L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Quoi de neuf sous le soleil du Faso ? (Après les émeutes et les casses)

Après les émeutes et les casses

Quoi de neuf sous le soleil du Faso ?

Les Burkinabè dans leur majorité se remettent petit à petit des folles journées qu’ils ont vécues durant la dernière décadre de février. Quant aux casseurs, aux pillards et aux cambrioleurs pris en flagrant délit, ils sont en train de méditer sur leur sort au frais. S’agissant des gouvernants et des victimes privées, ils sont probablement une phase d’évaluation de ce qui s’est passé en vue de réparer ce qui peut encore l’être.

C’est dans cette perspective qu’il nous est apparu pertinent d’apporter notre contribution. Certes, en pareille situation, la tentation est généralement grandes de se poser en donneur de leçons alors qu’on n’aurait pas nécessairement fait mieux à la place de ceux qui nous dirigent.

Mais que voulez-vous, la démocratie est ainsi faite que sous son régime, le citoyen a le droit de juger ceux à qui il a donné l’autorisation de parler et d’agir en son nom pour son bien à lui et pour celui de la communauté. Mieux, il a, en tant qu’humain, le droit de se tromper sans que cela n’hypothèque sa liberté de juger à l’avenir ses dirigeants.

Cela étant, il ne serait pas juste de ne pas apprécier d’emblée et positivement les dispositions prises et les actions posées par le gouvernement au lendemain des événements de Bobo-Dioulasso même si concrètement le consommateur final ne ressent rien pour l’instant.

En effet, il y a eu une certaine célérité dans sa réaction en terme de mesures prises. Sa communication a été également prompte à l’endroit de la classe politique, de la société civile et du corps diplomatique. Malheureusement, ces mesures n’ont pas empêché que Ouagadougou se retrouve avec trente huit (38) croisements de rues sans feux tricolores selon Radio France internationale et que bien de voies bitumées aient été endommagées par des pneus enflammés.

D’où la question suivante que nombre de personnes se posent : les casses à Ouagadougou sont-elles dues au fait que les décisions sont tard venues ou à la mauvaise circulation de l’information ou enfin à leur insuffisance ? A défaut de sondage, difficile de répondre à cette question.

Et si un homme prévenu en valait zéro

Pour nombre d’observateurs, bien des autorités politiques, administratives et policières ont été surprises par l’ampleur de la furie que Banfora, Bobo-Dioulasso, Ouagadougou et Ouahigouya ont vécue. Ils attribuent cette surprise au fait que les signes avant-coureurs ont été soit négligés, soit sous-estimés, soit simplement ignorés : à Bobo-Dioulasso, des tracts ont d’abord circulé et les rumeurs n’en parlons pas ; à Banfora, on disait que "si Bobo-Dioulasso bouge, on bouge aussi".

Le mécontentement était également perceptible à Ouahigouya ; lequel mécontentement était en outre alimenté par bien de ressortissants de cette ville résidant dans la ville de Sya.

Restait Ouagadougou où la probabilité d’émeutes et de casses était forte pour deux raisons : d’une part, certains casseurs considéraient le fait que ceux de Bobo-Dioulasso les devancent comme un affront qu’il fallait laver ; d’autre part, les casses sont par essence contagieuses surtout quand le pouvoir d’achat baisse.

Où étaient donc toutes ces autorités pour ne pas voir tout ceci venir ? Le ministère de l’Economie et des Finances dont relèvent les impôts et la douane devait au moins soupçonner quelque chose et en souffler mot à qui de droit ;

le ministère du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’Artisanat qui est le département de tutelle technique des commerçants a dû sentir les quelques frémissements des chaînes de distribution et des consommateurs ;

si comme nous le pensons, cela a été le cas, pourquoi apparemment rien n’a été fait ; le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation auquel appartiennent les autorités "déconcentrées" et qui est la tutelle technique des autorités "décentralisées" ont également dû flairer quelque chose mais cela n’a pas pu nous aider à éviter ce qui s’est passé ;

enfin, le département ministériel en charge de la sécurité ne peut pas dire que les renseignements n’ont pas fait état de ce qui pouvait se passer.

En montant plus haut dans la hiérarchie, Tertius Zongo et Blaise Compaoré, par ordre croissant, auraient dû se douter que quelque chose se préparait. Peut-être s’en sont-ils douter mais le résultat est là : un homme prévenu en valait zéro durant ces folles journées.

Quelques leçons à tirer

De notre point de vue, les gouvernants, en tant qu’ils sont des individus, ont certainement fait de leur mieux à quelque niveau qu’ils soient. Malheureusement, ce qu’ils ont fait n’a pas été à la hauteur de ce que la situation exigeait.

En effet, tout système de gouvernance est composé d’individus mais les individus à eux seuls ne forment pas un système. Autrement dit, le système ne doit son caractère systématique qu’à l’existence d’interactions (entre les individus) au service des visions et des missions du système. Dans notre cas, il n’est pas certain que ces interactions aient existé.

