L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

Voyage au bout des découvertes, des surprises et des contrastes !! (suite et fin)

Comme d'habitude, on nous mit dehors vers 2 heures du matin

 

Je retrouvai les autres Burkinabè, une bonne quinzaine et l’ambiance devint familiale.

Un petit tour dans une salle de ciné, histoire de justifier ma présence, même si 10 mn après, je roupillais comme un loir…

Les autres me réveillèrent à la fin de la séance et direction le salon VIP du Chapiteau pour mon premier gala. Il était 22h passées.

Le salon VIP est un prolongement du chapiteau mais il est orné de riches tentures rouges écarlates, avec des tables hautes, disposées. Le service est gratuit et on y boit et mange à volonté…

Nous avons passé de bons moments jusqu’à la cessation du service gratuit vers minuit…

Et comme d’habitude, c’est le bar qui accueillit les "non-rassasiés"… les serveurs comprirent qu’ils allaient passer une longue nuit… Et comme d’habitude, on nous mit dehors vers 2h30…

Bon, allons dormir… demain est un autre jour !!!

Mardi 2 octobre … j’avais quelques réunions qui me prirent toute la matinée… Fallait quand même travailler de temps en temps !!

L’après-midi fut identique à celle de la veille ; un tour au chapiteau… une séance de ciné à 20h ; puis le gala du jour à 22h…

Le mercredi 3 octobre vers 09h, mon réveil fut un peu pénible ; je sentais des courbatures et un peu de fièvre mais je mis cela sur le compte des longues nuits sans sommeil.

Je paressais donc au lit jusqu’à 11h, histoire de bien récupérer…

Je dus cependant me lever vers 12h30 car nous étions invités chez Fatou, une Burkinabè de Namur qui tenait à nous faire manger un bon riz gras au poisson, le fameux tchièbou-diène. Il ne faut pas rater ça, surtout après les repas salés-sucrés, et autres viandes saignantes…

Le repas fut gargantuesque et je retrouvais le bon goût des bouffes du pays.

Je ne sais pas si c’est le "d’ourhuile" (c’est un de mes condisciples de l’internat qui parlait ainsi de l’huile du riz-gras qu’on mangeait au réfectoire) du riz de Fatou que j’avais trop "winké" (comme dirait Nobila Cabaret), mais à l’issue du repas, je sentis ma température monter et de terribles maux de tête.

Le temps d’arriver à l’hôtel, que mes articulations commençaient à me "brûler".

Je me couchai dans l’espoir que le repos m’aiderait au moins à faire baisser la fièvre ; rien du tout.

Y a rien à faire, je débutais un palu. Je paniquai un instant car on m’avait dit que la malaria se soignait mal en Europe ; qu’il fallait trouver un service de maladies tropicales et en Belgique, ce service se trouve à Anvers, de l’autre côté à une centaine de kilomètres.

Je n’avais rien comme médicaments ; même pas une aspirine ; je me consolai à l’idée que dans la délégation burkinabè, quelqu’un avait pensé à emmené même si c’est du "épicy", ce paracétamol vendu dans les rues de Ouaga.

Je lance un SOS- médicaments ; rien du tout…

Fallait utiliser les gros moyens ; j’appelai la Directrice du Festival avec une petite voix de sorte qu’elle m’envoya un véhicule pour me conduire d’urgence à l’hôpital. Il était 22h passé.

 

On est où là ? Dans un hôpital ou un commissariat ?

 

C’est en claquant des dents que j’arrivai au Centre hospitalier régional de Namur, grelottant comme un cabri battu par la pluie.

A l’accueil, je trouve une dame dans un box, assise derrière un ordinateur.

Elle me dit bonsoir et commença un véritable interrogatoire :

- d’où venez-vous ? Qu’êtes-vous venu faire à Namur ? depuis quand êtes-vous ici ? Avez-vous une mutuelle de santé ? Quelle est votre adresse de résidence ? Avez-vous une assurance ? Depuis quand vous sentez-vous mal ? Pourquoi vous n’êtes pas venu en ambulance ? Quels sont les derniers médicaments que vous avez pris ? Qui va payer votre note de consultation ? Et patati et patata !!

