L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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SND : Le civisme peut-il faire courir autant de jeunes ?

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Le civisme peut-il faire courir autant de jeunes ?

 

Environ deux mille jeunes se sont bousculés le 4 septembre 2007 à la Direction générale du Service national pour le développement (SND) à Ouagadougou. Ils luttaient pour se faire enregistrer en vue de participer à la "Formation civique et patriotique", avec des intentions diverses.

Si cela est la motivation officielle de ces jeunes, bien souvent, ce n'est qu'un prétexte pour la majorité d'entre eux de tromper leur ennui en  empochant au passage quelques billets, fussent-ils modiques.

 

Tôt le matin de ce mardi 4 septembre 2007, un monsieur qui a flairé la bonne affaire a installé un parking d'engins à deux roues à l'entrée de la Direction générale du Service national pour le développement (SND). Les bicyclettes et les motos ainsi parquées par rangée  annoncent aux visiteurs que devant, il y a du beau monde. Une dizaine de mètres encore, et la Direction générale vous ouvre, son ventre, rempli d'une armée innombrable de jeunes désœuvrés. Avant d'atteindre la façade du bâtiment où sont installés des agents recruteurs, il faut assez de "excusez-moi", pour se frayer un passage.

Des militaires tentent d'assurer l'ordre. Lorsque l'un d'entre eux vient à soulever son ceinturon, le tohu-bohu de cette assemblée bruyante monte.

Progressez en direction de la fenêtre qui fait office de guichet, et vous êtes accueilli par des regards hagards, et des avertissements vous tombent dessus : "Hola ! balayez les rangs", "pas  d'intégrations", c'est-à-dire, éviter les infiltrations. Ce qui a fait converger ces centaines de jeunes gens vers ce endroit, c'est ce communiqué : "Dans le cadre de ses activités de sensibilisation de la jeunesse en matière de citoyenneté, la Direction générale du SND organisera du lundi 10 au vendredi 14 septembre 2007 à Ouagadougou la troisième session de formation civique et patriotique au profit de cinq cents (500) jeunes de la région du Centre, non inscrits au SND, âgés de 18 à 30 ans, ayant au minimum le Certificat d'études primaires...".  Pour les motiver, les heureux élus vont bénéficier d'un tee-shirt frappé du logo de l'institution, d'un manuel d'instruction civique et d'une somme de 5 000 F CFA, soit mille balles par jour.

Mais est-ce que ce qui fait courir autant de jeunes, c'est l'élan patriotique ou quelque raison existentielle ?

 

Des atouts pour de futures responsabilités

 

Presque tous ceux qui ont accepté  de se confier à la presse trouvent que cette formation est une chance pour acquérir des connaissances sur le civisme et le patriotisme. Pour Taoko Boniface, élève de terminale au lycée Philippe-Zinda-Kaboré, ce sont des enseignements et des atouts qui vont lui permettre d'occuper des postes de responsabilité à l'avenir. Le discours change cependant de contenu selon que notre dictaphone marche ou est arrêté. Car pour insignifiants qu'ils puissent paraître, les cinq mille francs de la communauté financière africaine (5 000 F CFA) seraient la principale motivation de cette armée de "chercheurs". "Vous aussi ! Vous pensez que pour une question de civisme et de patriotisme, je viendrais ici à 3 heures du matin ?", interroge Rodrigue. Alidou, lui, est plus cynique : "Qu'ils prennent un haut-parleur et disent que la motivation financière est supprimée et ils verront les vrais patriotes". Mais s'il y en a qui se frottent à l'idée de palper quelques jours ces perdiems ou plutôt ces "merdiems" qui valent leur pesant d'or des jeunes désargentés, Awa Sanou, lauréate du Bac 2007, trouve là un passe-temps utile et sain pour occuper ses vacances : "Pour moi, je peux me distraire avec ces 5 jours de formation".

Lorsqu'aux alentours de 12 heures, le chef de service SND, San Ouattara, apprend aux candidats que la liste est close, Rodrigue, étudiant en 3e année de droit, manque de s'étrangler. Il répétait à qui voulait l'entendre qu'il était à la 110e position, sans avoir été enregistré.

"Où ont-ils pris les 500 personnes ? C'est un marché de dupes. Les dés étaient pipés. Je regrette d'être venu". Entre accusations et plaintes, la bousculade est inévitable dans ce genre de recrutements, la demande étant toujours plus forte que l'offre, et l'ordre difficile à maintenir.

Même les candidats qui s'arrangent par une cuisine interne pour maintenir le calme finissent souvent par ne plus se comprendre. Tout cela démontre, selon monsieur Ouattara, que ceux-ci s'intéressent à la formation.

"Il y en a qui parlent de traitement préférentiel, mais je me demande sur quoi ils se sont basés", s'interroge-t-il.

Il est certainement difficile de trouver des preuves irréfutables de cette pratique. Mais à voir certains comportements, des recalés sont fondés à croire qu'il y a anguille sous roche. En effet, prétendent-ils, ils ont pu observer des jeunes, surtout des filles, courir après des militaires ou entrer et sortir des bureaux de responsables, dossiers bien en main.

Rappelons que la formation civique et patriotique est une activité organisée par la Direction du SND, un service rattaché au Premier ministère. Elle est à sa 5e édition, couvre cette année 7 régions, et va concerner 2 100 jeunes. Des inspecteurs de l'enseignement primaire sont  les dispensateurs des cours. Ils le font dans un langage accessible à tous les niveaux. Concernant les difficultés liées à l'organisation, les responsables espèrent disposer de plus de moyens pour prendre suffisamment de candidats. Selon eux, tout est lié à une question budgétaire. La session  2007 porte sur des thèmes tels les sceaux et les symboles de l'Etat, le bien public, l'honnêteté, l'intégrité et la tolérance, la liberté, les droits et devoirs du citoyen.

Des sujets éminemment importants dans un "Pays des hommes intègres" où tout le monde s'accorde, comble de l'inouie, à dire que la morale agonise si elle n'est pas déjà morte, enterrée et ses funérailles célébrées ; un pays où les jeunes générations manquent de repères moraux, dans la mesure où les responsables politico-administratifs, et même les autorités coutumières donnent souvent le mauvais exemple.

Pour l'heure en tout cas, bénéficiaires et initiateurs ne partagent pas la même vision sur cette formation et on a pu entendre l'autre jour, dans les rangs, des phrases comme celle-ci : "Ces gens, ils nous parlent de civisme et de patriotisme alors que c'est eux les voleurs de la République... Qui est fou ?".

Emile Gandèma

(Stagiaire)

L'Observateur Paalga du 7 septembre 2007

 

 

 

Quelques candidats s'expriment

 

Awa Kouanda : (Rires) ! Pour s'inscrire, c'est "katanga". Sincèrement, je pensais que c'était facile... Voyez la bousculade qui se passe. Pourtant, je tiens à bénéficier des enseignements sur le civisme et le patriotisme. C'est bien pour l'avenir de chacun de nous et partant celui du pays.

 

Ibrahim Niampa : L'inscription relève du parcours du combattant. S'il faut être là à 3 heures du matin et ne pas être retenu, il y a problème. Tout ne se passe pas normalement. Il y en a qui profitent trop de leurs relations. Voyez-vous ces militaires (NDLR : il indexe 2 qui se dirigeaient vers le guichet), ils vont plaider en faveur de certaines filles. C'est leur affaire. Ils sont les maîtres des lieux ; on n'y peut rien.

En venant ici, on pensait qu'eux au moins, ils feraient l'exception.



07/09/2007
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