L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Tout cela risque de mal se terminer au Pakistan

Pakistan

Tout cela risque de mal se terminer

 

L'indépendance du Pakistan, c'était en 1947. Il y a donc 60 ans. Et cet anniversaire aurait pu se fêter comme il se doit.

Mais en lieu et place des prières dans les mosquées, des grandes parades et des libations, ce sont des coups de canon hostiles qui ont marqué le début des festivités.

Ainsi, cet anniversaire, qui devrait être célébré avec faste, aura été endeuillé par la situation d'instabilité politique et d'insécurité qui règne sur le pays.

Au jour anniversaire déjà, à Karachi, la 2e ville du pays, non loin de la tombe du père de l'indépendance, Mohamed Ali Jinnah, la sérénité avait été ternie par une fausse alerte à la bombe. Quelques heures plus tard, c'est un engin explosif qui a détérioré un pylône d'une ligne à haute tension. De l'autre côté de la ville, la police se démenait comme un beau diable pour désarmorcer des explosifs placés sur les pylônes.

Inutile donc de dire que l'humeur n'était pas à la fête.

Osons le dire, le Pakistan est en ébullition.

Demain mardi, l'opposition politique, conduite par Benazir Bhutto, a inscrit sur son agenda une série de manifestations couronnées par une grande marche de protestation pour mieux défier le régime honni du général Pervez Musharraf. Chose que le tombeur de Nawaz Sharif tentera, autant que faire se peut, d'étouffer dans l'œuf. Et ce n'est aucunément exagéré de dire qu'il y aura de l'électricité dans l'air. Compte tenu de la fougue de l'opposition à voir plier le régime et de la détermination du pouvoir à ne pas lâcher du lest.

Du Pakistan, on n'est plus sûr de rien sauf que la situation peut y dégénérer à tout moment et échapper totalement au contrôle de la junte au pouvoir et de ses sbires.

Ainsi, après la Birmanie, où les cendres des violences enregistrées entre le pouvoir et les manifestants semblent toujours chaudes, voici que le Pakistan est en train de devenir progressivement un autre centre de gravité de l'actualité internationale.

Ces deux nations asiatiques conservent quelques similitudes :

- d'abord, ces nations sont dirigées par des dictatures militaires ;

- ensuite, la donne religieuse y est omniprésente.

En effet, tout autant que les bonzes en Birmanie, qui paient un lourd tribut pour plus de démocratie, au Pakistan,  les islamistes tiennent le haut du pavé ;

- enfin, et non des moindres, l'opposition politique dans ces deux pays est incarnée par des femmes proches de la soixantaine : Benazir Bhutto au Pakistan et le prix Nobel de la paix Aung San Sui-Kyi en Birmanie.

Chose tout à fait logique du reste.

Ne dit-on pas que face à certaines situations difficiles et que lorsque ceux abusivement appelés "sexe fort" se révèlent incapables, ce sont les femmes qui occupent le devant de la scène ?

Mais si Aung San Sui-Kyi est toujours cloitrée en résidence surveillée à Rangoon, l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto, en dépit des tentatives du pouvoir pour la mettre en lieu sûr, conserve encore la plénitude de ses mouvements.

Face à l'état d'urgence décrété par Musharraf, l'ex-premier ministre du Pakistan qui, dit-on, avait noué une alliance conjoncturelle avec lui a opéré un revirement, en appelant à manifester contre. On se souvient en effet que la fille de Zulfikar Ali Bhutto est rentrée d'exil le 18 octobre dernier après huit ans d'absence suite à une entente tacite avec les généraux pakistanais. D'ailleurs, depuis plusieurs mois déjà, elle négociait un accord de partage du pouvoir avec le général Musharraf et cet accord prévoyait que Benazir Bhutto redevienne premier ministre en échange d'un soutien de sa formation, le Parti du progrès du Pakistan (PPP), à Musharraf lors des prochaines législatives.

On l'aura remarqué, c'est le décret instituant l'état d'urgence qui a eu raison de leur "entente".

Le général Musharraf, qui a usurpé le pouvoir d'Etat il y a huit ans, a imposé l'état d'urgence en invoquant la recrudescence sans précédent des attentats islamistes et l'ingérence de la justice dans les affaires relevant de l'Exécutif.

Et naturellement, aussi bien les Pakistanais que la communauté internationale, personne n'a accepté d'avaliser cet autre coup d'Etat constitutionnel qu'est l'état d'urgence.

Cependant plus que tout, l'homme fort d'Islamabad craint la montée d'un vrai mouvement de contestation politique généralisé mené simultanément par la société civile et les politiques.

Lâché autant à l'intérieur qu'au niveau de la communauté internationale, notamment de Washington, son principal allié dans la "guerre contre le terrorisme" et bailleur de fonds, l'homme d'Etat pakistanais opérait une reculade, avant de serrer davantage la vis de la cœrcition et de la répression de toute opposition  hier. L'annonce en a été faite lors d'un point de presse à Islamabad.

Dans sa déclaration liminaire et sans autre forme de procès, le président pakistanais a annoncé la dissolution du Parlement et l'organisation des législatives pour le 9 janvier.

En dissolvant le Parlement, qui lui semblait hostile, Pervez Musharraf veut se donner le temps et les moyens de s'imposer de nouveau sur la scène politique.

On l'aura remarqué tout au long de son point de presse, l'homme fort d'Islamabad a volontairement omis de parler de son retrait de l'armée. En fait, ça ne l'arrange pas. Arrivé au pouvoir en 1999 suite à un coup d'Etat, le général président, en lâchant le contrôle de la Grande Muette, craint d'en être victime à son tour. Ne dit-on pas que c'est le bourreau qui craint le plus le gourdin ?

Mais quoi qu'il fasse, Musharraf risque d'être coïncé tant la pression sur lui est forte. Ce, d'autant plus que depuis un certain temps, les avocats et les juges sont entrés, eux aussi, dans la danse aux côtés des politiques pour mieux pousser Musharraf vers la sortie.

Depuis la première mise à pied du président de la Cour suprême, les avocats sont devenus l'autre fer de lance de la contestation du régime, alors que, paradoxalement, hormis le parti de Bhutto, les formations politiques de l'opposition se font plutôt aphones.

Si donc Musharraf est coïncé, les Américains le sont également, eux qui voyaient en ce général un paravant contre le terrorisme.

Que faire donc face à cette situation ?

Le Pakistan est une puissance nucléaire et la gestion de sa crise requiert la plus grande dextérité.

Et les Américains semblent en avoir pleine conscience.

Pour Musharraf, les carottes semblent cuites. Il faut l'aider à retrouver la  sortie sans détruire la maison.

C'est sur cette éventualité que semble plancher Washington.

 

La rédaction

L’Observateur Paalga du 12 novembre 2007



12/11/2007
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