L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Un discours ex cathedra

Un discours ex cathedra

 

Le parrain des prix Galian 2008, Luc Adolphe Tiao, a fait un discours qui a retenu l'attention de plus d'un. Nous vous proposons de larges extraits de l'allocution de ce docteur en communication. Après une brève introduction, l'adresse du parrain à l'assistance de la soirée de Galian a pris l'allure d'un exposé sur le journalisme.

 

- Rechercher l'information avec le maximum d'impartialité possible ;

- la traiter avec le plus d'impartialité possible ;

- et livrer cette information avec le plus de neutralité possible. Tel est le triptyque angulaire des professionnels des médias. C'est le lieu de paraphraser le sociologue Pierre Bourdieu, et de percevoir la pratique journalistique comme un "noble sport de combat. On doit s'en servir pour servir, mais on ne doit pas l'utiliser pour faire de mauvais coup". Assurément, c'est une mission difficile, délicate, pleine d'embûches et de difficultés diverses. En effet, dans sa pratique quotidienne, le journaliste ne saurait faire complètement abstraction de sa personnalité, de son éducation, de ses convictions philosophiques et spirituelles, en un mot, de son background. Et tous ces paramètres, consciemment ou non, ont un impact assez important sur son travail. Toutefois, il importe qu'en toute âme et conscience, l'honnêteté soit pour le praticien de l'information un paramètre référentiel. Et cette quête est d'autant plus complexe que, comme le fait observer Max Weber, "toute activité orientée selon l'éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées: l'éthique de responsabilité ou l'éthique de conviction"...

 

Une conjonction d'initiatives

 

La contribution des hommes de médias burkinabé à la libération de la parole  citoyenne, à l'élargissement des espaces de libertés et de solidarités, à la promotion d'une démocratie axée sur une gouvernance concertée et consensuelle s'inscrit en lettres d'or sur le fronton des acquis républicains engrangés depuis, notamment, ces deux dernières décennies.

Et nous nous devons donc, à la vérité, de reconnaître que ces acquis qualitatifs et quantitatifs sont constitutifs d'une conjonction d'initiatives fortes, d'engagements pluriels.  Ces acquis ont fécondé aussi bien au niveau associatif que sur le plan institutionnel.

Ces avancées significatives sont le reflet de la maturité d'une nation, jeune et fragile, éprouvée par les vicissitudes de l'histoire. Toutefois, en dépit de cette situation, notre pays a toujours eu le génie de trouver les énergies fédératives et synergiques indispensables pour aller de l'avant et s'engager dans des sursauts vitaux pour son avenir et son devenir et assumer ainsi son destin dans la sphère contextuelle de la mondialisation.

Et le fait est qu'aujourd'hui, sur le plan aussi bien des moyens de communication de masse que des outils de communication sociale et de proximité, notre pays est loin de faire piètre figure.

Cela a été rendu possible également grâce à la forte conviction des plus hautes autorités qui ont une bonne opinion des médias et de leur rôle éminent dans la dynamisation de la démocratie et du développement. Ce qui s'est traduit par des appuis structurels et  conjoncturels majeurs au profit de la presse tant publique que privée.

Aussi notre responsabilité d'opérateurs et d'acteurs des médias est-elle vivement interpellée. Pour autant, il subsiste encore de la houle dans les eaux d'une pratique professionnelle normée sur les vertus cardinales chères à ce qui devrait être si l'on devait le baptiser, le serment de Théophraste...

 

Imaginer de nouvelles options

 

Notre responsabilité en tant que professionnels des médias et de la communication est plus que jamais engagée. Il nous appartient d'imaginer de nouvelles options professionnelles, en phase avec l'éthique et la déontologie dans un contexte de mutation technologique avancée, pour toujours donner un sens à notre mission et continuer à lustrer sa noblesse.

Aussi nous revient-il de retracer et de repréciser sans cesse dans nos esprits les vérités essentielles de la pratique journalistique : "Les faits sont sacrés et les commentaires sont libres". Et c'est hélas précisément parfois cette liberté du commentaire qui génère les pratiques les plus répréhensibles dans notre profession. Le journaliste doit éviter sous le couvert de ses options et lignes éditoriales de casser ces ressorts professionnels en se laissant happer dans des relations d'instrumentalisation.

En cédant aux sirènes de forces ou d'empires politiques, économiques et de lobbies de toutes sortes, le journaliste se laisse aller à ce que j'ai appelé l'antéjournalisme. Cet  antéjournalisme déstructure la quintessence et défait l'essence de ce métier...

 

Monsieur le Ministre de la Communication

 

Le chantier le plus emblématique, à mon sens, est la dépénalisation des délits de presse. Je sais que les réticences sont encore nombreuses au niveau de toutes les sphères de la société. Mais cette dépénalisation, si elle était consacrée, contribuerait à donner un supplément de confiance et de liberté aux professionnels de médias en ouvrant davantage les vannes de la liberté de presse. Pour ce faire, Mesdames et Messieurs les journalistes, notre sens de la responsabilité est interpellé, car comme le dit le sage africain "quiconque revendique la totale liberté entière et pleine, revendique la totale responsabilité entière et pleine". C'est pour cela que, plus que partout ailleurs, la responsabilité sociale doit être le versant naturel de notre profession.

Je sais que l'on ne peut pas tout demander aujourd'hui. La liberté de la presse passe aussi par un environnement sécurisé pour le journaliste et un environnement propice au développement des médias.

Il faudrait œuvrer par tous les moyens à consolider l'indépendance de tous les médias burkinabé.

Je suis certain, Monsieur le Ministre, que les médias burkinabé peuvent compter sur vous pour porter leur espoir...

 

Luc Adolphe Tiao

Président du Conseil supérieur de la communication

Commandeur de l'Ordre national

L’Observateur Paalga du 12 mai 2008



12/05/2008
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