. Tentez d’en savoir plus et on vous retire la carte grise pour vous indiquer le nombre de places assises sur celle-ci. Votre crime serait grave si vous portez un morpion devant comme certains on l’habitude de le faire.

Portez-vous une charge sur votre engin ailleurs que sur le porte-bagage ? Par exemple entre vos jambes. Alors là, vous êtes un de ces acrobates sur la voie publique, et à ce titre vous ne méritez que la foudre des flics. Rien ne pourra vous tirer de cette passe à part votre dextérité à fouiller dans vos poches semi trouées.

Si ce n’est pas du harcèlement, ça y ressemble fort. Il serait hasardeux de conclure que ces agissements ne sont que les faits de quelques brebis galeuses qu'il ne faut pas généraliser. Il n’y a qu’à écouter certains témoignages dignes de foi pour s’en convaincre. C’est donc dire que ces agissements sont loin d’être les faits d’éléments isolés. Ce sont les mœurs au sein de cette entité. Dans tous les cas, lorsque la gale atteint une certaine proportion il y a lieu de décimer tout le troupeau.

Pendant qu’on y est, le Code pénal appliqué à Bobo est-il différent de celui applicable au Burkina Faso ? Sinon comment comprendre que les vendeuses de fruits de Ouaga s’adonnent à cette gymnastique avec une assiette pleine de fraises sur la tête et, parfois, une autre à la main et conduire en même temps d’une main sans être inquiétées pendant que nous sommes pendus pour moins que çà à Bobo ? De deux choses l’une, soit la police municipale de Simonville est nulle en termes d’interprétation des textes, ou bien c’est sa consœur de Bobo qui est malhonnête.

 

De la poudre aux yeux

 

Quelle leçon peut-on tirer de la suspension des activités de la police municipale ? A mon sens cette décision n’a rien résolu aux tracasseries quotidiennes. Les agents sont restés les mêmes. Les mutations opérées à la tête de l’institution n’étaient que de la poudre dans nos yeux. La police a changé de commandant mais les pratiques sont demeurées les mêmes : tracasserie jour et nuit, extorsion des fonds sur fond de mensonges... C’est à se demander si réellement un changement de comportement pourra un jour être observé au niveau de ce corps avec ces mêmes éléments. J’en suis pessimiste ; c’est pourquoi j’estimais plus haut qu’il fallait décimer le troupeau. Ce n’est plus une question de brebis galeuses comme le pense l’Express du Faso dans son article « ils font la chose on dirait qu’elle est légalisée » (In L'Express du Faso n° 3042 du jeudi 18 octobre 2007. Non. Ce troupeau est à décimer pour limiter les effets pervers de la contagion dans la mesure où c’est la majorité du troupeau qui est maintenant atteinte. Dans tous les cas quelqu’un disait que « le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais (policiers hors la loi) mais le silence des gens bien (policiers probes) ».

C’est pourquoi je voudrais interpeller les plus hautes autorités de ce pays à se pencher sur cette question de racket. Pourquoi veut-on que policier rime toujours avec racketteur ? Tout compte fait, il est inconcevable que les poids lourds ghanéens et maliens échappent aux barrages policiers en rase campagne pour venir faire les frais de cette gangrène en pleine ville de Bobo. Il y va de l’image de la patrie dans la mesure où ils constituent des proies faciles pour ces flicailles. Au quotidien on ne cesse de dénoncer l’incivisme général dans nos cités en omettant de diagnostiquer les causes. Peut-on s’attendre à l’éclosion d’un comportement citoyen avec une police pourrie ? Non. Sans une police citoyenne, juste, responsable et probe ne vous attendez pas à un comportement citoyen. (Réponse au Bonjour du quotidien « LE PAYS » du 31 octobre 2007)

S’ils sont honnêtes, les policiers, vous diront que de plus en plus les usagers n’hésitent plus à prendre leurs jambes au cou lorsqu’ils sont interpellés. C’est des risques que certains décident de prendre, et ils savent que ça vaut la peine d’en prendre. Que faire face à une police répressive à l’excès qui n’a aucune notion de la sensibilisation pour un usager ; qui refuse d’accorder un peu de bonne foi au citoyen ? Il ne se passe plus de jours sans qu’on ne constate ces refus d’obtempérer et c’est suffisamment symptomatique pour celui qui sait lire entre les lignes. Imaginez un instant la réaction de la foule face à un policier qui, dans sa tentative, provoquera la chute d’un usager tentant de prendre la poudre d’escampette ?

