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Affaire Moussa Kaka : Le silence assourdissant de l’opposition nigérienne

Affaire Moussa Kaka

Le silence assourdissant de l’opposition nigérienne

Pour les autorités nigériennes, l’événement devrait suffisamment servir d’indicateur pour se remettre en cause, pour une fois. Mais comme on peut déjà l’imaginer, elles persisteront à n’écouter que leur ego, et à se dérober à la réalité.

Récemment, entre 300 et 400 personnes ont défilé pacifiquement dans les rues de Niamey pour réclamer la liberté de la presse et, en filigrane, la libération de Moussa Kaka, le correspondant de RFI, et du journaliste Ibrahim Manzo Diallo, directeur du bimensuel nigérien Aïr-Info. "Trop c’est trop. (…) Il faut arrêter cette cabale au Niger contre les journalistes". Comment ne pas partager le ras-le-bol des manifestants, et croire, avec eux, que la liberté de presse au Niger connaît une phase extrême de tétanisation ? Une chose est en tout cas certaine : les autorités du Niger ne sauraient dire qu’elles n’ont pas entendu toute la clameur qui se dégageait de ce vaste mouvement de grogne. Qu’elles ne disent surtout pas qu’elles en sont restées totalement insensibles. Car ce serait grave. Un pan de l’opinion nationale vient de manifester une volonté. Il s’est exprimé, et les autorités nigériennes doivent enfin en tenir compte. De tout cela, qu’a dit le président nigérien, qui semble, jusque-là, emmuré dans le silence ? Que dire du Conseil supérieur de la communication du Niger qui s'est désolidarisé des deux journalistes emprisonnés ? Enfin, où est passée l’opposition nigérienne ?

Dans l’affaire Moussa Kaka et Ibrahim Manzo Diallo, on peut tout dire à la fois de l’opposition : elle a adopté un profil bas, à des fins électoralistes, allant jusqu’à se montrer muette comme une carpe; elle a opté pour le parti du pouvoir en place.

C’est un silence qu’on peut du reste comprendre sans toutefois excuser : le pouvoir ayant pratiquement réussi à diaboliser les rebelles touaregs, afficher sa sympathie pour ces journalistes accusés d'être proches des rebelles, peut paraître politiquement contre-productif, incorrect et à la limite suicidaire.

D’autant que la chape de silence que le pouvoir fait peser sur l’ensemble des Nigériens est telle qu’afficher la moindre solidarité pour les rebelles, c’est se montrer apatride et s’exposer à la rigueur de la loi. Comment, dans ces conditions, militer pour la cause de ces journalistes et ne pas courir le risque d’être accusé de pactiser avec le diable ?

Si une bonne partie de l’opinion est ou feint d’être solidaire du président Mamadou Tandja, alors pour l’opposition, il faut éviter toute discordance. Bref, celle-ci semble vouloir attendre que les choses se tassent. Le temps de la réaction suivra après. Mais cette stratégie, bien qu’elle permette de ne pas se mouiller, ne manque pas d’inconvénients.

Car, alors qu’elle avait l’occasion de marquer des points en prenant ouvertement position pour la défense de la liberté d’expression aujourd’hui bafouée – on ne lui demande pas de revenir sur la très délicate question touareg - voilà que l’opposition brille par un grave silence.

On comprend d’autant moins son attitude qu’elle avait, par le passé, mené des luttes triomphantes sur le front de la démocratie. N’a-t-elle pas contribué activement au départ du chef du gouvernement Hama Amadou, à travers le vote d’une motion de censure ? Qu’après ces batailles, elle ne lève pas le petit doigt pour dénoncer les pratiques liberticides du pouvoir, paraît donc pour le moins surprenant.

Toujours est-il que ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fera baisser la température. On ne met pas fin à l’existence des rebelles en imposant la loi de l’Omerta, en leur déniant tout droit à la parole.

Sous cet angle, le pouvoir de Niamey s’est trompé de démarche et a manqué de stratégie. Et puis, pour un pouvoir manifestement à la recherche d’une union sacrée autour de la question touareg, vouloir appliquer la censure de cette manière n’est certainement pas la meilleure façon de mobiliser tout le monde.

Car, comme on le sait, le danger de la censure, c’est de provoquer généralement l'effet inverse à celui recherché. Même si, dans le cas nigérien, le pouvoir veut coûte que coûte faire croire que tous les Nigériens partagent sa vision. D’ailleurs, quelle sincérité accorder à une telle adhésion dans ce contexte où les libertés connaissent leurs plus mauvais jours ?

Dans tous les cas, on ne saurait comprendre qu’un Etat qui prétend adhérer aux principes de démocratie et qui se dit de droit, porte ainsi durement atteinte à la liberté de la presse en jetant des journalistes en prison ou en les mettant sur écoute.

En réalité, tout est fait pour baîllonner la presse. Sinon, comment comprendre que Moussa Kaka et Ibrahim Manzo Diallo ne soient pas jusqu’à présent entendus par la Justice nigérienne ?

Admettons que la censure soit appliquée dans certaines circonstances, notamment en temps de guerre. Mais de quelle guerre s'agit-il ? N'est-ce pas celle contre des "bandits et des trafiquants de drogue" ?

Comme toujours, dans bien des pays, les médias critiques ont parfois servi de boucs émissaires. Il suffit qu’ils ne partagent pas la même position que celle des tenants du pouvoir, pour se voir chargés de tous les péchés. Ce qui, malheureusement, ne milite pas toujours en faveur d’un règlement rapide, éclairé et pacifique des conflits.

Le Pays le 23 octobre 2007



23/10/2007
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