L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"Que le passé et ses émotions servent à comprendre le présent et à forger l'avenir" (1)

Commémoration du 15-Octobre

 

Partenariat des intellectuels burkinabè

"Que le passé et ses émotions servent à comprendre le présent et à forger l'avenir" (1)

 

Ceci est une contribution du Partenariat des intellectuels burkinabè pour le développement (PIBD) au débat national sur la commémoration du 15- Octobre. De la Révolution à l'ancrage démocratique actuel, quel constat ?

 

 

Introduction

 Le contexte dans lequel sont intervenus les événements du 15 octobre 1987 nous interpelle en tant qu’intellectuels patriotes. La diversité des appréciations et des points de vue sur ces événements constitue en soi une richesse qui traduit la vitalité de l’expression démocratique dans notre pays. Dans cette perspective, les réflexions émises dans cette contribution ne doivent pas être envisagées comme une remise en cause de cette diversité, mais comme des propositions à débattre, sans esprit de polémique. En cela, nous restons fidèles à notre volonté de contribuer aux débats qui engagent le passé, le présent et le devenir de notre pays.

 

Rappel du contexte 

 L’histoire post-coloniale de notre pays est jalonnée de nombreux coups d’Etat dont le plus sanglant est celui de 1987. Ce passé tumultueux conduisait à un perpétuel recommencement et posait le problème de la stabilité politique nécessaire à un développement humain durable. Les événements du 15 octobre 1987 ont probablement constitué un électrochoc  dans l’opinion publique nationale et internationale. Il s’agit en effet d’un coup d’Etat militaire intervenu après quatre ans au cours desquels a été mise en œuvre une expérience révolutionnaire marquée par ses mérites et ses limites certaines.

Au titre des mérites, retenons l’éveil des consciences politique et patriotique au sein des populations, la volonté d’amener le peuple à prendre en main le développement du pays en comptant davantage sur ses propres forces. Dans ce cadre, beaucoup de réalisations ont vu le jour afin de contribuer à l’amélioration des conditions de vie du peuple.

Au titre des limites et insuffisances, on peut relever l’autoritarisme du Conseil National de la Révolution ( CNR), le spontanéisme, le non- respect des droits humains, les luttes de faction au sein des révolutionnaires. Ce sont autant de dérives qui n’ont pas permis la résolution pacifique des contradictions politiques et idéologiques qui se sont installées au sein du CNR et singulièrement entre les chefs historiques de la Révolution que sont Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo. 

 

Quels enseignements retenir ?

L’histoire des sociétés à travers le monde est ainsi tributaire de faits historiques d’importance inégale. Certains de ces faits ayant marqué profondément ces sociétés font l’objet d’attention particulière par la célébration de leurs anniversaires ; ils deviennent ainsi des lieux de mémoire. La mémoire collective, généralement  différente de l’histoire, revêt un caractère subjectif et le fait historique dont on célèbre l’anniversaire est l’objet de lectures plurielles en fonction des intérêts ou des positions politiques et idéologiques.

Les événements du 15 octobre 1987 n’échappent pas à cette règle. Ils ont donné lieu à plusieurs types de lecture, dont la dimension subjective est cependant variable, en fonction des conjonctures et des buts visés par ces lectures. S’il est malaisé de ranger ces lectures dans des catégories bien distinctes, il est pertinent de noter des niveaux de lectures marqués par des dominantes politique, éthique, intellectuelle, idéologique, etc. Une approche intellectuelle, telle que proposée ici, exige un certain recul, une distance critique nécessaire à une analyse fondée sur un questionnement et une mise en perspective.

D’un point de vue moral, le caractère sanglant du changement politique opéré le 15 octobre 1987 est un drame pour le pays. On ne peut que regretter cette tournure des événements qui s’est soldée par l’élimination physique de plusieurs citoyens parmi lesquels le président du Conseil National de la Révolution, le capitaine Thomas Sankara. Ce drame que nous avons vécu et que nous ne devons plus vivre n’est-il pas imputable à une certaine conception du pouvoir acquis par la violence et défait par cette même violence ?

Au lendemain de l’avènement du Front Populaire, le champ politique s’est progressivement ouvert à des acteurs auparavant réduits au silence sous la Révolution. De nouvelles formations politiques voient le jour et participent à la réflexion pour la restauration démocratique. Des acteurs de la société civile, influents au sein des populations ont été associés aux débats sur le devenir de la nation : il s’agit des chefferies coutumières, des autorités religieuses, des ONG, des syndicats, etc.

Cette approche marque une rupture avec la politique de l’exclusion en vigueur sous la Révolution sur la base des critères de la lutte des classes. Une telle mutation visant à faire participer le maximum de citoyens au débat sur la mise en place de nouvelles institutions a correspondu à des demandes sociales au plan national et international avant même l’effondrement du socialisme historique dont le symbole majeur demeure la chute du mur de Berlin.

Le processus d’ouverture politique a débouché sur la mise en place d’une commission constitutionnelle qui a élaboré un projet de constitution. L’adoption de cette constitution par référendum a permis de jeter les bases d’un Etat de droit en 1991. La démocratie multipartiste est ainsi restaurée, assurant une stabilité politique qui manquait cruellement au Burkina Faso. Ainsi, la quatrième République est à sa quatrième législature. Certes, le processus de restauration de la démocratie ne s’est pas réalisé sans  difficultés ; de nombreux défis ont été surmontés grâce à la clairvoyance du président  Blaise Compaoré, qui a compris qu’il serait suicidaire de ramer à contre-courant de l’histoire contemporaine. L’ancrage démocratique est aujourd’hui une réalité au Burkina Faso. 

 

Conclusion

Tout observateur étant situé, intellectuellement, politiquement et idéologiquement, le point de vue présenté ici est sans doute empreint de subjectivité ; surtout quand il s’agit de questionner les rapports complexes entre la mémoire, l’histoire et le pouvoir politique. Quant à  ces mémoires plurielles qui émergent dans la contradiction, elles montrent que l’avenir de notre collectivité étatique est toujours en question et la réconciliation avec notre passé, l’objet d’une quête permanente. L’histoire seule peut jouer les fonctions thérapeutiques souhaitables dans un tel contexte : se réconcilier avec le passé aide à vivre positivement le présent et surtout, à aller de l’avant. Le passé est un fait irréversible qui s’impose à tous comme lieu de nécessité, avant d’être un lieu de mémoire.

Confronté à la dialectique  du souvenir et de l’oubli, chaque groupe social, au regard de ses spécificités culturelles et de ses intérêts multiformes, développe un rapport original et spécifique au passé. Les clivages et les controverses qui se font jour à l’occasion de cette commémoration nous le rappellent et nous interpellent. Dans le cadre du processus de démocratisation en cours dans notre pays, il importe que les leçons de l’histoire et toutes les vicissitudes de la vie politique nationale soient mises à contribution afin que le passé et ses émotions servent à comprendre le présent et à forger l’avenir.

 

                    Le porte-parole du PIBD

                            Salaka Sanou

L’Observateur Paalga du 11 octobre 2007

 

 

Note :

1 - Le titre est de la Rédaction



10/10/2007
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