L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Réouverture des commissariats de Police

Reprise timide dans les commissariats 

 

Après le communiqué conjoint des ministères de la Défense et de la Sécurité du 26 décembre 2006 appelant à «la reprise effective des activités de la police nationale à Ouagadougou», nous avons visité quelques services hier en début d’après-midi. Du  commissariat central de police à la Direction de la police municipale en passant par la Direction générale de la police nationale puis  par celle de la Compagnie républicaine de sécurité, nous avons assisté à une reprise timide des activités de la police.

 

11h ce mercredi 27 décembre au Commissariat central de Ouagadougou. Devant la porte, le parking avait du monde, ce qui présageait une présence humaine dans ce lieu déserté par les travailleurs depuis les événements. A l’intérieur, quelques citoyens,  des femmes essentiellement, attendaient sur ce qui restait des bancs d’attente. Ceux d’entre eux qui avaient à faire aux sections carte d’identité ou  la légalisation des documents devraient peut-être patienter parce que ces services étaient fermés à notre passage.

 

Aux secrétariats du commissaire central et du directeur régional de la police, on nous a précisé que les activités ont repris le 25 décembre, sans plus. Les maîtres des lieux respectifs n’étant pas là, proposition nous a été faite de repasser ou de contacter les responsables pour de plus amples informations.

 

C’est aussi à la hiérarchie qu’on nous a renvoyés lorsque nous sommes arrivés à la direction générale de la police nationale. Mais là encore, les premiers responsables nous sont restés inaccessibles, car, paraît-il, en réunion. Seul incartade, notre photographe s’est vu sommé par un agent de ne plus utiliser son appareil dans ces locaux. Autour de nous, un regain d’activité : la guérite est en cours de réfection, un véhicule chargé de nouvelles motos fait son entrée sous nos yeux. Difficile pour nous d’affirmer si celles-ci viennent en remplacement des engins détruits. Nos éventuels interlocuteurs sont surveillés du regard. On ne nous en dira pas plus qu’ailleurs. Seulement la date de la reprise des activités nous est confirmée.

 

Pourtant, à la Compagnie républicaine de sécurité (C.R.S.), manifestement le service qui a enregistré le plus de dégâts, l’équipe du journal s’est vu ouvrir les portes. Un assistant stagiaire a été mis à notre disposition pour que nous fassions avec lui le tour des locaux et que nous nous enquérions de l’état des différents services.

 

Une odeur de brûlée flottait dans l’air à la jonction des rues Bassoka et Naaba Kiba Boulsa à Dassasgho. Le toit du poste de police a été soufflé par des flammes. Il ne reste que le mât de la base de transmission qu’il abritait. Le magasin d’à côté où sont stockées les armes et munitions, les pièces de rechanges, les tenues militaires est également parti en fumée.

 

La cour  est jonchée d’une dizaine de véhicules dévorés par le feu. Le même sort a été réservé aux engins des agents dans le parking juste à côté. Les dortoirs ont été les seuls lieux épargnés par les jeunes militaires en courroux. Néanmoins, on y a relevé curieusement des bris d’armoires et certains responsables ont fait état de vol de numéraires et de matériels de service appartenant aux pensionnaires (voir encadré).

 

Tous les placards des dortoirs ont été visiblement vandalisés. Nos interlocuteurs semblent rejeter la responsabilité des pillages sur ceux qui étaient chargés de sécuriser les lieux après les attaques. Mais il n’y a aucun élément vérifiable sur l’identité des pilleurs.

 

Le commandant de la Compagnie, le commissaire de police Simon Soubeiga, que nous avons rencontré après la visite, a été très imagé et ferme à propos de la reprise de leurs activités : «On nous a mis à genoux, mais nous avons des béquilles assez solides pour nous relever». Vu les saccages, le fonctionnement normal de ce service n’est pas effectif. Mais la sécurité des locaux est assurée, les bureaux du premier responsable sont ouverts et on procédait, jusqu’à notre départ, au recensement du matériel détruit.