Dis donc !! On est où là ? Dans un hôpital ou dans un commissariat de police ?

Ce qui m’énerva, c’est que, plus je donnai des réponses, plus les questions fusaient. Je compris que je m’étais embarqué dans un questionnement sans fin ; car pour être honnête, le problème était que «si on soigne ce type bizarre qui n’a même pas d’adresse fixe ici, qui va payer ?».

A cette pensée, je "pétais un câble" et me mis à vociférer dans la salle ; comprenez-moi, je faisais 40° de fièvre, il faisait un froid de canard, ma tête faisait mal à s’éclater et cette bonne dame me "cuisinait" depuis plus de 30 mn.

Je gueulais comme un fou «Mme, arrêter de vous f… de moi… si vous n’allez pas me soigner, ne m’emm… pas ; c’est quelle histoire ça ? Soyons bref et efficace : mes réponses ne permettant pas de me soigner, dites-le moi clairement ; je rentre tranquillement à l’hôtel et demain je prends mon avion pour aller me faire soigner chez les "indigènes"».

Ce sont mes cris qui firent apparaître un type en blouse blanche et je vis inscrit sur la poche de sa tenue de travail «Dr Rolvaux» ; il me calma et me dis de le suivre…

Il m’amena dans une salle de consultation, me fit asseoir sur un lit douillet, prit ma tension, ma température, regarda avec une torche bizarre dans mes oreilles et ma bouche.

C’est là qu’il me confia qu’il connaissait le Burkina pour y être venu soigner des enfants atteints du Noma à Ouahigouya ; qu’il y venait régulièrement et qu’il avait même acquis un terrain pour y construire sa maison de vacances ; qu’il avait accueilli pendant 8 mois, une petite "yadga" qui devait subir une sévère intervention aux mâchoires ; vous voyez ça… mon sauveur était un "frère" ! Dieu soit loué !

Il appela un type qui vint me faire un prélèvement sanguin pour un examen de confirmation du paludisme ; pas la goutte épaisse, mais le dernier truc qui vous dit exactement de quel sorte de palu il s’agit et le traitement qui convient.

Le laborantin me prit 4 tubes de sang ; je le soupçonnais de profiter pour faire d’autres examens, genre gale, Sida, typho, grippe aviaire et que sais-je encore ; avec ces nègres-là, il faut se méfier, se disent-ils certainement !!

Puis, le médecin me donna un calmant pour les migraines et se proposa de m’amener les résultats de l’examen à mon hôtel, à sa descente de garde, tôt le matin ;

Ce qu’il fit ce jeudi 4 octobre vers 6h en m’expliquant les hiéroglyphes contenus dans les 4 feuilles du résultat et en me prescrivant de la «Malarone» comme indiqué. Il fut sympathique ce type !!

 

J'avais à faire à un allumé

 

Après une prise de 4 comprimés et un bon sommeil, j’étais d’aplomb vers midi.

J’avais marre de traîner dans mon lit que je quittai pour un tour au chapiteau mais pour cause de palu, sobriété ! Au comptoir, je commandai un jus de fruit et une eau pétillante ! Les yeux du serveur faillirent sortir de leurs orbites.

Je le fis court ce soir-là car les effets secondaires du médicament me tournaient la tête et faisaient bourdonner mes oreilles comme si j’avais avalé un hélicoptère.

Le vendredi 5 octobre est le jour de clôture du festival… l’animation est spéciale, les rumeurs courent sur le palmarès (classique dans tout festival de cinéma).

Qui remportera le plus grand prix, appelé ici Bayard d’Or ? (l’Etalon de Yennega du Festival).

Ce sont les dernières heures et chacun profite au maximum du temps qui reste pour prendre les derniers contacts et rencontrer le plus de gens.

