L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Un week-end mouvementé à Air Burkina

Grève à Air Burkina

Un week-end mouvementé

 

Le mois de février ne débute pas sous de bons auspices à Air Burkina. En effet, depuis vendredi dernier, le personnel de cette compagnie de transport aérien a décrété une "grève illimitée" pour la satisfaction de sa plate-forme revendicative et le départ du directeur général, Mohamed Ghelala, qui aurait un comportement de mépris face aux doléances à lui exprimées. Mais le samedi 2 février, avec l'intervention du ministre des Transports, Gilbert Ouédraogo, les parties en conflit sont parvenues à signer un protocole d'accord. Ainsi, le mot d'ordre de grève a été levé et dès ce lundi, un comité de négociation sera à pied d'œuvre pour examiner les questions complexes.

 

Samedi 2 février 2008. Il est 7 heures. Au siège de la compagnie aérienne Air Burkina, un tracteur, sans doute trimbalé de l'aéroport, barricade l'entrée principale. Sur le portail, des propos peu amènes à l'endroit du directeur général, Mohamed  Ghelala, sont inscrits en noir et en gros caractères par le personnel qui, depuis la veille, exige que ses doléances soient satisfaites. Ces revendications, exprimées une première fois lors de la traditionnelle cérémonie de vœux de nouvel an, ont été résumées dans une note datée du 26 janvier 2008 adressée au DG, avec ampliation au président du Conseil d'administration de la compagnie, Mamady Sanoh, à l'Inspection du travail et au ministère du Transport. La pomme de discorde comporte huit points :

- revalorisation salariale : réajustement par rapport aux compagnies sœurs du groupe Celestair opérant dans la sous-région avec les mêmes types d'appareils ;

 - grilles des indemnités et frais de mission ;

- note de service sur l'indemnité de transport ;

- situation des travailleurs à régulariser ;

- remise à niveau et qualification de trois jeunes pilotes burkinabè ;

- régularisation de la situation catégorielles des travailleurs de l'ex-Air Afrique engagés dans la compagnie ;

- couverture médicale du personnel du sol (revoir à la hausse ou négocier avec une assurance maladie) ;

- reprise de camarades sanctionnés.

Selon le délégué du personnel, Francis P. Ouédraogo, d'importants acquis d'avant la privatisation ont été remis en cause. Et de citer en exemple : "On avait le droit de se servir dans toutes les pharmacies. Cela a été réduit à une seule actuellement et on n'y trouve pas tous les produits dont on a besoin". Un pilote qui fait partie des manifestants  ajoute qu'à compétence égale, son collègue expatrié est mieux traité que lui sur le plan salarial.

Les grévistes, en énumérant les griefs, ont vite fait de conclure qu'en réalité le DG Mohamed Ghelala est raciste.

 "Ça me fait mal  tout ça et en même temps, c'est comique. On m'accuse de favoriser les Dupont et les Durand, d'être raciste. Je suis un militant africain et je défends les droits des Africains mieux que certains", répond amer, l'accusé que nous avons rencontré en fin de matinée à l'hôtel Lybia de Ouagadougou, où il était en compagnie du PCA, Mamady Sanoh, pour échanger avec des responsables du groupe Akfed, notamment Louis Olivares, directeur des ressources humaines et Eve Alvado, chargé des questions juridiques, venus pour suivre la situation de près.

"A la présentation de vœux, a-t-il reconnu, les doléances ont été effectivement présentées et j'ai annoncé que l'année 2008 sera l'année de départ de la mise à niveau social de la compagnie.  Le mercredi 30 janvier 2008, lorsque j'ai reçu la lettre du personnel, j'ai convié une réunion avec le PCA au cours de laquelle j'ai fait part de mon étonnement, car 90% des points énumérés étaient en négociation et on était très avancé. Mais le personnel a décidé de rompre le dialogue de façon unilatérale pour observer un arrêt de travail sans préavis. Il indique également qu'il n'est plus disposé à travailler avec moi".