 

Aucune trace de destruction, en revanche, à la direction de la police municipale, dernière étape de notre visite. C’est une ambiance des jours ordinaires qui y régnait. Dans la salle de renseignements, un groupe d’agents devisaient en suivant le journal de la mi-journée de la télévision nationale. Entre deux coups de fil, l’agent chargé des renseignements nous a signifié que les chefs étaient en réunion avant de nous réciter le refrain : «repassez après».

 

D’une façon générale, nous avons constaté que les services de la police nationale visités n’ont pas attendu le communiqué conjoint des ministres de la Défense et de la Sécurité pour reprendre leurs activités. Certains l’ont fait dès le 24 décembre après le départ des gendarmes en dépit des nombreux dégâts matériels.

 

Une reprise certes, mais très timide. D’un service à l’autre, des policiers pour la plupart en tenue civile s’affairaient plutôt à retrouver, qui un bureau, qui un collègue sur un lieu de travail devenu après les affrontements un champ de ruines. Selon une source policière, si la reprise est timide, «c’est à cause des nouvelles rumeurs faisant état de la reprise des attaques contre la police le 10 janvier 2007 si les revendications des soldats ne trouvaient pas satisfaction».

 

 

Mahamadi Tiegna

Christian Zongo

(Stagiaires)

in L'Observateur Paalga du 28/12/06

 

ENCADRE

 

Au sein du camp de la Compagnie républicaine de sécurité (C.R.S.), en plus des locaux administratifs, trois bâtiments servent de dortoirs aux agents du camp. Dans les salles qui nous ont été présentées par l’assistant stagiaire Paul Zoungrana, étaient posés des lits d’une place, en deux rangées sur la longueur du bâtiment.

 

Sur certaines couchettes défaites gisaient des tenues usagées, des cartons vides de chaussures, des chaussettes, des bombes de gaz d’autodéfense, des matraques et des casques. A même le sol, le même constat. Encastré au mur, tout juste au-dessus des chevets des lits, des armoires, toutes avec les portes fracassées et béantes. «Elles ont été forcées  et vidées  de leurs contenus»,  nous dit notre guide du jour.

 

Les effets emportés sont surtout les tenues, les chaussures, les ceinturons. Signalons au passage que les agents de la Compagnie républicaine de sécurité ne sont pas les seuls à travailler avec ces matériels. Ils sont utilisés tant par les gendarmes que les militaires.

 

Ces armoires contenaient, entre autres effets personnels (argent surtout), des pensionnaires, des équipements de travail : tenues militaires de couleur vert olive, chemise kaki de policier, chaussures, ceinturons, casques et matraques.

 

Le camp de la CRS, après les événements de la nuit du 20 au 21 décembre, avait été placé sous la responsabilité de la Gendarmerie aux premières heures de la journée du 21. Ce que confirme l’assistant Zoungrana. Enfermé en compagnie d’autres collègues pendant l’assaut du camp par les militaires, il dit avoir quitté les lieux à l’arrivée des agents de la Gendarmerie, mandatée pour assurer la sécurité des locaux.

 

Ce n’est qu’à leur retour (c'est-à-dire après le départ de la Gendarmerie) qu’ils avaient constaté l’effraction des armoires et le vol de certains objets. 

 

Jusque-là, les salles sont dans l’état de saccage. Un tel constat laisse songeurs les éléments de la C.R.S. qui, sans indexer personne, cherchent à connaître les exécuteurs d’un tel forfait. Ils affirment pour leur part n’avoir rien pu emporter de leurs dortoirs avant l’arrivée des gendarmes. D’ailleurs, ceux-ci trouvent insensé de subtiliser du matériel doté, chose dont ils ont toujours disposé à leur guise et pour le service.

 

 Une autre condition donc pour la reprise effective des services de la C.R.S. demeure le remplacement de ce matériel manquant.

 

C. Z. (Stagiaire)

 



27/12/2006
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