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Sénégal : Le jeu trouble du duo Wade-Seck

Sénégal

Le jeu trouble du duo Wade-Seck

Coup de théâtre dans la faune politique sénégalaise ! Idrissa Seck, fondateur du parti REWMI, se rapproche de Abdoulaye Wade. C’est à croire qu’il y a eu nuitamment une "journée de pardon" entre les deux adversaires politiques d’hier. On a encore en mémoire la descente aux enfers de l’ex-maire de Thiès suite à ce qui a été qualifié de l’affaire des "chantiers de Thiès". Règlements de comptes politiques ou pas, cette affaire avait marqué la rupture officielle entre l’enfant prodigue et son père spirituel, Abdoulaye Wade. Celui-ci avait alors créé son parti et affronté le président sortant qui l’a battu. L’on s’attendait à tout sauf à un rapprochement entre ces deux hommes, quelques mois seulement après l’élection présidentielle. Mais ne dit-on pas qu’en politique, il ne faut jurer de rien ? A un moment où il est de plus en plus question de la succession de Wade, tous les scénarii possibles sont échafaudés dans l’ombre. Et cette annonce du retour du "banni" dans la grande famille du PDS en fait partie. Les contours du rapprochement sont encore flous, mais la volonté politique de faire table rase du passé est claire. La question est de savoir pourquoi maintenant.

On prête l’intention au président de la république de vouloir préparer sa succession en mettant son fils sur orbitre. Cette hypothèse ne serait pas du goût de tout le monde, surtout des caciques du parti. Le retour de Idrissa Seck pourrait donc participer d’un scénario de diversion. Wade crée ainsi un nouveau courant au sein du PDS où l’ancien Premier ministre compte bon nombre d’adversaires déclarés, qui craignent le hold-up parfait car personne ne maîtrise la pensée profonde du "vieux". N’avait-il pas émis l’idée d’une démission au cours de ce second mandat ? Une guerre de positionnement va certainement s’engager entre les ténors du parti. De ce feu, le président Wade tirera ses marrons. La grande famille libérale qu’il entend mettre en place est une sorte de paratonnerre contre les assises nationales réclamées par une grande partie de l’opposition. Des assises que la présidence ne voit pas d’un bon œil car elles visent à faire le bilan de tous les dysfonctionnements enregistrés sous l’ère Wade. On soupçonne le président de vouloir court-circuiter ces assises en ôtant à l’opposition un de ses poids lourds.

Que Wade tire les ficelles dans ce jeu compliqué de conquête ou de conservation de pouvoir, on peut le comprendre. Ce que l’on comprend moins, c’est le revirement à 180° de Idrissa Seck. Il abandonne du coup le front SIGGIL Sénégal (un regroupement de partis politiques) qui appelle à la tenue d’assises. C’est à croire qu’il a fait un deal avec le président. Si tel est le cas, il donne l’impression d’être tenu quelque part par le vieux Wade, à moins que ce ne soit le contraire. Idrissa Seck se trouve du coup davantage isolé, rejeté par une opposition devenue plus que jamais méfiante et un parti au pouvoir qui ne l’accueille pas à bras ouverts. Sa crédibilité en prendra sans doute un coup. Il joue certainement son avenir politique. Seuls Wade et Seck savent vraiment à quel jeu ils jouent. Tant pis pour les électeurs qui ont cru un instant que ce brillant homme politique pourrait être à l'origine de l'alternance au pays de la Teranga. C’est oublier que le vieux lion ne dort que d’un œil et que s’il n’a pas ses crocs de jeunesse, il possède toute sa tête pour défendre ses intérêts. Dans cette affaire, le président aussi joue sa crédibilité. Lui qui est à l’origine des charges contre Idrissa Seck, l'a-t-il absous personnellement ? L’opinion publique sénégalaise appréciera. La désaffection des électeurs lors du scrutin municipal ne doit donc pas étonner, bien qu’une bonne partie de l’opposition ait appelé au boycott.

C’est un signal à prendre au sérieux. Peut-être que Wade l’a compris et tente de se rattraper en ramenant l’enfant prodigue au bercail. Les Sénégalais, eux, regardent ce spectacle un peu désabusés. Mais ces électeurs, quoi que les politiciens fassent, ont en principe le dernier mot, une fois qu'ils iront aux urnes. Mais comme on vient de le constater, en politique, tout est possible.

Le Pays du 3 août 2007



03/08/2007
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