L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Retour de Dakar : Les Lions jurent d’avoir la peau des Etalons

Retour de Dakar

Les Lions jurent d’avoir la peau des Etalons

 

Il y a des voyages qu’on ne peut oublier et qui vous marquent d’une certaine façon dans la vie. A la faveur du match retour de l’EFO contre l’US Ouakam au stade Demba Diop, j’ai séjourné, il y a onze jours, à Dakar. Une ville qui est en train de subir une métamorphose spectaculaire. Aux heures de pointe, les « toubas », les bus, les cars rapides, les « fasts » et les guimbardes se disputent la voie. Ces choses-là ne peuvent vous laissez indifférents. Des impressions de voyages que nous avons tenu à partager avec vous.

 

Avec la magie de l’internet ou par le biais du tube cathodique, j’aurais pu savoir, avant mon départ de Ouaga le mercredi 14 mars dernier, quel temps il faisait à Dakar pour prendre mes dispositions. Mais je n’y ai pas du tout pensé et c’est avec deux pantalons, trois chemises et une simple couverture que j’ai prévus pour mon séjour, qui devait durer quatre jours. Moi qui laissais derrière moi la chaleur torride ouagalaise, je ne pouvais pas m’imaginer en ce mois de mars que le climat était tout autre à Dakar.

Le jour de notre arrivée, vers 11 h 30, dans la capitale sénégalaise à bord d’un Fokker 100 d’Air Burkina après une escale à Bamako, j’ai tout de suite compris que le froid serait mon ennemi mortel.

Tout a commencé à la sortie de l’aéroport international Léopold Sedar Senghor de Dakar-Yoff après les formalités policières. Il faisait soleil et le vent soufflait avec violence. Pendant que des joueurs de l’EFO s’affairaient à faire monter leurs bagages dans le car réservé par la Fédération sénégalaise de football (FSF), je me suis mis à l’écart, histoire de fumer une cigarette pour me réchauffer. Mais la morsure du vent m’indisposait à tel point que je ne tenais pas.

Quand j’ai embarqué dans le car, j’ai un peu poussé un ouf de soulagement. C’est quand même compréhensible, puisque j’ai quitté un pays où la chaleur a commencé à s’installer il y a quelque temps pour me retrouver chez les gorgui (comme on les appelle couramment) où il fait 20 degrés à l’ombre.

 

Une ville en plein chantier

 

Le car s’ébranla en direction de la ville, qui se trouve à 15 km de l’aéroport. A cet instant, personne ne savait où on allait. On traverse des quartiers et, au fur et à mesure que le car roule, on s’aperçoit que Dakar est un grand chantier pour devenir une ville nouvelle. En effet, dans la perspective du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), la ville est en train de subir une métamorphose spectaculaire. Sous les sables et les gravats, se dessine une cité modernisée, plus fonctionnelle, plus agréable peut-être à vivre et plus jolie. En tout, plus de 40 kilomètres de routes comprenant des tunnels, des passages souterrains, des échangeurs et des aménagements paysagers sont prévus pour donner à l’ancienne capitale de l’AOF un nouveau visage. Totalement re-liftée, l’actuelle capitale prendra des allures de pôle particulièrement attractif pour les affaires, le tourisme et les grandes conférences internationales.

Dakar a la particularité d’être située sur une presqu’île et il n’existe même pas quatre chemins pour y arriver, ceux-ci étant seulement au nombre de deux : la nouvelle et l’ancienne route de Rufisque.

Les travaux, un peu partout, provoquent des  embouteillages monstres. On semble pressé, et les klaxons des fameux cars rapides de tous genres retentissent dans un vacarme indescriptible. Ils sont, pour la plupart, de couleur bleue et jaune, couverts d’inscriptions islamiques de tous genres, avec quelquefois la mention « Touba », la Mecque de la confrérie des Mourrides dont le président Wade est l’un des illustres talibés.

Les bus, les taxis et les guimbardes se disputent la voie quand la situation l’exige. Le galop des « fasts » (chevaux en wolof) aux pattes ferrées vous donnent la chair de poule. Ils passent souvent en reniflant, chargés de tôles, de ciments et des marchandises diverses. Chez nous, ce sont les ânes qu’on utilise pour ce genre de déplacement. A chaque pays, sa tradition…

A Ndakaru, comme on appelle²ici Dakar dans les langues nationales, notamment le wolof (cf. Le Mandat de Sembène Ousmane) les fasts ou charrettes rendent service à de nombreuses familles, mais restent tout de même un danger permanent pour les usagers.

