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Alain Zongo, lauréat du prix CNN : «Ce n'est pas un aboutissement, mais une invite à plus de persévérance"

Alain Zongo, lauréat du prix  CNN

«Ce n'est pas un aboutissement, mais une invite à plus de persévérance"

 

Finaliste au concours CNN Multichoice African Journalist Award 2007, l’une des plus prestigieuses distinctions dans le milieu de la presse sur le continent, notre grand reporter Alain Saint Robespierre est rentré le lundi 23 juillet dernier du Cap, avec le premier et unique prix dans la catégorie presse écrite francophone. 

Retour sur l’événement avec les témoignages du lauréat.

 

Quels sentiments as-tu ressentis quand on a prononcé ton nom ce soir du 21 juillet 2007 ?

 

• D’abord des sentiments de surprise et d’intense émotion. Etre finaliste au concours CNN Multichoice ne fait pas de vous ipso facto un lauréat du prix. Dans chaque catégorie, il y avait deux, voire trois prétendants au titre, les uns aussi valeureux que les autres. Figurez-vous que les vingt-six finalistes ont été sélectionnés parmi environ 1700 candidats.

La surprise passée, c’est bien sûr un sentiment de joie. Au-delà de ma personne, ce prix est une récompense de la qualité du travail de toute une équipe, celle du journal l’Observateur Paalga et pourquoi pas de celui de toute la presse burkinabé, qui, soit dit en passant, a bonne presse à l’étranger. J'ai eu tout le loisir de m'en apercevoir.

 

Avais-tu des indiscrétions avant le moment fatidique ?

 

• Pas tout à fait. Les membres du jury, eux-mêmes sélectionnés parmi des sélections, sont tenus au secret de délibération. Jusqu’au moment fatidique de la proclamation des résultats, la nuit du 21 juillet, aucun des finalistes  ne connaissait à l’avance son sort. C’était le stress généralisé dans le groupe. Même dans mon cas où j’étais le seul finaliste de la presse écrite francophone, rien n’était joué à l’avance. C’était le suspense total jusqu’à ce que vous entendiez ou pas votre nom. C’est cela qui contribue aussi au prestige du Prix CNN Multichoice African Journalist Award, dont la valeur, pas nominale, équivaut, si on doit oser une comparaison, à celle des Oscars dans le cinéma ou au Goncourt dans la littérature.

 

A qui dédies-tu cette distinction ?

 

• Chaque lauréat a disposé de trente secondes de temps de parole devant le public. Pour ma part, j’ai dédié, en français traduit en anglais, par une membre du jury, la Sénégalaise Sophie Ly  Sow, ce prix,  d’abord à mon directeur de publication, Monsieur Edouard Ouédraogo. Sans sa confiance en moi, et ses conseils, je n’aurais jamais exercé le métier de journaliste. Ensuite à mon redchef Ousséni Ilboudo, mon supérieur hiérarchique direct, qui nous a toujours marqué à la culotte par ses critiques et observations. Lorsqu’il s’agit du travail bien fait, franchement, il est exigeant. Cette distinction, je la dédie enfin à toute l’équipe de l’Obs, et à mon épouse qui a toujours su supporter les vicissitudes liées à la vie d’un époux journaliste.  

 

 Revenons sur le choix du sujet qui t’a valu cette récompense. Comment s’est-il opéré ?

 

• Le papier qui m’a valu cette distinction s’intitule : "pensions des anciens combattants : jours de paie à Tougan". Mais l’article a surtout porté sur la pension de réversion de veuves d’anciens combattants. La rédaction s’est intéressée au sujet dans la mesure où la France venait de prendre, en septembre 2006, la décision de revaloriser les pensions des anciens soldats de ses colonies  (pensions gelées depuis 1959). Alors je me suis rendu à Tougan, localité choisie du fait de l’importance numérique de «Tirailleurs» qui s’y trouvent.

 

Dans quelles conditions avais-tu réalisé ce reportage ? Avais-tu par exemple rencontré des difficultés particulières ?

 

• Des difficultés, il y en a eu. D’abord, un problème d’accès à Tougan. Si l’axe Ouaga-Ouahigouya est fort praticable du fait du bitume, on ne peut en dire autant pour le tronçon Ouahigouya-Tougan qui, lui, est en terre battue et dans un état de délabrement total. C’est le frisson continu jusqu'à destination.

