L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Ruines de Loropéni : UNESCO d’accord, les Burkinabè d’abord

Ruines de Loropéni

UNESCO d’accord, les Burkinabè d’abord

 

Le ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Filippe Sawadogo, était, les 6 et 7 octobre derniers, en tournée dans la province du Poni. Une visite qui l’a conduit au musée et aux deux stations radio de Gaoua puis aux sanctuaires des rois gans à Obiré. Aux pieds des ruines de Loropéni, le ministre a dit accorder plus la priorité à la reconnaissance nationale qu'à celle de l’UNESCO.

 

Des visiteurs toqués de prestige et d’autorité. Rarement la province du Poni, importante zone touristique au Burkina Faso, n’a connu pareil déferlement de VIP sur ses sites et monuments culturels. Impressionnante donc a été cette sortie du ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Filippe Sawadogo, accompagné de représentants des missions diplomatiques du Nigeria, de la France et du royaume des Pays-Bas. Prenaient aussi part à cette tournée ministérielle, des membres de l’équipe scientifique chargée de la reprise du dossier d’inscription des «mystérieuses» ruines du lobi dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Sitôt l’eau de l’étranger servie à la résidence du gouverneur de la région du Sud-Ouest, Rasmané Ouagrawa, et les pénates posés à l’hôtel, sitôt le cap est mis sur le musée des civilisations, un réduit d’espace où sont conservés quelques objets-témoins de la culture de sept peuples de la localité : Gans, Lobis, Birifors, Dagaras, Djans, Pougoulis et Thunis. Il suffit, là, de traverser les trois salles juxtaposées (salle des hommes, salle des femmes et salle des cultes) pour comprendre, grâce aux récits du directeur du musée, Prosper B. Somé, les us, les coutumes et la cosmogonie du Lobi, l'ethnie la plus représentée dans ce temple des mémoires. Devant des clichés en noir et blanc d’un groupe de jeunes filles à moitié nues, récupérant de l’or par la technique du tamis, Filippe Sawadogo s’est ému face à l’injustice faite aux femmes : «Ah ! Des femmes qui cherchent l’or, mais à qui il était interdit d’en faire usage», s’est-il épris de justice (1).

 

Le ministre rappelé à l'ordre

 

Alors qu’il venait de rendre hommage à Mlle Madeleine Père, anthropologue et religieuse française qui fut à l’origine de la réalisation du musée des civilisations du Sud-Ouest (cf. notre grand reportage du mercredi 3 octobre 2007), et rejoignait son véhicule, le ministre de la Culture est approché par un couple de Français. L’homme lui annonce avoir remis, il y a plusieurs années de cela, des archives de grandes valeurs à Mlle Père, celle là-même qui a consacré sa vie à l’étude de la culture lobi.

Sur ces entrefaites, M. Sawadogo a porté à la connaissance de la kyrielle de journalistes qui l’accompagnait, l’existence d’une coopération avec un musée de Londres sur le rapatriement des archives sonores et visuelles de notre pays.

Un détour à la radio confessionnelle Evangile du Sud-Ouest (ESO) puis à radio Gaoua, «pour toucher du doigt les conditions de travail» du personnel a mis fin au périple du jour.

Sur le site des ruines de Loropéni (40 km à l’Ouest de Gaoua) où elle s’est rendue le lendemain, la délégation ministérielle assistera à un véritable cours pratique d’archéologie, sous le magistère du professeur Jean-Baptiste Kiéthéga,  chef de l’actuelle équipe chargée de la préparation d’un nouveau dossier d’inscription du monument au patrimoine mondial de l’UNESCO (cf. notre grand reportage du mercredi 3 octobre). Et quiconque, fût-il membre du gouvernement, enfreint les prescriptions en vigueur est aussitôt rappelé à l’ordre. «Monsieur le ministre, déposez la pierre. Rien ne doit bouger de sa place», lança le professeur Kiéthéga au ministre Sawadogo. Exécution immédiate. La ronde continue. Les uns s’émerveillent du gigantisme du monument, les autres, de la qualité architecturale de l’œuvre. Tous s’interrogent.

 

"UNESCO ou pas, il faut..."

 

Les regards se tournent vers l’archéologue. Les questions fusent : «Qui sont les bâtisseurs des ruines» ? «Quelles ont été leurs fonctions» ? «A quelles dates ont-elles été construites» ? Aucune réponse à l’état actuel des connaissances sur ces mystérieuses ruines appelées Kpokayaga, «maison du refus» en langue lobi. «Seules des fouilles archéologiques approfondies et des analyses au laboratoire des objets retrouvés pourront permettre de donner des réponses à toutes ces questions», s'acharne à répéter le professeur. Des études archéologiques dont l’absence dans le premier dossier d’inscription a valu au Burkina le renvoi de son projet visant l’éligibilité de son plus célèbre monument dans le patrimoine de l’humanité. Sera-t-il éligible en 2009, dernier délai accordé par l’UNESCO ? «Pour moi, UNESCO ou pas, il faut que demain nous ayons des pistes qui conduisent à Loropéni. Montrer le monument aux Burkinabè, cela est plus important que la reconnaissance nationale. Nous ferons ce que nous voulons d’abord mais pas ce que les autres veulent" :  réponse du ministre Filippe Sawadogo à une question sur le manque de moyens de l’équipe scientifique chargée de la réintroduction du dossier à l’UNESCO.

Avant de regagner Ouagadougou, la délégation s’est rendue à Obiré (village gan), où elle a eu un bref entretien avec le chef traditionnel avant de visiter le sanctuaire des rois, des maisonnettes abritant des statuettes représentant les anciens souverains gans.

 

Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga du 9 octobre 2007



09/10/2007
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