Dans les alentours, aucun policier pour réglementer la circulation. Néanmoins tout se passe bien, puisque la priorité à droite n’est pas un vain mot ici.

Ce qui attire le plus mon regard, ce sont les caterpillars et les bennes, qui sont constamment en mouvement sans gêner le trafic.

La fièvre de la présidentielle étant passée, on est revenu à la réalité quotidienne, qui ne consiste en rien d’autre qu’à courir pour gagner sa croûte. 

Mais les posters géants du candidat Me Abdoulaye Wade, vainqueur de la présidentielle du 25 février dernier, sont toujours là et ne passent pas inaperçus. Il y est en bazin bleu avec une chéchia rouge sous laquelle on devine un crâne comme un arbre chenu. Chose curieuse, ceux de ses adversaires ont presque disparu de tous les coins de la rue comme si on avait donné l’ordre de les arracher. Comme en 2000, Wade prêtera serment au stade Léopold Sedar Senghor le 3 avril prochain.

 

Les vagues de l’océan Atlantique viennent vous caresser

 

Après plus de 50 minutes de route et de détours, le car s’immobilisa devant l’hôtel Indépendance. C’est là que l’équipe de l’Etoile Filante de Ouagadougou (EFO) a été logée. Maintenant, il  ne restait plus que la presse, à qui on a promis de revoir le prix des chambres à condition qu’on soit logé à deux.  Après concertation, les journalistes ont décidé d’aller voir ailleurs. D’ailleurs, ceux qui ont déjà fait Dakar trouvaient qu’on pouvait avoir mieux. Et puis, ce n’est pas commode pour de grands garçons comme nous, qui ont besoin d’un minimum d’intimité, de partager son lit avec autrui.

Avec le même car, on quitte les lieux, et c’est à l’hôtel Toucan, à Yoff Layenne, qu’on prendra nos quartiers. Les prix des chambres sont abordables, et l’hôtel en question n’est pas loin de l’aéroport. C’est déjà un avantage, et dans les parages, les restaurants ne manquent pas, comparé à l’Indé où tout est désert à une certaine heure. Là-bas, c’est le centre commercial et ça rappelle le Plateau à Abidjan avec ces buildings et étages de luxe.

Au Toucan, on est donc à l’aise, mais comme je le disais au début de ce récit, je ne supporte pas le froid qui est tenace. L’hôtel est situé non loin de la mer, et quand vous êtes au deuxième étage, où se trouve le restaurant, les vagues de l’océan Atlantique viennent pratiquement vous caresser. Je suis resté là quelques minutes à écouter le bruit des ressacs. L’esprit soufflant où il veut, si vous vous laissez aller à la rêverie comme Lamartine, vous pouvez écrire un beau poème dans le genre du Lac.

A Dakar, les nuits sont froides et je vous avoue que c’est comme si deux climatiseurs étaient en marche en même temps dans ma chambre. Mon calvaire, c’est qu’il n’y avait qu’un drap léger sur mon lit sans couverture. Ce que j’avais amené avec moi ne pouvait rien faire non plus. Le temps étant glacial, il fallait être courageux pour prendre une douche au réveil.

 

Le riz, toujours le riz

 

Après le match de l’EFO contre l’US Ouakam,  gagné, rappelons-le, par les nôtres aux tirs au but (4-3), j’étais pressé de rentrer au pays. Le dimanche 18 mars dernier, j’étais enfin content de quitter Dakar, puisque c’était le jour de départ comme initialement prévu. La convocation, c’était pour 16 heures et le départ pour 18 h. Une fois à l’aéroport, au moment de l’enregistrement des bagages,  je m’entends dire que je ne suis pas sur la liste de départ et que sur mon billet, le départ est pour le 21 mars. Et pourtant, sur l’ordre de mission du ministère des Sports et des Loisirs, c’est bien mentionné : date de retour le 18.