Si elles ont existé, ce n’est pas sûr qu’elles ont œuvré au profit des visions et des missions. C’est dire, en clair, que les structures n’ont pas fonctionné comme il se doit. Si on a ajouté à cela les rumeurs insistantes selon lesquelles les manifestations étaient la conséquence de contradictions internes du système, on peut comprendre pourquoi l’hypothèse du dysfonctionnement des services étatiques n’est pas une simple vue de l’esprit.

Sur un tout autre plan, on aura remarqué l’aphonie et l’atonie des amis, des tontons et des tanties de Blaise Compaoré. Alors que durant les compagnes électorales, les grand-messes, les djandjobas de remerciements, ces gens rivalisent d’ardeur quand il s’agit de courtiser le premier des Burkinabè pour avoir de l’argent, des gadgets, des vivres, etc., ils se muent en habilitants de cimetière gisant à deux mètres sous terre quand survient la moindre crise.

C’est d’autant plus surprenant que certains petits responsables sont en de telles occasion, ceux qui savent qui est le vrai ami, le vrai tonton ou la vraie tantie. Une déclaration appelant au calme et à la recherche de solution est quand même du domaine du faisable.

En dehors du gouvernement et des amis, tontons et tanties, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) aurait dû être plus visible dans les médias et sur le terrain car c’est son candidat et son gouvernement qui gèrent le pays. Après les événements de Bobo-Dioulasso, une déclaration a été rendue publique.

Puis, plus rien officiellement à notre connaissance. Si on peut comprendre son attitude dans la mesure où ayant le plus grand nombre de militants et d’électeurs, il est le premier à pâtir du renchérissement effréné du coût de la vie, on se dit qu’il pouvait contribuer à "vendre" à l’opinion les mesures du gouvernement.

Ce qui s’impose à Tertius Zongo

Le Premier ministre avait, à plusieurs occasions, affiché ses intentions d’appliquer des méthodes rigoureuses à la gestion du pays. Certains l’ont cru de bonne foi mais incapable de faire quoi que ce soit car les maux sont systémiques et holistiques ; si bien que lui-même pourrait être emporté s’il mettait en cause certains gros intérêts. D’autres, totalement incrédules, avaient dit qu’il était venu tout simplement pour amuser la galerie s’en retourner quelque part dans un placard doré.

Aujourd’hui, avec le contrôle fait sur l’utilisation des véhicules automobiles de l’Etat, les week-ends et la grogne des commerçants à cause du fait que les impôts et la douane sont moins complaisants, nombreux sont les Burkinabè en phase de révision de leur grille de lecture sur les actions du chef du gouvernement.

Ses actions qui sont, espérons-le, un début sont, à n’en pas douter, insuffisantes. Cependant, elles constituent un bon signe et il faut l’encourager à persévérer.

Par contre, la question qu’on est en droit de se poser est de savoir s’il peut persévérer avec les moyens institutionnels et humains dont il dispose aujourd’hui. Les émeutes de fin février ont, avons-nous dit, traduit certains dysfonctionnements. Il faut en faire le diagnostic et apporter les corrections nécessaires car n’oublions pas que les organisations syndicales ont prévu de sortir le 15 mars prochain pour dénoncer la cherté de la vie.

On peut se risquer à penser que si les problèmes actuels du pays était simplement dus à un renchérissement normal (augmentation des taxes et patentes par exemple) de la vie, la solution aurait été moins compliquée.

Mais il se trouve qu’ils sont surtout la conséquence d’une volonté de gestion orthodoxe des ressources du Faso. Alors : tous les ministres, tous les secrétaires généraux, tous les directeurs généraux, etc., sont-ils à même aujourd’hui et à leurs postes actuels, pertinents, fiables et mesurables ? Nous posons la question tout en bannissant toute velléité de chasse aux sorcières car :

 ce pays a besoin de tous ses fils ;
 tous autant qu’ils sont, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes ;
 nous devons tous tirer les leçons de certains pans peu honorables de l’histoire de notre pays ;
 on peut être moins bon au poste que l’on occupe aujourd’hui et être meilleur à un autre poste de même importance ;
 nous ne sommes et nous ne serons que des êtres humains avec nos forces et surtout nos faiblesses.

En dépit de tout cela, il serait étonnant que Tertius Zongo fasse l’économie d’un réajustement et peut-être d’un remaniement ministériel. Si cela s’avérait, il courrait le risque de s’exposer, d’être ainsi une cible facile et d’avoir les caractéristiques d’un fusible idéal "sautable" à n’importe quel moment.

Cependant, peut-on être efficace en appliquant la gestion axée sur les résultats d’une part et d’autre part être aimé et adoubé de tous ? Ce sont deux perspectives qui, nous semble-t-il, sont totalement aux antipodes l’une de l’autre. Ce ne serait donc pas trop que de dire : "ça passe ou ça casse". A moins que... Blaise Compaoré veuille autre chose.

Z.K.

L’Observateur Paalga du 5 mars 2008



05/03/2008
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