 

Quelques conseils en attendant l’épuration du corps

 

Pour échapper aux affres de ces flics de Bobo, il ne suffit plus de prier Jésus ni Mahomet, encore moins Boudha. Il faut intégrer simplement certains gestes qui sauvent dans son comportement en circulation.

• Ne franchissez jamais un feu tricolore même en vert foncé en solitaire car nous ne sommes plus sous le mandat du programme du développement solidaire mais bien sous celui du progrès continu. Sinon vous n’aurez pas quelqu’un pour témoigner en votre faveur.

• Quand vous franchissez une signalisation tricolore, évitez d’occuper la dernière place. Si vous l’occupez parce que votre engin est un teuf teuf, genre trois mogtissères de Monsieur Goama, battez-vous pour ne pas que l’écart entre vous et le reste du peloton ne s’élargisse. Sinon vous débourserez 6000 ou 3000 F CFA selon que vous êtes intègre ou corrompu. Au cas où vous ignorerez le sens du mot « peloton » adressez- vous aux organisateurs du Tour du Faso pour de plus amples informations avant la fin du Tour bien sûr.

• Evitez d’emprunter les voies menant aux zones rouges de la ville : Feux tricolores station Shell de Bindougousso, Carrefour STMB, Stop place de la Femme, feux tricolores derrière la CNSS, etc… Et surtout les alentours du marché central où des agents installés à cet endroit n’hésitent pas à y arrondir leurs nuits de gardes. Attention à l’éclosion des barrages clandestins. La réglementation policière autorise-t-elle une sentinelle à déserter son poste et à s’auto-élargir son champ d’action ? J’en doute.

• Le meilleur remède jusque-là que j’applique pour éviter les ennuis policiers, c’est de les contourner carrément quand c’est possible. Carte grise, carte d’identité, feu rouge, plaques d’immatriculation… tout est une occasion de lutter contre sa pauvreté. Vous quittez le bureau et sous l’effet des lampadaires vous avez omis d’allumer votre phare? Si vous tombez entre leurs mains, vous n’êtes qu’un « sans phares » sans foi ni loi qu’il convient de punir car l’infraction est consommée (certainement la phrase la plus enseignée à l’école de police et la plus usitée en exercice)

 

Dans cette action de racket généralisé en pleine ville, il est difficile de dédouaner les premiers responsables et imputer ces comportements déviationnistes aux agents seuls. Il est également difficile de ne pas penser à une éventuelle répartition du magot récolté à nos carrefours dans les bureaux huppés. Le gombo étant gluant, tous ceux qui s’en servent s’en trouvent prisonniers. Sinon comment interpréter ce silence coupable du conseil municipal CDP ? De mes « oreilles », pas de mes narines, j’ai entendu de la bouche d’un agent de la police qui refusait « l’arrangement » à deux mille francs sous prétexte qu’ils sont attendus dans les bureaux. En bon citoyen donc, payez pour le chef, le chefaillon et le brave flic qui a eu l’honneur de vous arrêter.

De quels moyens dispose le citoyen moyen pour se prémunir contre cette gangrène ?

De très peu de moyens pour ne pas dire rien. Car tout semble indiquer que rien n’est fait au hasard. Tout est coordonné depuis chez le législateur jusqu’au fripon de flic pour dépouiller le citoyen. A part le secours divin, pour ceux qui y croient, aucun recours n’est possible.

La complicité du législateur est manifeste au niveau de l’assiette de la contravention fixée entre 3000 et 6000 francs. Sur le terrain c’est 6 000 francs qui sont indiqués aux contrevenants intègres qui refusent de soudoyer, en d’autres termes qui refusent de faire leurs affaires. Les 3 000 francs sont appliqués à ceux là qui optent pour l’arrangement sans reçu. A qui profite l’arrangement ? Et ça c’est une autre sous- question. Il appartient donc aux citoyens de faire leurs options.

