L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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«Les 302 communes rurales ont pris leur envol»

Décentralisation

«Les 302 communes rurales ont pris leur envol»

Selon le ministre Soungalo Ouattara

 

 

Le renforcement du processus démocratique au Burkina a été marqué au cours de ces derniers mois par l’émergence des communes rurales avec une autonomie de gestion. Une première expérience pour notre pays qui entend donner une nouvelle impulsion au développement local par la responsabilisation des citoyens. Et pour la réussite de cette nouvelle donne politique, de nombreuses initiatives sont développées par les autorités nationales en vue de renforcer les capacités opérationnelles des élus locaux et leur donner les moyens d’assumer pleinement leurs responsabilités.  C’est dans ce cadre alors que se situent les multiples sorties du ministre délégué chargé des collectivités territoriales dans les différentes localités.  Pour Soungalo Ouattara, en effet la décentralisation est bel et bien une réalité dans notre pays même si, reconnaît-il, «il  y a encore des choses à parfaire pour assurer un meilleur fonctionnement de nos communes rurales». Nous l’avons rencontré au lendemain de son séjour dans la Comoé.

 

Deux ans après la mise en place des communes rurales dans notre pays, quel est aujourd’hui l’état des lieux ? Surtout qu’il s’agit d’une première expérience pour le Burkina.

 

• Je crois que les citoyens sont mieux placés pour mesurer les efforts fournis par les élus locaux et par le gouvernement qui les accompagne pour la réussite de la décentralisation. Ce que je peux dire, est qu’au lendemain des élections municipales de 2006, les conseils municipaux ont été effectivement installés dans les 302 communes rurales et dans les 49 communes urbaines. Dans l’ensemble, tout se passe bien et les conseils municipaux fonctionnent de façon satisfaisante. Il est vrai aussi que nous avons quelques crises par-ci par-là au niveau de certaines communes, et cela à mon sens est inhérente à toute organisation humaine et surtout politique où souvent, les avis divergent sur des points précis même si l’objectif reste le même. Les conseils municipaux sont des organes vivants avec souvent des faiblesses, des maladies infantiles dans cette phase de démarrage. Il s’agit d’une première expérience pour notre pays et nous demeurons convaincu que les choses vont s’améliorer au fil des années d’autant plus que tout le monde s’accorde sur l’importance de ces collectivités territoriales et leur impact sur le développement.

 

Vous parlez du bon fonctionnement des collectivités territoriales. Concrètement quel est le rôle dévolu à ces maires de nos communes rurales ?

 

• Au plan institutionnel, il faut dire que les maires sont en train d’assumer pleinement leurs compétences. Je veux parler des compétences initiales qui sont d’abord l’état civil avec tous les services de proximité dus aux citoyens. Il y a aussi le budget qui reste un grand défi à relever. Aujourd’hui, les 302 communes rurales, malgré les difficultés de départ ont pu arrêter un budget et l’exécuter selon les normes. Du point de vue économique, il faut dire aussi que des efforts sont déployés dans ce sens, parce qu’il y a des communes qui ont élaboré des plans de développement et qui ont engagé des projets de développement sur la base d’une programmation réussie.  Nous avons toujours certaines avancées que nous pouvons mesurer. C’est la participation citoyenne. De plus en plus, il y a un effort autour des objectifs locaux ; il y a une participation des citoyens à soutenir les projets initiés par les maires. Je peux dire que les communes ont vraiment pris leur envol et cela nous motive davantage à créer les conditions nécessaires pour leur plein épanouissement. Aujourd’hui, nous avons plus de 150 communes rurales qui disposent de leur siège et dans la programmation qu’on va envisager pour cette année 2008, chaque commune aura son siège soit construit ou en cours de réalisation. Il est de même pour les régions. Des appels d’offres sont déjà lancés pour la réalisation des sièges des 13 régions. C’est pour vous dire que la décentralisation poursuit son chemin malgré les difficultés qu’il faut surmonter. Cela fait parti de toute expérience nouvelle.

 

Avec la mise en place de ces collectivités territoriales beaucoup s’interrogent sur les attributions des préfets. Qu’en est-il au juste ?

 

• Il faut dire que du point de vue des textes, il n’y a pas de chevauchement possible entre les attributions du maire et celles du préfet. Prenez par exemple l’état civil qui était une compétence dévolue au préfet. Cette compétence aujourd’hui a été transférée au maire au regard des textes en vigueur et au regard de la loi du code général des collectivités. Il n'y a pas de tiraillement  sur la question. Sachez aussi qu’au niveau du budget, il n'y a pas d’interférence avec les préfets qui sont aujourd’hui les représentants de l’Etat par des attributions propres qu’ils assument. Maintenant, il ne peut y avoir que des questions de cohabitation pour cette nouvelle expérience que nous avons engagée. Mais au fur et à mesure que nous avançons et au rythme des séances de travail qui s’organisent, je crois que chacun commence à prendre sa place. Vous constatez maintenant qu’il y a de moins en moins d’écho sur des questions de rivalité ou de conflit entre préfet et maire.

