L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Un spécialiste des insectes sur le tône de Bango

Chefferie coutumière

Un spécialiste des insectes sur le tône de Bango

 

Fin de vacance du trône de Bango, l’un des plus vieux villages, en âge et en importance, du département de Kongoussi, capitale de la province du Bam. Le nouvel occupant, le professeur Albert Patoin Ouédraogo, a été solennellement intronisé le 3 mars 2007, sous le nom de règne de Naaba Kougri. Ce n’est peut-être pas une première en pays moaaga. Mais c’est tout de même rarissime de voir un intellectuel de son rang et de sa notoriété s’en retourner au village pour assumer des responsabilités coutumières.

 

Le 3 mars donc de l’an de grâce 2007, quelque cinq jours après la pleine lune. Une date qui restera gravée dans l’histoire de Bango. Pour cause, il a été procédé ce jour à l’installation de son chef, mettant ainsi fin à la vacance du trône de ce village, qui a duré trois années. L’heureux élu s’appelle, à l’état civil, Albert Patoin Ouédraogo.

 

Rappelons que celui-ci a gravi plusieurs échelons académiques. Né en 1941 à Sabcé, il est professeur titulaire de biologie animale, option entomologie, docteur d’Etat ès sciences, à la retraite. Ce n’est là qu’un petit pan de son riche curriculum vitae.

 

Cette journée du 3 mars, faut-il le noter, n’a pas été de tout repos pour le nouvel occupant du siège. Tout a commencé aux environs de 12 heures par le zom-koom de bienvenue à son domicile privé à Bolga. Peu avant 14 heures, le professeur prend congé de ses convives à destination de son palais pour les préparatifs de son intronisation. La foule ne tarda pas à envahir les lieux.

 

La commission chargée du maintien de l’ordre avait de la peine à contenir la foule qui attendait impatiemment la sortie du nouveau chef. La porte de la maison, où il s’était retiré, ne bâillait pas pour n’importe qui. Seuls y avaient accès des membres de la famille des Teng-sobendamba (les chefs de terre) de Bango, dans leurs incessants va-et-vient. Des nattes, en guise de tapis rouge, sont étalées de l’intérieur de la cour jusqu’à la façade du palais.

 

Les filles de la famille, mariées ou non, habillées de t-shirts frappés à l’effigie du chef, ceintes de pagnes noirs en cotonnade et presque toutes coiffées du “luili peende” (le mythique foulard aux hirondelles), forment tout au long une haie d’honneur. C’est un signe que celui qui est tant attendu par la foule ne tardera pas à sortir. Effectivement, quelque temps après, le Bang-Naaba fait son apparition.

 

Dans un boubou traditionnel brodé des cols à la poitrine, la tête couverte d’une écharpe noire et chaussé de babouches, un petit couteau dans son étui en main, il avance à pas pontifiants vers la sortie. Devant lui, la “napoko” (fillette page d’une dizaine d’années) qui, au point indiqué, pose soigneusement le “nagpouré” (un pouf). Le chef s’assied. Débute alors le ballet des hommages qui, suivant l’ordre protocolaire, est inauguré par le Tansoaba (chef de guerre) de Pouni et ses les guerriers.

 

C’est, en effet, cette famille qui a eu le privilège d’accueillir le nouvel occupant du trône, après sa nomination par Naaba Wobgo de Rissiam, avant de l’introduire auprès de ses administrés. Suivront les membres de la famille des chefs de terre de Bango, les Benda (griots), des chefs de village de la lignée de Naaba Tansongo, fondateur du royaume de Rissiam, les princes, les forgerons, les représentants des musulmans, les Peuls…

 

Bref, tous les corps constitués ont ainsi défilé pour témoigner leur allégeance et leur reconnaissance formelle à Naaba Kougri en sa qualité de chef de Bango. Chaque délégation lui a apporté des présents en espèces ou en nature. C’était là le cachet solennel de la cérémonie.

 

Mais avant que les rideaux ne baissent sur l’évènement, les nombreux amis du chef, venus des quatre coins du Burkina et d’ailleurs ont, à leur tour, fait la ronde pour le féliciter. Parmi eux, l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo, ses anciens collègues de l’université que sont les professeurs Yembila Toguyéni, Sib Sié Faustin, Jean-Pierre Guingané et Laya Sawadogo, ainsi que Filiga Michel Sawadogo, ce dernier tout comme le premier cité étant de la même région que l’intronisé. 

 

A ceux-là s’ajoutent des émissaires de certaines personnalités comme Gérard Kango Ouédraogo et Youssouf Ouédraogo, le ministre d’Etat, ressortissant du Bam. Le premier nommé s’est fait représenter par son petit frère Salif dit Nabiga et son épouse, et le second par son aide de camp, Idrissa Sawadogo.

 

C’étaient les dernières salutations, et le kombéré (ambassadeur) du Rissiam auprès de Bango pouvait maintenant regagner sa résidence privée. Parti du palais à bord d’un véhicule, à environ un kilomètre et demi de sa demeure, le chef est bloqué par les jeunes danseurs de warba de Bango, qui l’obligent à descendre pour faire le reste du parcours à pieds. Des centaines de femmes se joignent à eux pour raccompagner à pas de danse Naaba Kougri, happé par une foule compacte, jusqu’au seuil de sa maison. Et c’était ainsi la fin !