Si, malgré mes indications, vous optez pour l’intégrité au détriment de l’arrangement cela veut dire que vous êtes soit un con soit un fou ou les deux à la fois. Pour cause :

Il faut d’abord vous rendre à la police municipale car ceux qui sont sur le terrain vous diront qu’ils n’ont pas de quittance. Or l’intègre que tu es voudra réclamer une preuve de paiement et ça ce n’est que le moindre des désagréments.

Ensuite votre engin confisqué sera malmené avec tous les risques de dégradations possibles sans aucune possibilité de dédommagement. Etant fautif, vous perdez du coup tous vos droits même celui de la protection de votre bien.

Par contre si vous êtes intelligent, c'est-à-dire coopératif, on vous demande un petit quelque chose pour les patrons et votre engin vous est remis sur-le-champ au vu et au su de tout le monde. « Ils font la chose on dirait qu’elle est légalisée » confession d’un journaliste (In L'Express du Faso N° 3042 du jeudi 18 octobre 2007). Et c’est de cette façon qu’on veut venir à bout de la corruption au Faso.

 

Rares sont les policiers badgés

 

Autre niveau de complicité c’est celui des autorités municipales en charge de la police. Ceux-là sont complices dans ces rackets organisés parce qu’ils ont cautionné l’exercice des agents dans l’anonymat. Rares sont les agents de la police qui portent des badges permettant leur identification en service. Camouflés comme ils sont derrière ces masques opaques, ils ont toute la latitude de dépouiller, racketter comme ils entendent sans être inquiétés. Premiers à demander l’identité de leurs victimes, peut-être pour s’assurer qu’ils n’ont pas encore à faire au fameux colonel C, ils deviennent réticents quand vous leur demandez la leur. La lutte contre la corruption et les agents corrompus devra passer forcément par l’identification de tout porteur d’uniforme, même en simple balade. Mais que diable pourquoi les pandores, la police nationale portent-ils toujours un badge et pas la police municipale? Peut-être que les règlements diffèrent.

 

A mon humble avis, je pense que pour notre sécurité générale dans cette saison de banditisme grandissant, le ministère en charge de la question de notre sécurité devra, au-delà des collectivités locales, veiller à cette question d’identification. Il est rare de rôder aux alentours du marché central de Bobo la nuit sans qu’un quidam en uniforme ne sorte brusquement de la pénombre pour vous demander votre pièce ou celle de votre engin. Ces agents ne font pas mieux que les coupeurs de route. Au fait, que font exactement les agents affectés au marché ? La sécurité du marché ou le contrôle nocturne souvent tardif des usagers ? Question à mille balles. Dans tous les cas, ne me faites pas dire, une seconde fois, qu’ils savent lutter contre leur pauvreté même si c’est d’une façon éhontée.

A l’instant où je rédige cette note, j’ai appris que les vigiles qui assuraient la sécurité du marché ont été déchargés de cette tâche. Du coup la sécurité du marché est tombée dans la main de la police municipale. Depuis, tous les quatre coins du marché sont devenus des zones rouges. Il est difficile de croire que c’est par amour pour le métier que ces sentinelles quittent leur poste pour s’adonner à cette double occupation : sécurité du marché et contrôle de la circulation des usagers des alentours. Mais que dire si l’uniforme est un sésame ouvre-toi qui donne droit à tout ; y compris le droit de chantage et d’intimidation sur vos concitoyens ?

 

Mes solutions au conseil municipal

 

Si j’ai opté d’écrire ces lignes, c’est parce que je suis guidé par l’amour pour cette ville qui a accepté mon placenta sous sa terre. C’est donc dire que j’y suis et que j’y demeure, donc je ne veux pas y vivre comme étant en location ; je refuse cela, je veux y vivre en citoyen entier avec mes droits et bien entendu mes obligations. Payer quand je faute et ne pas être inquiété si je demeure respectueux des règles, en somme ne jamais payer pour une faute que je n’ai pas commise.

C’est pourquoi je voudrais formuler un certain nombre de propositions au conseil municipal de Bobo, en particulier et aux autorités centrales dans une moindre mesure.

