L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Un constat n'est pas une analyse

Longévité au pouvoir

Un constat n'est pas une analyse

 

Le député Mahama Sawadogo du Congrès pour la démocratie et le Progrès  (CDP), parti au pouvoir, aurait étonné plus d'un s'il ne répondait pas à cette pique du "Mouvement de la paix": "20 ans au pouvoir, ça menace la paix".

D'où son analyse selon laquelle, généralement, il est difficile de succéder à un grand président qui a gouverné longtemps, et qui a fait beaucoup de réalisations politiques, économiques et sociales pour son pays.

 

"Ça menace la paix" est le titre d'un article de l'association "Mouvement de la paix" publié dans certains journaux de la presse nationale et diffusé sous forme traduite en langue nationale mooré par la radio Savane Fm.

Dans cet article, le Président du "Mouvement de la paix", prenant comme prétexte la célébration, le 21 septembre, de la Journée internationale de la paix, fustige la longévité au pouvoir du Président Blaise Compaoré, et «exhorte les Majestés, 5 grands rois du Burkina Faso, les ex-membres du collège de sages, le comité d'éthique et les personnalités non partisanes des communautés chrétiennes et musulmanes, forces morales de notre pays, à s'abstenir de participer aux manifestations des 20 ans de pouvoir du Président Blaise Compaoré, et cela «au nom de la paix pour notre chère patrie». Pour justifier son exhortation, le Président du mouvement écrit: «Lorsqu'on fait une petite analyse comparative des guerres qui ont secoué les pays du sud du Sahara et plus particulièrement ceux dits francophones, on constate avec amertume que le point commun entre tous ces pays en guerre ou l'ayant connue demeure la longue période ininterrompue (20 ans et plus que leurs présidents respectifs ont passé à la tête de l'Etat). Et après le départ de "l'indispensable" Président, que ce soit par insurrection, par putsh (RDC, Mali) ou par accident criminel (Rwanda) ou par mort naturelle (RCI, Togo), le pays subit un désastre, une éruption volcanique sociale aux conséquences indescriptibles ». Et pourtant, poursuit l'auteur de l'article, ces pays, à quelques nuances près, étaient qualifiés de «modèles de la bonne gouvernance, havre de paix, forteresse de la stabilité institutionnelle». Mais cela n'est qu'un simple constat, comme l'a souligné Monsieur le Président du Mouvement pour la paix lui-même. Allons donc au-delà de ce constat pour amorcer l'analyse de la situation. Dans ce sens, on peut faire observer que généralement, il est difficile de succéder à un grand président qui a gouverné longtemps et qui a fait beaucoup de réalisations politiques, économiques et sociales pour son pays. L'explication la plus probable de cette situation, c'est le fait que le successeur du président qui s'en va est nécessairement condamné, soit à gouverner dans le même style que son prédécesseur, soit à instaurer son propre style de gouvernement. Dans le premier cas, son action est masquée par l'ombre de son prédécesseur et dans le second cas, il court le risque évident de désorganiser les acquis qu'il a reçus en héritage. C'est ce qui occasionne généralement le dysfonctionnement de la gouvernance dont l'expression maximale est la guerre civile à laquelle fait allusion l'article. En résumé et à la suite des conséquences politiques tirées par des sages des royaumes mossi, on peut dire qu'on ne succède pas facilement à un grand chef. Cette amorce d'analyse permet de comprendre que la mal gouvernance consécutive au départ d'un président qui a duré au pouvoir est davantage due aux qualités du successeur qu'à la longévité politique de son prédécesseur. Cela est aisément compréhensible si l'on tient compte du fait qu'il y a évidemment beaucoup d'hommes politiques, mais certainement peu d'hommes politiques ayant la carrure d'homme d'Etat. L'inconvénient principal de la longévité d'un président au pouvoir est le fait d'aiguiser l'impatience des concurrents politiques qui, désirant coûte que coûte l'alternance du pouvoir, pourraient recourir à des raccourcis pour réaliser leurs objectifs. Dans cette condition, des désordres ultérieurs dans le pays sont très possibles.

 

Mahama Sawadogo Député

L’Observateur Paalga du 24 septembre 2007



24/09/2007
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