La deuxième difficulté, c’est qu’arrivé dans un premier temps sur les lieux, la paie n’a pas eu lieu comme prévu, le préfet de la localité, qui doit signer les quittances, était absent de son poste. Le photographe et moi sommes revenus quasi bredouilles. Mais c’était sans compter avec la persévérance de notre rédacteur en chef qui nous a renvoyés à Tougan pour assister à la paie reportée une semaine après. En son temps, nous avons, je dois le confesser, renâclé à y retourner, mais avec le recul, je pense que si on n'y était pas reparti, on n'aurait peut-être pas obtenu cette distinction. A tout cela, il faut ajouter le refus du percepteur, le payeur, de nous recevoir. Malgré tout, nous avons obtenu une mine d’informations, et le photographe a fait un travail  formidable. 

 

Maintenant que tu as été «starifié» par CNN, ne risque-t-on pas de voir le succès te monter à la tête comme c’est souvent le cas ?

 

• Puisse Dieu m’en préserver. Comme je l’ai indiqué auparavant, le mérite revient à toute la rédaction. Et puis tu le sais bien, un article de presse n’est jamais l’œuvre exclusive d’une seule personne, mais celle de toute une équipe.  Il faut donc toujours se la jouer modeste et ne pas rouler des mécaniques en pensant que c'est un aboutissement et qu'on n'a plus rien à apprendre dans ce métier.

 

Parlons maintenant de l’Afrique du Sud où tu te rendais pour la première fois. Comment as-tu trouvé le pays de Mandela ?

 

• Un pays formidable, qui dispose de tous les atouts naturels et humains pour réussir le pari du développement socio-économique. Après la quarantaine d’années de régime d’apartheid, l’Afrique du Sud, même si les disparités sociales sont encore très criardes, est aujourd’hui une nation qui s’est réconciliée avec elle-même. Et ça, c’est un atout supplémentaire.

 

Qu’est-ce qui t’a le plus frappé ?

 

• Au Cap où avait lieu la cérémonie, c’est surtout la propreté et le niveau de développement urbain qui frappe de prime abord le visiteur. Le paysage naturel est fabuleux et les habitants sont très disciplinés et courtois.

 

Ton séjour comprenait justement des escapades touristiques dans des endroits fabuleux. Fais- nous un peu rêver.

 

• Je crains de vous décevoir en annonçant que du côté escapades touristiques, il n'y a pas grand-chose à raconter. Le programme de travail auquel nous étions soumis ne nous a pas permis de goûter pleinement aux délices qu’offre Cape Town. Toutefois nous avons effectué, le lendemain de notre arrivée, l’ascension, à bord du téléphérique à cabine rotative, du Table Mountain, l’une des plus vieilles montagnes du monde. Culminant à 1000 mètres avec son sommet plat, c’est un endroit magnifique avec vue superbe sur l’océan Atlantique et sur la ville. Des centaines de touristes y vont chaque jour.

 

Comment juge-t-on dans le milieu, où tu as baigné pendant une semaine, la presse burkinabè ?

 

• Bien. Notre presse, malgré ses insuffisances, est beaucoup appréciée à l’étranger. En marge du panel sur la liberté de la presse en Afrique, il y a eu une exposition de journaux au Table Bay Hôtel. Bien que nous soyons un pays d’expression française, le public constitué de professionnels de la presse s’est arraché les quelques exemplaires de numéros que j’ai apportés avec moi.

 

Quelles perspectives, s’il y en a, s’offrent désormais à toi après ce prix ?

 

• Des perspectives particulières liées au prix, je n’en vois pas trop. Cette distinction est une invite à plus de persévérance et d’ardeur dans le travail. C’est le nouveau challenge qui s’offre à moi. Avec la franche collaboration et l’esprit d’équipe qui ont toujours prévalu à L’Obs, je crois être à la hauteur de ce nouveau défi. Mon vœu le plus ardent, c’est que d’autres confrères connaissent le même couronnement dont je suis l’objet aujourd’hui.

 

Entretien réalisé par

Hamidou Ouédraogo

L’Observateur Paalga du 31 juillet 2007



31/07/2007
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