L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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A quand la rupture tant annoncée par Sarkozy ?

Françafrique

A quand la rupture tant annoncée par Sarkozy ?

Au fur et à mesure que le temps avance, la rupture annoncée par Nicolas Sarkozy dans les relations entre la France et l'Afrique suscite inquiétudes et interrogations au regard de certains agissements de l'ancienne métropole sur le continent. Mme Céline Sika est dans cette situation et se demande dans les lignes qui suivent à quand la rupture prônée.

"Si à plusieurs d’entre nous on avait dit qu’aujourd’hui le président tchadien serait encore là, droit comme un i, fier comme savent l’être les guerriers, et surtout déterminé à en découdre une fois pour toutes avec ceux qui ont trahi, applaudi l’arrivée des rebelles à N’Djamena, et surtout ceux qui l’empêchent, d’une manière ou d’une autre, de « gérer » tranquillement cette entreprise maudite qu’est le Tchad, nous l’aurions nié parce que nous pensions tous, jusqu’il y a quelques jours encore, que le président tchadien était fini. En effet, les rebelles n’étaient jamais allés si loin. Jusqu’aux portes du palais présidentiel. Jusqu’au palais présidentiel. Nous l’avions pensé mais c’était compter sans la baraka que Idriss Déby Itno a toujours eue et qui l’a sorti à plus d’une reprise du pire des pétrins ; sans ce courage énorme qui le caractérise, sans sa persévérance, son obstination, sa détermination à aller jusqu’au bout, à mourir même plutôt que de voir son nom inscrit sur la liste humiliante de ces dirigeants qui sont partis par la petite porte, après avoir reçu un formidable coup de pied aux fesses.

Déby est donc là. Ou, mieux, il est encore là. Pour combien de temps encore, puisque ses ennemis jurés, les rebelles, ont promis de revenir et gagner cette fois ? Nul ne le sait. Mais il est là, grâce à l’appui et la bénédiction de la mère France qui n’a pas hésité, pas même au nom de cette éthique politique qu’elle se plaît tant à nous asséner régulièrement, à voler « au secours » de cet enfant terrible du Tchad », et a entrepris de faire le grand nettoyage afin d’éliminer tous ceux qui pourraient contester son autorité et mieux asseoir celle-ci. Coûte que coûte. Il revient de loin. C’est vrai. De très très loin. Mais cela justifie-t-il cette mesure extrême - l’état d’urgence - qu’il a prise et qui piétine allègrement les droits humains ? Les premières victimes connues de cette mesure sont tombées : opposants et journalistes enlevés nuitamment et jetés en prison ou gardés au secret, lorsqu’ils ne réussissent pas à prendre le chemin de l’exil afin de préserver leur vie.

L'insurection armée reprendra si...

Combien sont-ils, ceux qui paient le prix, en silence, de la mauvaise gouvernance au Tchad ? Parce que ce qui s’y passe depuis des années, ce que les uns ont qualifié de cancer, a bien des racines qui s’enfoncent profondément dans le passé de ce vaste pays. Depuis plus de quarante ans, les coups d’Etat se succèdent au Tchad. Les auteurs, lorsqu’ils sont hors du palais présidentiel, justifient leur acte par leur écoeurement dû à la gestion approximative, mafieuse, inégale et pas du tout transparente des richesses du pays, et promettent tous de mettre un terme à tout cela et de procéder au partage équitable de ces richesses. Une fois dans le palais, le langage change, et adieu les promesses faites. Déby n’a pas failli à cette règle, et fait aujourd’hui les frais de ce revirement. Et comme tous ceux qui sont passés avant lui, il est prêt à tout pour conserver son fauteuil. Pourtant, c’est bien facile de demeurer sur le trône, sans zigouiller qui que ce soit, sans corrompre qui que ce soit, sans remplir les urnes frauduleusement, sans forcer les pauvres populations, l’arme à la tempe, à voter pour nous, sans tripoatouiller la Constitution , sans armer nos concitoyens et les dresser les uns contre les autres…