Une dernière réunion de travail m’amena cet après-midi-là à Bruxelles ; et c’est dans le train que je fis une rencontre atypique ; un musicien congolais, Prince Majunga, qu’il s’appelle, polygame avec 12 enfants vivant dans un petit village de Namur et se rendant à Bruxelles pour un concert.

Dans un français approximatif, il m’expliqua qu’il vivait ici depuis plus de 20 ans et avait créé plusieurs groupes de musique ; il me montra des photos floues de concert où il chantait en jouant de la perçu ; qu’il était l’un des meilleurs batteurs congolais de la Belgique ; qu’il avait joué avec Papa Wemba au Zénith et qu’il venait de décrocher un juteux contrat avec un tourneur. Je commençai à douter de sa lucidité et j’eus la confirmation quand je le vis sortir de la grosse besace qui ne le quittait pas, une canette de 50 cl de bière ; il m’en proposa une et je profitai pour "zieuter" dans le sac ; il était plein de bières. J’avais à faire à un "allumé", un peu parano qui s’était fait son monde merveilleux dans la tête. Si ce type avait joué avec Papa Wemba, moi j’avais fait le chœur de Michaël Jackson. J’eus pitié de lui !!

Je suis revenu à Namur vers 23h, histoire de ne pas rater le méga-gala de clôture…

Le chapiteau se ferma exceptionnellement vers 3h du matin mais nous avions retrouvé des étudiants burkinabé et on ne voulait plus se quitter… nous avons fini la nuit au «Tropicana», un bar africain, exigu comme un poulailler mais où y avait une chaude ambiance au soukouss et au coupé-décalé. La piste est tellement petite qu’on y danse raide comme un «I». Mais on s’est quand même bien amusé malgré le fait que l’un des étudiants burkinabè, un samo bon teint, Zak Drabo qu’il s’appelle,  ne buvait pas de bière. Eh, mon gars, il faut changer d’ethnie, sinon tes parents vont te renier !! Un samo qui ne boit pas, vous avez vu ça où ?!!???!

Nous avons quitté le Tropicana vers 7h ce samedi 06 octobre ; juste le temps de faire les valises car un bus nous ramenait à Bruxelles pour le retour de la plupart des membres de la délégation.

Nous sommes arrivés à la gare de Midi autour de 10h30 et moi je restais encore 48h mais je  ne quittai pas les autres jusqu’à l’arrivée de leur train, histoire de goûter jusqu’à la lie, cette ambiance familiale. En compagnie d’Etienne Minoungou, nous ingurgitâmes quelques bières (les dernières du séjour pour certains) dans le café de la gare.

A l’arrivée du train vers 12h, nous avons retrouvé sur le quai, nos compatriotes de l’Ambassade qui accompagnaient leur "patron" qui rentrait au pays. Quelques blagues en mooré et tout le monde embarqua dans le Thalys, direction Paris.

Un taxi m’amena à l’hôtel «Ariane» pour mes 2 dernières nuits ; la nuitée à 89 euros (58 000 fcfa), celui-là est correct et est situé en pleine Grand-place.

 

Hamza promettait de faire son "djihad"

 

On était samedi et il faisait beau avec un soleil éclatant… les rues et les cafés sont bondés ; les galeries marchandes ne désemplissent pas… Après un rapide déjeuner, je me mis aussi dans le mouvement, à flâner, le nez en l’air… c’est au hasard de mes ballades que je suis tombé sur des artistes de rue vraiment excellents.

Ce sont des gens d’Amérique latine, certainement des indiens, habillés joliment avec des plumes colorées sur la tête ; ils jouaient une musique si mélodieuse avec plusieurs flûtes collées en tapant sur une espèce de balafon.

Je passai mon après-midi à contempler ces gens qui jouaient tellement bien, avec un tel sérieux que c’était même un peu gênant de mettre une pièce de quelques centimes dans le panier posé devant eux à cet effet.

Je pensai dans mon for intérieur que si je vivais ici, je ferai de ces gens des stars… mais trêve de rêverie… on est en Europe !! Et la compétition est rude et impitoyable !!