Les travailleurs d'Air Burkina veulent donc la tête de leur DG au-delà des points inscrits sur la plate-forme.

Sur cette question, Mohamed Ghelala est intransigeant "Je suis là pour un mandat. Et ce ne sont pas les employés qui nomment ou démettent le premier responsable, mais le Conseil d'administration (CA). Je  m'en irai quand je perdrai la confiance des membres du CA".

En ce qui concerne l'inégalité du traitement salarial entre expatriés et nationaux, le DG estime que c'est la loi du marché qui impose une telle situation. "Il y a un manque de pilote, surtout en Afrique de l'Ouest. Nous sommes dans l'obligation de signer des contrats à durée déterminée avec des pilotes. Et vous ne verrez nulle part ceux-ci venir momentanément pour travailler à un certain coût alors qu'il a son appartement à payer dans son pays d'origine à 2500 euros. Même s'ils partent par exemple en Espagne, ils vont être mieux rémunérés que les pilotes espagnols. Nous avons un Tunisien qui a pratiquement 50% des salaires français mais il ne s'en plaint pas parce que le salaire en Tunisie est autre qu'en France. J'ai même fait comprendre aux pilotes d'Air Burkina depuis 2003 que les concernant, il ne s'agissait pas d'un simple réajustement salarial, mais d'une relecture des textes. Avec l'arrivée du MD319, j'ai fait des propositions et il y a un projet de textes pour améliorer leur situation avec effet rétroactif. Il faut qu'on évite de comparer les salaires avec ceux des pays voisins parce qu'on n'a pas les mêmes réalités socio-économiques. Air Burkina n'est pas une poule aux œufs d'or. Le principal actionnaire ne fait qu'injecter dans la compagnie des milliards face à la concurrence qui est très forte dans le milieu..."

Depuis le début de la crise, le dispositif de médiation d'Air Burkina a été mis en branle. Des représentants des frondeurs ont effectué un voyage éclair à Bobo-Dioulasso pour rencontrer El hadj Barro Djanguinaba, qui  leur a demandé de reprendre le travail en attendant qu'on trouve des solutions.

"C'est par courtoisie que nous avons accepté d'échanger avec lui. Pas question qu'on lève le mot d'ordre de grève", a martelé le délégué du personnel, Francis Ouédraogo.

Finalement, c'est le ministère des Transports, en l'occurrence son premier responsable, Gilbert Ouédraogo, qui a dû quitter précipitamment la cérémonie de présentation des vœux de son parti l'ADF-RDA, qui se déroulait dans la matinée pour prendre l'affaire en main.

Tous les éléments dont la présence est nécessaire sont mobilisés au bureau : le secrétaire général du ministère, Mathieu K. Bouda, la secrétaire  du ministre, le directeur de la communication, Berthé Nouhoun, le protocole, etc. Son homologue du Travail et de la Sécurité sociale y est également présent. "C'est sur instruction du Premier ministre, Tertius Zongo, que nous avons décidé de rencontrer les parties pour discuter. Compte tenu du rôle de l'aviation civile dans nos pays, il est important que le gouvernement s'implique et trouve une solution à ce problème.

L'Etat à 14% dans le capital d'Air Burkina. L'objectif de notre démarche, c'est de préserver l'outil de travail qu'est la compagnie et de mettre fin à la détresse des passagers qui doivent être transportés", a déclaré le ministre Gilbert Ouédraogo.

Dès 15 heures, ce samedi 2 février, dans les locaux du département des Transports, les délégués des travailleurs et les responsables d'Air Burkina s'assoient enfin pour échanger. Rien ne filtre du bureau de Gilbert Ouédraogo.

A la pause, nous tendons discrètement l'oreille du côté des représentants de la direction qui semblaient satisfaits du déroulement des discussions.