Au conseil municipal, je voudrais demander d’accepter perdre encore deux mois (novembre et décembre) quand bien même la lutte contre ce fléau ne devrait point attendre. Ces deux mois seront mis à profit pour réfléchir et entreprendre des actions concrètes pour aboutir à la proclamation de l’année 2008 « année de l’éradication de la corruption dans le corps de la police municipale » en attendant de la bouter hors de notre commune de Bobo. On me dira que la corruption est un phénomène général ; j’en conviens, mais tant que nous n’aurons pas des policiers, nationaux ou communaux, probes dans nos commissariats, aucune victoire ne sera remportée dans cette lutte. Le foyer de la lutte contre la corruption devra partir de nos commissariats.

Je ne demande pas de temporiser ou de suspendre les activités de la police, non. Je veux que des mesures claires soient diligentées pour protéger les citoyens que nous sommes contre la cupidité de certains voyous qui se cachent sous ces uniformes de l’autorité publique pour assouvir leurs desseins. Raison pour laquelle je demande :

• L’identification claire de tous les agents en service par le port d’un badge indiquant nom, prénoms et grade. L’anonymat dans l’uniforme est un terrain très fertile et pour la corruption et surtout pour le grand banditisme.

• L’institution d’un guichet de recours pour les victimes des abus de la police. Le système actuel n’offre aucun recours aux citoyens brimés et meurtris. Où peut-on crier son désarroi après un abus ? Ne tentez pas chez le commandant car c’est lui qui les a envoyés et il n’entend pas se désolidariser de leurs actions, histoire de ne pas démoraliser la troupe. Les futés en Droit m’indiqueront la voie judiciaire. Je leur rétorque que là-bas ils n’écoutent que ceux qui apportent des preuves ; or, pour avoir la preuve qu’un flic ment, il faut se lever tôt.

 

Confiscation des cartes grises

• La confiscation des cartes grises en lieu et place des engins. L’un des chantages que la police exerce sur les usagers est la confiscation de leurs engins. Vous leur proposez la carte grise ? Non, c’est pas admis or pour les quatre roues ceci est valable. Par ailleurs, l’objectif d’une contravention c’est de permettre au fautif de s’amender et non un acharnement contre sa personne. Si telle est la philosophie que vous partagez, ordonnez aux agents de récupérer les cartes grises, pour ceux qui en disposent, et tout le monde y trouvera son compte. Le citoyen ne se verra pas privé de son moyen de locomotion, les locaux de la police seront désengorgés, la commune dépensera moins en frais de transport des engins, et enfin la société comptera de moins en moins de corrupteurs et de corrompus. C’est bien de sensibiliser à la lutte contre le fléau mais ne demandez pas aux candidats d’y laisser leur peau quand cela ne vaut pas la peine.

• Le contrôle périodique des plaques d’immatriculation et non en continu. Une autre source d’abus de la police municipale est le contrôle continu, permanent des immatriculations des engins à deux roues. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Mais ce que je sais à Ouagadougou ce contrôle n’est pas exercé par la police municipale, et quand il se fait on associe d’autres corps comme la douane, la direction des Transports et la CRS. Ceci est bien une volonté de transparence dans cette question sensible qu’il faut saluer. Mais pourquoi cette tracasserie quotidienne à Bobo ? Pourquoi ce qui est admis à Ouaga ne l’est pas à Bobo ?

Entre le dépôt d’une demande d’immatriculation et l’immatriculation effective, le citoyen ne doit pas être inquiété dans sa liberté d’aller et venir par des coups de sifflets intempestifs qui cachent mal des intentions malsaines.

• L’institution des vignettes de contravention infalsifiables. Afin de permettre à ceux qui auront fauté contre la société en contrevenant aux règles édictées de s’amender, il urge que l’autorité décentralise ses perceptions pour collecter les amendes. La lourdeur dans le paiement des contraventions n’est pas de nature à inciter le citoyen à résister contre la corruption. C’est pourquoi, au lieu de fournir les carnets aux agents, la municipalité pourra produire des vignettes de valeur nominale de 3 000 ou 6 000 francs que les policiers pourront remettre aux contrevenants qui voudront s’acquitter des amendes afférentes.