Mon confrère Barthélemy Kaboré de Sidwaya et Maurice Ouédraogo, le technicien de la radio, sont dans la même situation. Les trois autres journalistes (Cheick Karambiri de la télé, son cameraman et Sidiki Dramé de la radio) ont eu la chance d’embarquer avec quelques joueurs qui devaient rejoindre les Etalons espoirs et seniors.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous sommes retournés au même hôtel, où on était surpris de nous revoir. Heureusement d’ailleurs pour nous que nous sommes arrivés à temps, puisque des voyageurs, pour la plupart des Gambiens, sont arrivés quelques minutes après nous et demandaient des chambres.

Il fallait encore rester trois jours. Avec ce retour manqué, l’autre problème auquel on était confronté, c’était celui  des mets. Le riz étant l’aliment de base des Sénégalais, depuis notre arrivée à Dakar, on ne mangeait que du nafé, du yassa ou du cebbu jen (riz au poisson). On en avait marre un moment et certains ne rentraient le soir qu’avec du pain, des saucisses ou des boîtes de thon à huile. Une façon de varier l’alimentation pour ne pas subir des désagréments gastriques.

 

Le marché de Sandaga

 

Les deux derniers jours précédant notre départ, le temps était ensoleillé et pour ne pas me tourner les pouces, l’occasion était belle pour moi de partir en promenade. Le secret de la patience étant de faire quelque chose en attendant, il fallait bien s’occuper pour ne pas sentir le temps passer, qui plus est quand on fait de l’information son métier.

A N’dakaru, la vie est chère et sur ce point précis, les Sénégalais le reconnaissent. Ils disent qu’il n’y a pas d’argent dans le pays et la ville, bien qu’étant en plein chantier, est un trompe-l’œil. La misère est dans la plupart des foyers et non dehors, même si le voyageur qui vient pour la première fois au Sénégal croit que tout va bien dans le pays.

Il n’est pas donné à n’importe qui de faire ses courses en taxi ; il faut souvent négocier le tarif de la course parce qu’au départ, le chauffeur peut le fixer à 3000 FCFA. De l’hôtel Toucan à l’aéroport par exemple, les tarifs varient : 1000, 1500, 2000 et même 2500 FCFA selon la tête du client. Si vous êtes à deux pour aller dans la même direction, vous vous cotisez pour payer la course. Quand on est seul, il faut avoir la magie du verbe ou jouer au désespéré pour toucher le cœur du chauffeur.

Adepte du travail nocturne comme Balzac, je me suis levé tard le dimanche 19 mars. Dans l’après-midi, je prends un bus à Yoff pour Sandaga, le marché le plus célèbre de la capitale. Il existe plusieurs lignes desservant Dakar et sa banlieue, dont la ligne « Dakar Dem Dik » et des compagnies représentées par les « Tata », que les Burkinabè connaissaient bien avant l’arrivée des bus « Sotraco ».

Je paye mon ticket à 175 FCFA et je prends place à l’arrière sur un long siège où peuvent s’asseoir quatre personnes.

Le bus n’est pas totalement plein, mais il le sera après quelques kilomètres. Parmi les passagers, il y a beaucoup d’élèves, et la plupart sont des jeunes filles qui sont en pantalons. Tenant leur cartable en main, elles parlent en wolof, et à aucun moment, un mot en français ne sort de leur bouche. Certaines ont des portables qu’elles ne cessent de consulter. A Dakar, le portable coûte moins cher, et le Dakarois qui a du foin dans ses bottes peut se permettre de l’offrir à qui il veut en guise de cadeau. Ces collégiennes ou lycéennes sont descendues du bus en se prenant les mains pour traverser la route.

Les arrêts sont nombreux ; on descend et on monte. Après quarante minutes de route, le receveur, à qui j’avais demandé de me prévenir une fois qu’on serait à Sandaga, me fait signe. Je sors du bus et tombe sur des bouquinistes installés à quelques mètres de la voie.

 

L’encyclopédie Grolier

 

Le Sénégalais a ce flair de reconnaître l’étranger, et quand il t’aborde, il joue sur les mots. Celui qui m’a accosté  m’a demandé tout de go quel livre je cherchais et a prétendu qu’avec lui, les prix ne chassent jamais le client. Qu’importe, il n’avait pas le livre que je voulais et je me suis éloigné.

