L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Protestation de professeurs séminaristes

Yako

Protestation de professeurs séminaristes

Les professeurs de français de la région du Nord, en séminaire à Yako, ne sont pas du tout contents du traitement qui leur a été réservé en ce qui concerne le paiement de leurs perdiems. Ils expriment donc leur colère à travers cet article.

"Le rapport 2006 du PNUD sur le développement humain durable, en classant le Burkina Faso parmi les pays les plus pauvres de la planète, soulignait que la cause fondamentale de cette contre- performance était le faible taux de scolarisation du pays. Depuis, tous les discours officiels affirment que l’éducation est une priorité et que toutes les actions doivent concourir à son développement. En dépit de cette pseudo-sacralisation du secteur éducatif, le constat sur le terrain reste très amer.

En effet, le constat fait du traitement des enseignants et de leurs encadreurs pédagogiques traduit avec éloquence une forme de mépris qui ne dit pas son nom du monde de l’éducation. Sinon, comment peut-on comprendre qu’un secteur aussi évolutif que l’enseignement, dont les contenus d’enseignement et les techniques d’appropriation des savoirs changent avec le rythme effréné de l’évolution du monde, puisse être l’objet d’un désintérêt au point que les spécialistes en la matière ne bénéficient pas de formation continue ou de remise à niveau ? On retiendra que la dernière formation pour la plupart des professeurs sur le terrain date de plus d’une décennie, alors que, pour la même période, de nombreuses productions de nos encadreurs pourrissent dans les tiroirs faute de moyens pour les mettre à la disposition des enseignants sur le terrain. Qui serait aujourd’hui à la place qu’il occupe si dans le silence de leur conscience professionnelle, des enseignants avec le soutien de responsables consciencieux de l’époque n’avaient pas fait le sacrifice pour lui ?

Aujourd’hui encore, des femmes et des hommes font de l’éducation de notre peuple un point d’honneur qu’ils défendent ardemment en dépit d’un environnement hostile. Des éducateurs à tous les niveaux, dans leur grade respectif, s’échinent pour donner un espoir à des populations en proie à des incertitudes. C’est fort de ce sacerdoce que depuis quelques mois, dans diverses localités, encadreurs et enseignants se rencontrent pour échanger les expériences et apprendre de nouvelles méthodes pour améliorer la pratique d’enseignement. Cette initiative (encore financée par des bailleurs de fonds), si elle est très louable et même impérative, a été malheureusement source de conflits très regrettables entre les enseignants, "légendairement" courtois et disciplinés mais réfractaires à l’injustice, et les agents du service administratif et financier de la Direction générale des inspections et de la formation des personnels de l’éducation (DGIFPE) rattaché au ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique (MESSRS).


La tension était si forte que ...

En effet, à la direction régionale de l’enseignement secondaire du Nord (Ouahigouya), les professeurs des disciplines de Français, Philosophie, Histoire et Géographie ont fait des gorges chaudes pour entrer en possession de leurs perdiems. Il est même arrivé que la tension soit si forte que les agents des finances n’ont eu la paix que grâce à la médiation des encadreurs et des autorités locales. On croyait ces incidents clos, et que les services techniques du ministère des Finances avaient tiré des leçons, lorsque le problème ressurgit avec le dernier groupe des professeurs de français convoqués à Yako pour la même série de formations. Pour ladite formation, les professeurs de Ouahigouya et d’autres localités ont été convoqués à Yako le 22 avril pour un séminaire qui devait courir jusqu’au 28. Ils sont donc tous venus sans percevoir leur salaire du mois. Pendant quatre jours, ils ont travaillé sans relâche, et surtout sans argent pour se nourrir, se déplacer et se loger. Le quatrième jour , le service des finances arriva et informa que la prise en charge était réduite de 7 à 6 jours d’une part, et qu’il ne pouvait nous octroyer qu’une avance de 20 000 F correspondant à deux nuitées, et que le restant ne pourrait être versé qu’à la fin de la session. Sur ces nouvelles donnes qui frisaient l’injure, les séminaristes voulurent en savoir davantage. Il leur fut tout simplement rétorqué que c’était une mesure de précaution prise par le ministre en charge de l’Enseignement secondaire et de celui du Budget qui avaient donné ces injonctions verbales après un audit des partenaires financiers déçus de l’utilisation de leur argent, principalement la Banque mondiale. Comment peut-on comprendre que pour la même série de formations, certains soient pris en charge pour 7 jours sans fractionnement, et que d’autres subissent des récessions ? Le mépris a atteint son paroxysme lorsqu’une des justifications du fractionnement était que des professeurs pourraient fuir sans terminer la formation après être entré en possession de leur perdiem. Même si on pense que les professeurs ont atteint un degré de clochardisation avancé, peut-on pousser l’outrecuidance jusqu’à imaginer qu’un professeur digne de nom venu de lui-même pour se perfectionner prenne la poudre d’escampette parce qu’il aurait perçu 60 000 F CFA ? Combien de fois ces mêmes professeurs ont cotisé pour s’autoformer et faire fonctionner les établissements publics déficitaires parce que l’Etat n’a pas assuré correctement son devoir de les doter en personnel et en matériel ? Si tel est le vrai regard que l’Etat, à travers ses représentants, a sur nous, nous estimons que c’est le nec plus ultra du mépris pour notre corps. Pour le cas spécifique du séminaire de Yako, après des échanges entre collègues, les professeurs ont marqué leur refus de toucher à cet argent de l’humiliation, préférant braver la faim et la soif (même l’eau plate ne nous était pas servie) pendant tout le temps de la formation que nous avons conduite jusqu’à son achèvement avant de passer à la caisse, montrant ainsi, d’une part, notre refus de la procédure du paiement fractionné, et, d’autre part, que nous pouvions aller jusqu’au bout sans aucun perdiem et sans qu’aucun d’entre nous ne déserte la formation. Face à ce scénario grotesque orchestré par les services des finances, nous avons préféré la dignité dans la pauvreté, à l’humiliation d’autres agents de l’Etat que nous avons d’ailleurs contribué à former. Nous invitons par la même occasion, le ministère et ses partenaires à nous respecter et à éviter dorénavant toute forme de provocation tendant à humilier ou à minimiser cette profession si noble, si vertueuse et si difficile.

De ce que nous constatons et vivons, nous sommes en droit de penser que le problème de l'éducation n’intéresse en réalité que les enseignants et que toute cette abondante littérature sur l’éducation sous nos tropiques n’est qu’une véritable farce pour peuple naïf."

Les professeurs de français de la région du Nord en séminaire à Yako

Le Pays  du 11 mai 2007



11/05/2007
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