L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Saccage des Kundé : L'impunité fait le lit des émeutes

Saccage des Kundé

L'impunité fait le lit des émeutes

 

C'est toujours la même règle qu'on observe quand, dans un accès de colère, des étudiants impécunieux "djafoulent", brûlent des pneus sur la chaussée et   cassent des feux  rouges pour se faire entendre.

C'est toujours la même règle quand les croisés de l'impunité dressent des barricades et affrontent,  les mains nues, les forces de l'ordre dans un face-à-face forcément sanglant.

 

C'est toujours la même règle  quand, pour se faire respecter, des soldats saignent au RPG 7 et au AK-47 du poulet, pauvre exutoire fort commode qui cachait mal des revendications corporatistes et  même politiques.

 

C'est toujours la même règle quand, pour reprendre une formule consacrée par les communiqués nécrologiques, les parents, amis et connaissances de victimes de crimes crapuleux font subir l'épreuve du feu à ceux accusés d'être la cause de leurs malheurs.

C'est toujours la   même règle... on condamne par principe la violence, quitte à lui trouver, sinon des excuses, du moins des explications.

 

Il n'est effectivement pas décent d'encourager les actes de vandalisme, la destruction de biens, qu'ils soient publics ou privés, qui pis est, quand les manifestations mettent au chômage des milliers de personnes comme c'est le cas avec la chaîne des bars-restaurants-dancings Kundé, qui employait, jusqu'à vendredi midi, des centaines et des centaines de serveuses, de cuisiniers, de manœuvres, etc. Sans oublier ces petits boulots, parfois fort juteux, qui gravitent autour des maquis (parkeurs, boutiquiers, cireurs...).

 

Tout commence, par une voiture achetée mais non livrée qui débouche sur deux corps retrouvés sans tête, et se termine (1) par le saccage du plus emblématique des Kundé et de quelques autres, l'un des suspects des meurtres sordides étant réputé y avoir des intérêts, ce qui reste d'ailleurs à prouver.

 

Décidément, la réputation jusque-là flatteuse de havre de paix et de stabilité qu'on collait volontiers au Burkina tient désormais de l'image d'Epinal, voire du mythe.

 

Le déchaînement de violence de ce week-end intervient en effet, on ne saurait l'oublier, 6 mois après les fameuses émeutes du casque et 3 mois à peine après les violents affrontements entre militaires et policiers, qui ont fait, fin décembre, 4 morts, quelques blessés ainsi que, au passage, sapé les fondements de la République et écorné durablement l'image du pays.

 

Au-delà du banal fait divers, la poussée de fièvre de ces derniers jours participe en fait d'un raz-le-bol général qui n'attend que le moindre prétexte pour se manifester. Il faut dire que déjà, beaucoup de gens voyaient  d'un mauvais œil ces Kundé, qui ont poussé   subitement  comme champignons après l'orage, suite au rachat, à tour de bras, de bistrots plus ou moins chancelants que les promoteurs retapaient à coup de millions.

 

Dans ce Burkina où certains voient déjà derrière toute 4 x 4 la corruption en mouvement, quand ce n'est pas le fruit de pratiques occultes, cette débauche de moyens confinait, pour beaucoup, au blanchiment d'argent; les uns y voyaient la main des rebelles ivoiriens, d'autres, se profiler l'ombre de barons du régime, à moins que ce ne soit    les deux à la fois. Vrai ou faux ? Allez savoir.

 

Mais quand bien même ils auraient raison, dans un Etat de droit, il y a des cadres institutionnels pour régler ce genre de problèmes. Mais si les citoyens en viennent ainsi à être des hors-la-loi, en réglant par eux-mêmes les différends qui les opposent à autrui, c'est précisément parce qu'ils n'ont plus confiance auxdites institutions, notamment  aux forces de  sécurité et à la justice.

 

Pourquoi, en effet, s'en remettre à elles si c'est pour  voir les voleurs de la République décorés? Pourquoi, en effet, s'en remettre à elles si le bandit de grand chemin, le criminel à la petite semaine ou l'escroc désargenté, sitôt admis à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), en ressort pour venir vous narguer et vous "mettre la poussière" avec son dernier bolide?

 

Autant lyncher son voleur, autant incendier la maison  de son criminel présumé, faute de l'occire de ses propres mains, même si, ce faisant, on court le risque de martyriser des innocents, comme ce pourrait être le cas présentement, car rien ne dit  qu'il n'y a pas eu méprise et erreur sur la cible et que ce ne sont pas des gens jaloux du succès des Kundé qui en ont profité pour lui régler son compte et le mettre définitivement à genoux.

 

Après un tel saccage et une telle mauvaise publicité, qui vont désormais leur coller à la peau, on se demande bien comment ils pourraient se relever, ce qui ne doit pas manquer de faire des heureux chez la concurrence.

Dans ce Burkina à deux vitesses, les premiers responsables de cette folie dévastatrice sont donc l'injustice et l'impunité, qui font toujours le lit des émeutes.

 

Malheureusement, ces gens qui nous gouvernent semblent ne pas en avoir conscience, puisque pour eux, ceux qui les critiquent sont des jaloux ou des aigris, qui râlent tout simplement parce qu'ils ne sont pas à côté de la mangeoire. Blaise Compaoré, qui joue les pacificateurs chez les voisins togolais et ivoirien, un rôle qu'il aime tant, ferait pourtant mieux, s'il ne veut pas à son tour avoir besoin d'un pompier, d'ouvrir l'œil et le bon, pour que son pays se délite et la chienlit s'y installe insidieusement, car ça n'arrive pas qu'aux autres.

 

Imaginons d'ailleurs un seul instant que, pour rétablir l'ordre, les flics ou les pandores se soient vus obligés d'ouvrir le feu sur les manifestants, qui voulaient même marcher sur le commissariat central de police de Ouaga, et qu'on ait eu à déplorer un mort. Au drame déjà existant serait venue se greffer une autre tension, avec tous les dérapages prévisibiles, et la politique se serait invitée dans ce terreau on ne peut plus fertile.

 

Mais peut-être que, gagné par l'usure inévitable du pouvoir, le Président du Faso n'a-t-il plus vraiment prise sur les choses (comme on s'en est aperçu courant décembre avec la révolte de la soldatesque), auquel cas il faut en tirer les conséquences  qui s'imposent.

 

La rédaction

L'Observateur Paalga du 19 mars 2007



19/03/2007
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