Dans une autre rue, les bouquinistes sont les plus nombreux. On trouve du tout, mais il ne faut pas donner l’impression que vous cherchez un livre particulier. Avec ces commerçants, qui sont passés maîtres dans l’art de majorer les prix, il ne faut surtout pas se presser. J’ai pris tout mon temps, mais je n’ai pas trouvé Les Oeuvres et les Hommes de Barbey D’Aurevilly. J’ai lu quelque part que l’étude des auteurs classiques est le meilleur des aliments pour l’esprit.

Ne voulant pas retourner les mains vides, je me suis contenté de l’encyclopédie Grolier, le livre des connaissances dont j’ai pu me procurer 6 volumes.

Il ne se faisait pas tard et j’avais encore le temps de flâner dans les rues. J’ai besoin de marcher un peu pour me dégourdir les jambes.

En cette période de l’année, la nuit tombe à Dakar à partir de 20 heures alors qu’à Ouaga le soleil se couche vers 18 h.

Le marché Sandaga, typiquement africain, s’étend sur plusieurs niveaux (sous-sol : marché aux poissons ; rez-de-chaussée : fruits et légumes ; premier étage : volailles…) et a des passages remplis d’échoppes de toutes sortes.

Il y a beaucoup de boutiques installées autour du marché, et des stands en plein air vous proposent l’artisanat local. L’avenue Blaise Diagne, du nom du premier député africain à l’Assemblée nationale française, est très fréquentée. La circulation  est intense. Les mendiants et quémandeurs professionnels en profitent pour faire la manche. Le bouchon fait tout simplement leur affaire.

 

Le 8 septembre 2007

 

Devant un magasin de chaussures, un groupe de jeunes prennent du thé. Quand je suis arrivé à leur hauteur, un d’entre eux m’a poliment salué et demandé de quel pays je venais. Quand j’ai parlé du Burkina Faso, il ne put retenir une exclamation parce que nous sommes des frères. Il m’a encore demandé si c’est la première fois que je viens à Dakar. Je lui ai répondu que c’est la troisième fois et que j’ai accompagné une équipe burkinabè dans le cadre de la Coupe de la CAF et elle a éliminé l’US Ouakam. Les autres, après m’avoir entendu, se sont aussitôt approchés. Cette défaite, m’ont dit certains, ne les préoccupent pas du tout, parce qu’avant l’US Ouakam, l’AS Douanes et le Diaraf avaient été sortis en ligue des champions. Selon eux, c’est l’équipe nationale ou rien. Nos amis sénégalais n’ont pas oublié la défaite des Lions à Ouaga face aux Etalons (0-1) en octobre 2006 lors de la deuxième journée des éliminatoires de la CAN 2008.

Parlant avec la passion habituelle des supporters, ils sont convaincus qu’ils seront au Ghana et que ce n’est pas le Burkina qui va leur barrer la route. Ce qui leur est arrivé lors des éliminatoires de la coupe du monde où le Togo les a empêchés d’aller au mondial 2006 en Allemagne ne peut plus se répéter. Ses supporters jurent qu’ils auront la peau des Etalons au match retour, mais cela dans la sportivité.

« Walahi, mon frère, vous ne pouvez pas nous gagner chez nous, et avec le retour de Mamadou Niang (le sociétaire de Marseille), vous allez couler », disait le plus jeune du groupe, brillant causeur, en sirotant son thé.

La causerie était passionnante et seul contre tous, je ne faisais que les écouter. Une semaine après mon retour à Ouaga et après le nul des Etalons face au Mozambique (1-1) le 24 mars dernier, j’ai compris pourquoi je n’avais pas des arguments pour rabattre les prétentions de mes interlocuteurs de Sandaga.

Dans 6 mois, plus exactement le samedi 8 septembre 2007, le stade Léopold Sedar Senghor sera plein comme un œuf à l’occasion de ce dernier acte Sénégal # Burkina Faso comptant pour la sixième et dernière journée des éliminatoires de la CAN 2008.

Mes frères sénégalais y seront sûrement et se souviendront peut-être de moi avant le coup d’envoi.

 

Justin Daboné

L'Observateur Paalga du 29 mars 2007



29/03/2007
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