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Retrait britannique de l’Irak : Blair veut-il lâcher Bush ?

Retrait britannique de l’Irak

Blair veut-il lâcher Bush ?       

 

S’il y a des hommes de tenue qui veulent bien que le temps se hâte, c’est bien les soldats de sa gracieuse Majesté, engagés qu’ils sont dans la guerre au pays de Saddam Hussein depuis mars 2003 pour une fictive histoire d’armes de destruction massive. Leur espoir est légitime, car le premier ministre britannique, Tony Blair, a confirmé hier ce dont tout Londres bruissait depuis : le retrait des troupes anglaises du bourbier irakien  au cours des prochains mois.

 

Lors d’une déclaration très attendue, le locataire du 10, Downing Street a annoncé que ce retrait se fera par vagues successives et concernera, en un premier lieu, 1 600 combattants. Il a justifié cela par la relative stabilité retrouvée au Sud–Irak où sont déployés les militaires britanniques et par le transfert, de plus en plus, de compétences aux autorités irakiennes de la région de Bassorah. C’est pour cela qu’il a déclaré que «Le prochain chapitre à Bassorah sera écrit par les Irakiens eux-mêmes».

 

Si ce retrait annoncé mobilise l’attention de la communauté internationale, c’est parce que tout le monde souhaite le départ des troupes étrangères d’Irak. Sinon, ce n’est pas la première fois que des soldats de la Reine Elisabeth II quittent le pays de Saddam.

 

Comme l’a fort opportunément rappelé Tony Blair, le nombre de ses hommes, aujourd’hui de 7 100, était de 9 000, il y a deux ans et de 40 000 au début de «l’Opération Liberté Immuable». Cette annonce préfigure, en tous cas, une sortie prochaine de l’enfer pour le contingent en place sur le théâtre des opérations.

 

Même si, sans doute pour des raisons stratégiques, le Premier ministre n’a pas dévoilé le calendrier du retrait, on peut déjà se féliciter de ce qu’il va permettre d’entamer qui sait, dans les semaines à venir, le retrait d’une partie des militaires anglais. La presse avance même que d’ici fin 2008, tous les hommes auront plié bagage. Et tout cela au grand bonheur de l’opinion britannique qui, depuis un temps, se fait entendre contre cette guerre.

 

Visiblement, Tony Blair est en train de lâcher son ami George Bush, à l’image des Espagnols et des Italiens. Comme une peau de chagrin, la constellation de la coalition emmenée par l’Oncle Sam est en train de se rétrécir.

 

Comme une maladie contagieuse, ce retrait annoncé des éléments de La Perfide Albion gagne d’autres pays de la coalition, puisque le Danemark (460 hommes) et la Lituanie (50 soldats) envisagent aussi de se retirer d’Irak d’ici le mois d’août 2007. En dépit de ces défections, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice,  a déclaré que «La coalition demeure intacte». Mais pour combien de temps encore ?  Certainement pas pour très longtemps.

 

Mais comment pouvait-il en être autrement quand on sait que les uns et les autres ont très vite fait de comprendre que rien ne justifiait cette sale guerre concoctée dans les laboratoires les plus sophistiqués du mensonge par la Maison-Blanche et ses bras mensongers que sont la CIA, le Pentagone et la NSA.

 

Outre ce mensonge et la pression de l’opinion nationale du Royaume-Uni, plusieurs raisons dictaient à Tony Blair d’envisager très sérieusement ce retrait et même de l’entamer dans de meilleurs délais. Il y a, par exemple, l’équation de la politique intérieure à Londres où le Chancelier de l’échiquier, Gordon Brown, à force de faire des pieds et des mains, a réussi à pousser le Premier ministre vers la sortie.

 

Il est évident que Gordon qui n’avait soutenu que du bout des lèvres l’envoi des troupes en Irak, aura comme préoccupation première au 10, Downing Street, de procéder à ce retrait immédiat pour marquer des points auprès de l’opinion. En devançant donc sur cette question son potentiel successeur, Blair, qu’on surnomme sur les berges de la Tamise «le caniche de Bush», veut aussi reconquérir l’opinion avant de passer la main et partir ainsi sur une note positive. Comme pour dire : «J’ai fait fausse route, donc je fais marche arrière».

 

Mais en réalité, il y a surtout, comme nous l’écrivions plus haut, le fait que le sud de l’Irak, sous contrôle britannique, est, quoiqu’on dise, assez pacifié si bien que depuis 48 heures, le 10e corps de l’armée irakienne a été placé directement sous commandement de l’état-major irakien.

 

Et mieux, ces derniers mois, les Britanniques avaient déjà passé le relais aux forces irakiennes dans trois provinces pour ce qui est du maintien de l’ordre. Leur zone étant moins trouble, les soldats de sa Majesté peuvent donc se retirer sans trop de dommages.

 

Un dernier argument qui milite en faveur de ce retrait, c’est le coût de cette guerre qui n’a que trop duré, ainsi que ses répercussions sur l’image de marque de l’armée britannique. Souvenons-nous des horribles photos de traitements inhumains dans les prisons. Sur le plan des pertes, les Anglais ont enregistré de très nombreux blessés et compté moins de 150 soldats tués. Un nombre, si on ose dire, insignifiant comparé au quelque 3 000 GI’s «postés» à destination de l’Amérique dans des cercueils.

 

Malheureusement, on constate avec regret que, malgré ce décompte macabre au sein des troupes américaines, le guerrier Bush préfère toujours s’enfoncer dans les sables mouvants irakiens. Pour preuve, il vient de décider l’envoi de plus 20 000 soldats supplémentaires en renfort des 135 000 qui sont déjà sur place. Donc, pendant que Londres envisage de procéder au retrait de ses hommes, Washington, lui, a plutôt envisagé  le renforcement de son contingent.

 

On peut cependant comprendre Bush, même si on n’est pas d’accord avec son action. Car, contrairement à la région de Bassorah (tenue par les Anglais), celle de Bagdad, depuis toujours à feu et à sang, est une véritable poudrière qui pète entre les mains des Américains.

 

Difficile dans ces conditions de s’en retirer au risque d’accélérer l’avènement de l’apocalypse qui va balayer les semblant d’institutions et d’administration en place. Le pays basculerait alors dans l’enfer, et probablement que les chefs de guerre se partageraient les «lambeaux» de l’Irak exactement comme ça été le cas en Somalie après le retrait (encore) des soldats yankees dans les années 90.

 

Sinon, plus que Tony Blair, George Bush est certainement très pressé de quitter cette galère, seulement, il veut se frayer une sortie honorable en refilant au gouvernement irakien la patate chaude.

 

Avec le recul, tout le monde convient que c’est l’exemple même de guerre qu’il ne fallait pas livrer. Et puisque ceux qui l’ont engagée commencent à en prendre conscience, il faut espérer que les djihadistes de tous poils qui écument ce pays acceptent d’accompagner cet élan en tempérant leurs attaques.

 

Sinon, on n’est pas encore sorti de l’auberge. Tony Blair a en tout cas prévenu : la situation sur le terrain (la relative stabilité) est à l’origine de ce retrait annoncé, mais la position sera révisée si nécessaire, autrement dit, si ça dégénérait.

 

Voilà qui est bien dit et qui devrait amener Bush et son équipe à plus d’introspection.

 

San Evariste Barro



21/02/2007
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