C’est quand le soleil commença à décliner et à disparaître derrière les hauts buildings du centre de Bruxelles que je pus quitter les lieux ; il était presque 20h et il faisait encore clair, sauf que la température commença à baisser terriblement ; Et c’est ainsi ; il a fait "soleil" toute la journée avec une bonne température, et tout d’un coup, un froid glacial s’installe. En un clin d’œil, on quitte du soleil à la pluie et de la pluie au vent…

Ce choc des temps est terrible et pas supportable pour un "sahélien" et je compris pourquoi ces gens sont très regardants sur le temps (la météo est l’émission la plus regardée à la Tv).

Un tintamarre indescriptible m’amena à la Grand-place vers 23h ; là, je trouvais une centaine de supporters français, drapeau au vent et hurlant comme des fous à coup de chopes de bières. Ils fêtaient ainsi la victoire de l’Equipe de France de rugby qui venait d’accéder en demi-finale de la Coupe du monde en battant l’Argentine. Malgré le froid, leur bonne humeur me contamina et je trinquais à la victoire des Bleus ; mais le temps glacial a vite fait de refroidir mes ardeurs de fête cette nuit-là. Vite, à l’hôtel car je commençais à geler… je ne suis plus sorti jusqu’au lendemain dimanche à 10h.

Un ami burundais de longue date, qui avait travaillé à Ouaga tenait à "m’offrir l’eau de l’étranger" avant mon départ. On se donna rendez-vous dans un bistrot à 11h. Il fut à l’heure mais ne trouvait pas une place de parking et ça faisait 30 mn qu’il tournait en rond autour du maquis… eh oui !!

C’est dans son attente que j’engageais une conversation avec mon voisin de table, un jeune marocain, né et grandi à Bruxelles mais qui en avait gros sur le cœur contre ce qu’il appelle le "système". Il pestait contre ce capitalisme et cette mondialisation qui excluaient le "bas-monde" ; contre ces injustices qui faisaient que dans cette société d’abondance, certains mourraient de faim… il me raconta qu’il a fait 8 ans de prison pour vol et recel de voitures (il me montra des cicatrices de couteau sur son ventre) ; il dit que son petit-frère avait été assassiné dans un deal de drogue et qu’il allait le venger… qu’il allait faire son "djihad" !

Je sentis que ce type était sur le point de faire un malheur ; je commençai à le sensibiliser, le calmer quand mon ami entra dans le bar…

Cela mit fin à notre discussion mais l’image de Hamza, le regard lointain et les yeux hagards, rouges de colère sur son visage émacié, me poursuit toujours…

La journée du lundi 08 octobre fut un peu stressante, comme tout jour de départ.

J’arrivai très tôt à la Gare du Midi et j’eus le temps de bien contempler le TGV qui, soit dit en passant, est une véritable machine à la pointe de la technologie.

Le transit à Paris se passa sans problème sauf bien sûr cet harcèlement de personnes vous accostant pour vous refiler une commission au pays. Heureusement ce jour-là, il n’y avait que des demandes sur Abidjan, Cotonou ou Douala.

Nous sommes arrivés à Ouagadougou vers 20h et je retrouvais ainsi les miens avec beaucoup de bonheur.

J’ai encore la tête dans les nuages, pleine de souvenirs impérissables de ce voyage de découvertes, des surprises et des contrastes.

 

Anselme Sawadogo

L’Observateur Paalga du 9 novembre 2007

 

 

Lexique :

Africalia : organisme belge de soutien à la culture

PNC : Personnel Navigant Commercial (c’est le terme technique pour désigner hôtesses et stewards)

CDG : Charles De Gaule

Kabakourou : savon artisanal bon marché

Autogare O.A : autogare de la principale compagnie de transport à Kaya

Maman, Nalingi yo : en lingala,  maman, nous t’aimons 

 

Note de l’auteur: Comme d’habitude, les besoins de l’humour rédactionnel ont entraîné l’exagération de certains faits et le changement de certains noms de personnes ou de lieux.

 



09/11/2007
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