Restreindre la liberté de la presse et du processus démocratique, tripatouiller la Constitution, faire à des opposants des accidents de circulation, n’assureront pas à Déby ni à bien d’autres de ses collègues la vie éternelle au pouvoir parce que l’insurrection armée contre le régime de N’Djamena reprendra. Elle reprendra tant que la frustration immense des populations demeurera ; tant que les conditions de vie scandaleuses et inhumaines dans lesquelles vivent les populations ne feront pas l’objet d’une attention particulière ; elle reprendra tant que la misère dans laquelle ces populations vivent sans aucun espoir à l’horizon de s’en sortir, malgré les ressources réelles du pays, continuera à galoper ; l’insurrection reprendra tant que la mauvaise gestion des biens et richesses de la République par une clique d’arrivistes et de putschistes sans scrupules, ainsi que l’exclusion et la marginalisation de certaines régions dont les fils et filles font pourtant partie de cette République, continueront à être érigées en style de management.

La France joue gros

Il est possible de rester au pouvoir, de se faire élire, réélire et rééélire par le peuple, sans tricher ; il est possible de se faire aimer du peuple, sincèrement, entièrement, sans l’y forcer. C’est possible, si c’est le peuple qui nous a vraiment choisi, en toute liberté, en connaissance de cause, en son âme et conscience. C’est possible si ce peuple se reconnaît en nous, en son chef. C’est possible si ce chef place véritablement ce peuple au centre de ses préoccupations, et fait du bien-être de ce dernier, de son développement, de son épanouissement sa principale priorité, et mobilise toutes les ressources à sa disposition pour traduire cette vision en réalité. Ceci est possible.

La France a pesé de tout son poids pour que le « président démocratiquement élu » du Tchad conserve son fauteuil. Pas parce qu’elle aime tellement Déby ou le peuple tchadien dont le sort la laisse carrément à 37°, mais seulement parce que ses intérêts stratégiques (ressources et pré carré) étaient sérieusement menacés. Mais elle n’a pas que des intérêts, comme nous l’avait rappelé un de ses historiques dirigeants ; elle a aussi une crédibilité à conserver et soigner, une voix qu’elle souhaite continuer à faire entendre dans le monde, un statut à défendre, une place dans le concert des nations à conserver. Or, en ce moment précis, tout ceci est en jeu. Sa crédibilité est sérieusement entamée, sa voix plus que brouillée, son statut de pays des droits humains fortement remis en question parce qu’elle est complice des exactions qui ont cours en ce moment au Tchad sous le couvert de l’Etat d’urgence, sa crédibilité diminuée. Dans cette affaire, la France joue définitivement gros.

Lors de la campagne présidentielle, l’actuel président français a promis énormément de choses, dont la mort de la Françafrique, une certaine politique africaine de la France qui a fait et continue à faire des victimes innombrables en Afrique. Une bonne partie de ses électeurs ont porté leur choix sur lui parce qu’ils croyaient en cette promesse. Or, voler au secours des dictateurs africains - par amitié ou par intérêts, peu importe, du moment où les conséquences sont les mêmes - qui broient les droits humains et s’obstinent à ignorer le chemin des libertés individuelles et collectives, ainsi que les principes de l’Etat démocratique absolument nécessaires pour venir à bout de la pauvreté, c’est renvoyer définitivement aux calendes grecques la matérialisation de cette promesse. Pourtant, il faut que les choses changent en Afrique. Pour nous, les Africains, mais aussi pour tous nos partenaires et amis parce que nous sommes désormais embarqués tous – indépendamment de notre continent, de la couleur de notre peau ou de notre statut de pays développé ou en voie de l’être - dans un même bateau que nous devons absolument préserver de tout naufrage.

Pour survivre dans un monde en proie à de formidables et surprenantes mutations, nous devons réapprendre à nous réapproprier certaines valeurs qui semblent avoir déserté notre planète. Il s’agit, par exemple, du respect de la parole donnée ; du respect absolu de la valeur suprême qu’est l’être humain que nous devons placer au centre de tout, quels que soient sa race, son continent, son sexe, son âge, son statut, ses convictions politiques ou religieuses. Bien évidemment, ce n’est pas une tâche facile, surtout dans un monde où la course effrénée pour le profit est la chose la mieux partagée. Il y a beaucoup à faire pour redevenir des humains. En effet, comme dit si bien un proverbe de chez nous, Dieu n’a fait qu'esquisser l’Homme : c’est sur la terre que ce dernier se crée."

Céline SIKA

Le Pays du 28 février 2008



27/02/2008
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