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Résultats des municipales de Pô : La revanche de Koubizara

Résultats des municipales partielles de Pô

La revanche de Koubizara

 

Les résultats provisoires des élections municipales de Pô, tombés tard dans la nuit du dimanche 18 février 2007, donnent pour vainqueur, le PAI avec un peu plus de 50% du nombre de sièges à pourvoir. Une sorte de revanche pour le maire déchu, Henri Koubizara. En attendant le verdict de la CENI prévu ce soir à 16 heures, toute la nuit et au lendemain de cette victoire, des centaines de militants du parti ont manifesté bruyamment leur joie dans plusieurs artères de la ville transportant un cercueil postiche du CDP.

 

Dimanche 18 février de l'an de grâce 2007. Tard dans la nuit, divine surprise. Au terme d'un décompte laborieux des voix par la CECI, le PAI, remporte provisoirement cette consultation en attendant la décision du Conseil constitutionnel.

 

La nuit entière, de nombreux militants ont laissé éclater leur joie par une parade dans la ville. Le lendemain dans la journée, la manifestation s'est poursuivie et de fort belle manière :« CDP tigaa ! Koubizara, a kinlé »(1), scandaient cette fois les manifestants dans quelques rues de la capitale du Nahouri.

 

Chauffés à blanc par la prouesse électorale de leur formation politique, des centaines de jeunes sont arrivés au siège du parti, tenant du bout des doigts un simulacre de cercueil du CDP. Commence alors, une scène de pas de danse traditionnelle et un concert de yo-yo de filles, de klaxons de mobylettes et de slogans hostiles au parti majoritaire.

 

Occupé dans son bureau avec l'équipe de reportage de  l'Observateur Paalga, celui que l'on célèbre, entend-il le vacarme du dehors ? Le visage impassible et le triomphe modeste, Henri Koubizara, le futur maire, adopte déjà un discours de rassemblement : « C'est la victoire de la démocratie et de toute la population de Pô. Une page de notre histoire vient d'être tournée, ensemble nous devons nous consacrer tous au développement de la commune », se contente-t-il de commenter.

 

Avec donc 32 sièges, contre 21 au CDP, 7 à l'ADF/RDA, 3 au PDP/PS et aucun  pour l'UNIR/MS et le RDB, c'est pourtant une belle revanche que Koubizara vient de se tailler contre le parti de la majorité présidentielle. Elu maire à l'issue des municipales d'avril 2006, celui-ci avait été déchu de son poste, suite à un boycott du conseil municipal par les conseillers du CDP.

 

Un signal fort adressé au président Compaoré

 

Dissolution ressentie par plusieurs citoyens de la capitale du Nahouri  comme une injustice de plus contre Pô « bastion de la révolution d'août et d'où est parti le pouvoir du président Blaise Compaoré ». 

 

« L'acte de dissolution est pour beaucoup de choses dans la victoire du PAI. Il a été ressenti  comme une énième injustice  faite contre la commune; et la population tout entière se demandait ce pour quoi le pouvoir peut bien lui en vouloir, surtout après la régionalisation qui a consacré Manga comme chef-lieu de la région du Centre-Sud au détriment de Pô », analyse notre confrère Issaka Luc Kourouma, scrutateur très avisé de la scène politique locale.

 

Sentiment de frustration  très répandu au sein de l'opinion publique locale, et particulièrement dans la ville de Pô qui semble avoir opté pour le vote-sanction contre le pouvoir. Aux municipales d'avril 2006, le CDP sorti victorieux avec 35 sièges dont 6 raflés à Pô contre 4 au PAI, se tire aujourd'hui avec seulement  2 sur 13, contre 10 à son grand rival et un à l'ADF/RDA.

 

« Nous avons voté, non pas contre le CDP, mais pour désavouer certains de ses leaders qui n'ont absolument rien fait pour nous », crie le jeune Kibora Jules, venu manifester sa joie au siège du PAI. Défaite considérée par certains comme un signal fort adressé au président Compaoré « dont le pouvoir est parti de Pô ».

 

L'erreur de communication du ministre Bougouma

 

A toutes ces tentatives d'explication de la défaite, s'ajouterait une autre, due cette fois-ci à une erreur de communication  au cours de la campagne.

 

En effet, selon plusieurs témoignages, le ministre du travail, Jérôme Bougouma, a appelé, lors d'une rencontre le dimanche 11 février dernier, tous les mossis du Nahouri à voter le CDP .

 

Appel qui aurait suscité l'indignation et la désapprobation de bon nombre d'électeurs qui se sont braqués contre le parti du ministre. « Effectivement, reconnaît la SG du CDP/Pô, Solange Balora, le ministre a tenu de tels propos, mais pas dans un registre de régionalisme. Mais l'opposition a vite fait de récupérer cela comme fonds de commerce politique ». Toujours sous le choc de la défaite, elle qui a pourtant échappé à l'orage électoral dans son fief à Kampala, la SG préfère évoquer des raisons de formation politique et de sincérité de certains militants de son parti. 

 

« Beaucoup de gens ne savent pas pourquoi ils militent dans notre formation. Aux élections d'avril 2006, ils disaient qu'ils ne voulaient pas d'Allassane Koubaguié ( candidat malheureux face à M Koubizara au poste de maire, alors que son parti disposait pourtant de la  majorité des sièges) . Le nom de celui-ci a été rayé de nos listes pour les présentes consultations. Et voilà que les résultats sont pires qu'avant », déplore-t-elle de son côté, après avoir reconnu la victoire de l'opposition.

 

L'honneur de Koubaguié est sauf

 

Fait-elle allusion au Pô-pê que d'aucuns suspectent d'avoir donné des consignes de vote pour le PAI, alors qu'officiellement il appartient au parti majoritaire ? Mme Balora préfère ne pas en dire plus.

 

En attendant le conseil de guerre qui doit définir la nouvelle stratégie de conquête à l'orée des législatives et puis examiner les raisons de cette chute vertigineuse au pied du Pic Nahouri, un homme, même s'il ne le laisse pas transparaître, doit pouvoir boire son petit lait avec une légitime fierté.

 

Il s'agit de Allassane Koubaguié, dont on disait naguère que la candidature porte malheur. « Ceux qui prétextaient que c'est de ma personne que la base du CDP ne veut pas doivent se faire une nouvelle opinion », dit-il fort opportunément.

 

Alain Saint Robespierre

In L'Observateur Paalga du 20 février 2007

 

Notes :  (1) «Le CDP est mort !, félicitations, Koubizara», en langue kasséna.



20/02/2007
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