Le refus des autorités de doter les policiers de quittances pour verbaliser est l’un des signes de méfiance que l’autorité publique manifeste à l’endroit de ses propres agents. C’est la preuve qu’elle-même ne leur fait pas confiance. C’est donc révélateur.

Dans tous les cas que vous les autorisiez à collecter les contreventions ou non, ils s’en sortiront par mille et une pirouettes. C’est cela que nous dénonçons.

 

Aux autorités centrales

 

Ne vous cachez pas sous les arguments de la décentralisation pour nous laisser dans les mains des autorités locales incapables ou inactives.

Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années pour démanteler les barrages sur nos routes nationales mais apparemment les pratiques pas catholiques, encore moins islamiques, de la police s’installent peu à peu dans nos carrefours. Et ceci est inconcevable ; il faut donc faire quelque chose. L’uniforme, porté par les civils en mission, ne doit pas être une couverture à ceux-ci de dépouiller les militaires en permission que nous sommes. On n’est pas un super citoyen parce qu’on porte un uniforme.

Enfin, je le dis et le réitère, il n’y aura pas de comportements citoyens dans nos cités sans une police citoyenne. Nous y tenons. Et ça, le conseil municipal, avec le CDP en tête, doit y veiller. Une commune qui compte sur les erreurs de ses administrés pour renflouer les caisses ne peut gouverner que des citoyens malhonnêtes. Il serait paradoxal de prôner l’honnêteté dans une commune malhonnête. Réfléchissons-y. A l’allure où vont les choses on a l’impression que nos élus locaux, à court d’initiatives novatrices, ne comptent que sur les amendes et autres contraventions de leurs administrés fautifs comme une source intarissable d’exécuter les budgets communaux. En démocratie normale, nos gouvernants devraient s’inquiéter du taux élevé des manquements aux règles édictées au lieu de s’en réjouir comme ils le font actuellement.

 

Et le quatrième pouvoir dans tout ça ?

 

La presse dans son ensemble devrait également s’intéresser à ces arnaques d’un genre nouveau, autrement dit, participer à cette guerre de libération de Sya. L’Express du Faso, l’unique quotidien édité à Bobo, se débat sur la question mais étant donné que cet organe n’a pas l’audience d’un Observateur paalga ou d’un « Le Pays », ses cris de détresse en faveur des opprimés que nous sommes portent à peine au-delà de Bobo et la police s’en fout éperdument de ces coups de gueule sporadiques sans grande portée. Rien qu’au cours du mois d’octobre, L’Express du Faso a édité deux articles édifiants aux titres évocateurs et qui, en fait, ne sont que le condensé de ce que je viens de développer :

- Police municipale de Bobo : encore plus de responsabilité lors des contrôles (L'Express du Faso n° 3038 du jeudi 02 octobre 2007, p 2). (C’est parce qu’il y a de l’irresponsabilité quelque part qu’on en réclame)

- « Ils font la chose on dirait qu’elle est légalisée » L'Express du Faso n° 3042 du jeudi 18 octobre 2007, p 3) ; ( la chose n’est rien d’autre le racket)

 

L’apport de la presse n’est plus à démontrer dans notre cité dans la mesure où toute plainte déposée dans nos brigades et commissariats et non publiée dans les journaux bouge à pas de tortue dans le meilleur des cas. C’est le lieu de rendre un hommage sincère au 4° pouvoir.

Partageant le point de vue de Issa K . Barry qui estime dans les colonnes de L'Obs n°7008 du 09 au 11/11/2007 que « la malhonnêteté ne disparaît pas avec l’opulence », j’affirme et maintiens que l’attitude de cette police que certains de mes concitoyens justifient par le bas niveau de leur salaire est inacceptable. S’ils ne sont pas satisfaits de leurs émoluments, c’est à Salia Sanou de payer et non ses administrés.

Au lendemain donc du Forum africain sur la bonne gouvernance, je proclame depuis Bobo Dioulasso :

Non aux CDR d’un genre nouveau après 20 ans de renaissance démagogique !

La patrie ou la mort, le progrès doit toujours être continu !

 

Un résident de Bobo

Le Pays du 15 novembre 2007

 



14/11/2007
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