 

La parenté à plaisanterie a aussi apporté de la saveur à ces réjouissances. En effet, une des belles-sœurs, dans un accoutrement de Naaba (en boubou et coiffée d’un bonnet) tentait, vainement, de se faire reconnaître comme la nouvelle dirigeante de Bango.

 

Quant au professeur Toguyéni (issu des Gourmantché avec lesquels les Mossé du Nord entretiennent des relations de parenté à plaisanterie) dit être venu pour s’assurer que ses “esclaves respectent les coutumes”.

 

Dorénavant donc, celui qui a été choisi par le Rissiam, parmi trois postulants au siège de chef de Bango, répond au nom de Naaba Kougri ; un nom tiré de son troisième “zaab-youré” (nom de guerre), en référence à un roi de Rissiam qui a défendu le territoire du royaume jusqu’à y sacrifier sa vie. Car, ce dernier a été exécuté par les Français à l’arrivée de la colonne Voulet-Chanoine. En lui empruntant ce nom, nous a-t-il dit, “j’ai voulu rendre hommage à son courage, à son attachement au royaume qu’il avait hérité de ses parents”.

 

Mais ce n’est pas tout, car Kougri, c’est le mot clé de son zaab-youré qui se résume en ces termes : “Yelsomd kougr paam ziig ta lukr lebg toogo”. Ce qui signifie, approximativement, que “Le rocher du bienfait enraciné est difficile à déboulonner”. A cette devise qui nous rappelle mot pour mot celle qui a marqué le règne de Moogho Naaba Kougri, le père de l’actuel Moogho Naaba Bâogho, viennent s’ajouter deux autres, car comme l’exige la coutume, il en faut trois.

 

Le premier, “Yelsomd Bulg tont sidbu” (Le puits du bienfait ne s’affaisse jamais). Le second, “Koom pit bâka ti zim bie laad mogna” (Le lac déborde d’eau et les alevins font la fête). Promouvoir la liberté, la solidarité, et la bienfaisance, c’est sous ce signe que Naaba Kougri place son règne. “Je suis pour la liberté ; je ne suis pas un chef conservateur ni féodal”, nous a-t-il lancé avant d’ajouter qu’à son avis, “les considérations de mérite doivent primer sur celles des naissances”.

 

Mais ce qui étonne plus d’un, c’est le retour d’un intellectuel galonné comme lui aux coutumes . Pour le professeur, quand on a été élevé et pétri dans cette culture, on y revient toujours. Le concernant, même quand il était à l’étranger, il dit avoir toujours rêvé de retourner auprès  des siens ; “sentir leurs préoccupations” et essayer de leur apporter sa modeste contribution. Naaba Kougri voudrait être solidaire des paysans pour que “leurs enfants souffrent moins qu’eux” et que les pesanteurs sociales s’amenuisent afin qu’ils aspirent à la paix et au bonheur.

 

“Sourire pour réconforter ceux qui ne sont pas heureux”, c’est la sagesse que le chef a gardée de sa mère et qu’il entend perpétuer tout au long de son règne. “Je voudrais être un chef humble et compréhensif. Bannir tout système de répression. Je veux qu’ils vivent en paix…et que, par mes actions, aussi modestes soient-elles, je puisse leur apporter un peu de bien-être…”.  Tel est le message fort du Bang-Naaba à l’endroit de ses administrés:

 

Hamidou Ouédraogo

L'Observateur Paalga du 12/03/07

 

Encadré 1

 

D’où vient le nom Bango ?

C’est la question que nous avons posée à Naaba Kougri. Selon ce qu’il nous a conté, l’appellation “Bango” remonterait au temps de Naaba Tansongo.  Ce dernier, à ce qu’on dit, aurait fait circoncire son fils dans cette localité. Or en mooré, cette opération s’appelle “bango”. C’est ainsi que le village aurait gardé ce nom, mais aussi ce prestige d’avoir réalisé un tel cérémonial au profit du fondateur du royaume.

 

Encadré 2

 

Quelques éléments notables du curriculum vitae de Naaba Kougri

Cursus universitaire

1968 : Université Paris Sorbonne (DEA de physiologie végétale)

1975 – 1978 : doctorat de 3e cycle d’entomologie, mention très honorable avec félicitations du jury

1987 – 1991 : Maître-assistant associé chargé des T.D. d’écologie à l’université François Rabelais de Tours (France) ; doctorat unique en entomologie, mention très honorable avec félicitations du jury

1991 : Université nationale de Côte d’Ivoire (thèse de doctorat d’Etat ès sciences, mention très honorable avec félicitations du jury)

1995 – 1999 : professeur invité (un mois à un mois et demi par an) chargé des TD-cours sur les grandes fonctions de régulation à l’université François Rabelais de Tours

1971 – 1975 : Directeur de l’Enseignement secondaire général et technique

25 novembre 1980 – 7 novembre 1982 : ministre de l’Education nationale et de la Culture

Entre autres distinctions honorifiques, le professeur Albert Patoin Ouédraogo est officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, chevalier des Palmes académiques françaises et chevalier des Palmes académiques burkinabè.

Signalons qu’en plus de nombreuses missions d’enseignement et de participation à des jurys de thèse dans la sous-région et en Europe, il est coauteur de dizaines de publications dans le domaine des problèmes entomologiques du niébé, de l’arachide, du riz, du cotonnier et de recherches en entomologie médicale et vétérinaire.

O.H.



12/03/2007
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