Un délégué du personnel nous fait appel entre-temps pour nous supplier de remettre un document contenant les revendications formulées lors de la présentation de vœux. "L'opinion publique doit connaître les mobiles de la grève",  avons-nous répondu. "Oui, nous comprenons mais au regard de l'évolution positive de la situation, il est souhaitable de ne plus parler de certaines choses. Nous allons vers un protocole d'accord",  a-t-il répliqué.

Plus tard, assis non loin du directeur général, Mohamed Ghelala, nous l'entendons téléphoner pour informer son interlocuteur qu'un avion décollera dans les heures à venir.  Mais les pertes de la compagnie avec cette grève sont énormes : les 3 vols du vendredi (Lomé - Cotonou, Bobo-Abidjan et Ouaga - Dakar en aller-retour) ont été annulés ; le samedi, le trafic sur Abidjan - Bamako et Paris n'a également pas eu lieu "Ce sont au minimum 500 passagers que nous avons perdus", ajoute le DG de la compagnie.

Un terrain d'entente a finalement été trouvé et les parties ont signé un document en prenant des engagements à respecter.

La médiation a donc produit le résultat escompté. Le mot d'ordre de grève a été immédiatement levé et le travail a repris avec les vols sur Niamey, Paris, Lomé et Cotonou. Mais avant de quitter le ministère des Transports, la question du départ de Mohamed Ghelala était sur les lèvres des travailleurs pour qui, tous les problèmes sont de son fait.

Affaire à suivre.

 

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga du 4 février 2008

 

ENCADRE

 

Protocole d'accord

 

L'an 2008 et le 2 février, s'est tenue, dans la salle de réunions du ministère des Transports, une rencontre de négociations entre :

- d'une part, les délégués du personnel et les délégués syndicaux de la compagnie Air Burkina assistés de leurs centrales syndicales ;

et

- d'autre part, une délégation de la compagnie Air Burkina composée du président du Conseil d'administration, du directeur général, du directeur des Ressources humaines, représentant son Altesse.

Les discussions se sont déroulées en présence d'une délégation gouvernementale conduite par les ministres des Transports, du Travail et de la Sécurité sociale.

L'ordre du jour portait sur :

1. l'examen des doléances des travailleurs ;

2. les conditions de la reprise.

 

1. Sur les doléances des travailleurs

La délégation de la compagnie Air Burkina s'est engagée à examiner favorablement et avec la plus grande attention les points portant sur :

• la revalorisation salariale du personnel et le réajustement sur l'airbus A 319 et le MD 87 ;

• l'application de la grille des indemnités et de frais de missions ;

• l'application de la note de service sur l'indemnité de transports ;

• la régularisation des travailleurs en situation irrégulière ;

• le recours à l'administration de l'aviation civile pour l'examen du dossier de remise à niveau et de qualifications des trois (3) pilotes burkinabè ;

• le recours à une assurance privée pour la couverture médicale.

 

2. Sur la reprise des activités

Les travailleurs se sont engagés à suspendre le mot d'ordre de grève et à reprendre ce jour 2 février 2008 le travail.

Air Burkina s'étant en retour engagé à éviter toutes représailles découlant de la présente grève.

Les parties se sont engagées à poursuivre les négociations dans un climat de sérénité et de franchise en vue de parvenir à un accord définitif.

Pour ce faire, un comité de négociation sera mis en place dès le lundi 4 février 2008 sous la supervision du ministère des Transports.

 

Ont signé :

Pour la compagnie Air Burkina

Mamady Sanoh

PCA/Air Burkina

 

Pour les délégués du personnel et syndicaux

-Damata Ganou

- P. Francis Ouédraogo

 

Le DRH de Son Altesse

Luis Olivares

 

Pour les facilitateurs :

Pour le ministre des Transports

Le secrétaire général

Mathieu K. Bouda

Officier de l'Ordre national

 

Pour le ministre du Travail et de la Sécurité sociale

La secrétaire général

Léontine M. F. Zombré

Chevalier de l'Ordre national



04/02/2008
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