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Agressions sexuelles sur les enfants : Une facette hideuse de l’humanitaire

Agressions sexuelles sur les enfants

Une facette hideuse de l’humanitaire

 

Le monde de l’humanitaire a aussi ses brebis galeuses. Et de la pire espèce. Protégés par le crédit dont jouit toute organisation à but caritatif et social, des individus s’infiltrent, tel un loup dans la bergerie, dans l’univers des enfants pour assouvir des vices cachés. L’Afrique, malheureusement, reste la terre de prédilection de ces prédateurs prêts à faire subir à d’innocents gosses leur perversité. Cela va des attouchements aux actes sexuels. Le procès en cours, en France, de Yves Marguerat, est un des avatars de la saga des pédophiles européens qui ont jeté leur dévolu sur l’Afrique. Ce sociologue et géographe a tout d’un universitaire respectable doué d’un sens de l’humanité. A tel point qu’il a quitté son beau pays pour aller vivre au Togo et se mettre au service des enfants des rues. Seulement, il avait un faible pour ces enfants qu’il devait protéger des aléas d’une vie de misère. Son action de générosité a même suscité l’intérêt et la confiance d’organisations européennes comme la Fondation Raoul Follereau. Les financements pleuvaient donc sur l’honorable M. Marguerat qui, en réalité, n’était que la réplique de ce personnage du romancier anglais Robert Louis Stevenson, Dr Jekyll and Mr Hyde, un philanthrope doublé d’un monstre.

Au Togo donc, le bon monsieur Marguerat aurait abusé d’enfants, trompant tous ceux qui croyaient en la sincérité de son engagement humanitaire. Peut-être a-t-il sauvé des enfants d’un naufrage social. Mais cette main tendue à des êtres désespérés justifie-t-elle le traitement qui leur est fait et qui peut les traumatiser toute leur vie ? Car, le présumé pédophile a reconnu avoir seulement attouché les enfants sans en arriver à l’acte sexuel. En espérant que le procès révèle la vérité, on ne peut que s’indigner d’ores et déjà, de ces aveux d’attouchements.

L’Afrique offre un terreau fertile aux pédophiles en raison de législations, soit insuffisamment sévères, soit carrément inexistantes. Les structures sensibles comme les centres d’hébergement des enfants ne font pas toujours l’objet d’une surveillance rigoureuse. De sorte que n’importe qui peut s’ériger en défenseur de l’enfance, sans que l’Etat ait l’assurance que ses pensionnaires ne seront pas exposés à un danger. Ce laxisme est souvent justifié par l’incapacité de l’Etat à s’occuper correctement des couches vulnérables. A partir de ce moment, toute initiative privée est accueillie à bras ouverts sans que les précautions requises soient prises.

Mais la responsabilité de la société est aussi engagée dans ces comportements réprehensibles. La misère et la soif du gain facile aidant, certaines familles ferment les yeux sur les abus divers faits à leurs progénitures à qui un bienfaiteur a eu la générosité d’offrir un gîte, un couvert, des soins et de l’éducation. C’est en quelque sorte un second père à qui on refuse de dire la vérité même dans les cas graves. La passivité, voire la complicité, se perçoit aussi dans le cas du tourisme sexuel. En Afrique, ce délit est presqu’inconnu alors qu’il est sévèrement réprimé dans les pays où ses dégâts se manifestent, comme en Asie. Mais peu de personnes s’émeuvent de voir, dans les rues des villes africaines, des étrangers généralement très âgés marchant bras dessus bras dessous avec des adolescentes. Ce n’est pas des amoureux normaux.

La pédophilie comme bien d’autres vices liés au sexe, du fait de l’omerta qui les entoure, semblent avoir de beaux jours devant eux en Afrique. Les dépravés et violeurs en série que l’on arrive à juger et à condamner, le sont généralement en Europe. C’est loin des lieux du crime que les victimes peuvent demander des comptes à leurs bourreaux. Cette situation interpelle l’Afrique : ce continent va-t-il continuer à être le paradis des individus sans scrupule ? On se rappelle que c’est en France, en 2005, que fut condamné François Lefort à huit ans de prison pour actes pédophiles perpétrés au Sénégal. Lui aussi utilisait le même mode opératoire : sous le prétexte de l’aide aux enfants en détresse, des actes répréhensibles étaient commis. Evidemment, tous les acteurs de l’humanitaire dirigé vers l’enfance ne sont pas de vilains garçons, loin s’en faut. La majorité se dévoue corps et âme pour tous les laissés-pour-compte de nos sociétés de moins en moins solidaires. Pour rendre justice à cette multitude d’anonymes irréprochables, il est impératif que les mauvais éléments qui réussissent à s’infiltrer dans les rangs, soient dénoncés et punis comme il se doit. La rigueur éthique qu’impose de plus en plus l’ONU à ses casques bleus, devrait aussi être valable pour le monde de l’humanitaire. Beaucoup d’associations et d’ONG se sont certainement dotées d’un code d’honneur au regard du caractère sensible de leur secteur d’activité. Il reste à les faire appliquer très strictement car c’est d’abord de façon interne que le ménage doit se faire. En attendant que les Etats se dotent de textes et les mettent effectivement en œuvre.

 

Le Pays du 13 septembre 2007



13/09/2007
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