 

Nous avons vécu au cours de ces derniers mois des situations de crise dans certaines communes où les conseils municipaux avaient de la peine à se réunir. Cela ne suscite-t-il pas des inquiétudes pour l’avenir de nos collectivités territoriales ?

 

• Il ne faut pas toujours dramatiser ou stigmatiser les crises qui naissent au niveau des communes. Nous sommes  à notre première expérience avec 302 communes. Mais combien y a-t-il de crises aujourd’hui ? Nous n’avons pas plus de 10 situations de crise. Je ne dirai pas qu’il faut attendre que les crises se multiplient pour se faire des soucis. Seulement, il faut savoir qu’il s’agit d’une jeune expérience pour nous et que nous devons pouvoir faire face à toutes les situations. Ces crises qui naissent, il faut arriver à les résoudre avec l’implication de toutes les forces vives. Le ministère a pris des dispositions et il y a un cadre normatif pour cela. Mais cela n’empêche pas qu’il y ait des incompréhensions. Souvent nous assistons à des crises partisanes et nous faisons en sorte qu’avec les formations, nous puissions anticiper sur la résolution de ces genres de malentendus. Je prends le cas de Banfora où la crise n’était pas née de l’application des textes ; mais de la compréhension des missions des uns et des autres et de cette nouvelle expérience. A Banfora, nous avons mis en place un cadre de dialogue et de concertation qui a fonctionné à merveille. Cela a abouti à des résultats satisfaisants. La preuve nous venons d’ouvrir un séminaire de formation destiné au conseil municipal de Banfora. C’est l’aboutissement des négociations qui ont été menées pour ramener la sérénité et la cohésion au sein du Conseil municipal.

 

Quel était donc l’objet de votre rencontre de lundi dernier avec les élus locaux des Cascades ? Est-ce toujours la crise à l’ordre du jour ?

 

• J’ai effectivement eu des échanges avec les maires et la commission technique régionale d’approbation des budgets des collectivités. La crise à Banfora a été résorbée et nous avons plutôt parlé de la vie des communes et la leçon que je tire est qu’il faut multiplier les cadres de concertation entre les maires et les services déconcentrés qui jouent aux cotés des autorités municipales un rôle d’appui conseils. Et je voudrais d’ailleurs saisir cette opportunité pour féliciter les services déconcentrés de l’Etat et surtout les services financiers représentés au niveau régional. Ils ont beaucoup contribué à l’élaboration des budgets initiaux et à l’encadrement des maires dans l’exécution de ces budgets. Seulement, il faut persévérer dans la formation et créer des cadres de dialogue entre les services financiers et les ordonnateurs des budgets locaux que sont les maires.  Il faut plus de dialogue, plus d’ouverture entre ces services pour une exécution beaucoup efficace des budgets tant du point de vue recouvrement des recettes que des dépenses.

 

Certaines collectivités manquent cruellement de ressources pour mener à bien leurs missions. Cela n’est-il pas un handicap sérieux au bon fonctionnement de nos communes rurales ?

 

• Il vrai que toutes les communes n’ont pas les mêmes avantages. Il y a des communes moins nanties que d’autres et à ce niveau, l’Etat a fait un effort de compensation dans le cadre de la solidarité nationale. C’est pour cela qu’il y a des fonds d’équipements ou de dotation et aussi les fonds de fonctionnement que l’Etat inscrits annuellement dans le budget pour venir en aide aux communes avec comme priorité, les moins nantis. Il y a aussi le problème des ressources humaines notamment au niveau des agents de recouvrement. Avec le ministère des finances, nous travaillons à aplanir toutes ces difficultés. 

 

Sous votre impulsion, Bobo-Dioulasso a accueilli au cours du dernier trimestre de l’année 2007 une rencontre de coopération entre les Rhône-Alpes et les Hauts-Bassins. Aujourd’hui où en sommes nous avec les conclusions des travaux ?

 

• Nous avons effectivement eu à encourager une convention d’affaires entre les régions des Rhône-Alpes en France et les Hauts-Bassins. Cette rencontre a permis de créer un espace d’échanges d’expérience et d’opportunité d’affaires entre une trentaine de chefs d’entreprise venus des Rhône-Alpes et les opérateurs économiques de Bobo. Des liens solides se sont tissés  et les concertations continuent toujours pour voir comment ils peuvent nouer des partenariats porteurs de création d’entreprises ou d’échange d’expériences. Et avec le lancement de Samandéni, de nouvelles opportunités vont bientôt s’ouvrir pour les deux parties. Il y a une zone commerciale qui est un volet très important de ce projet. Bientôt une mission d’opérateurs économiques se rendra à Lyon pour confirmer certains contrats de partenariat qui ont été signés. Nous encourageons ce type d’action et c’est pourquoi, nous avons organisé tout dernièrement à Ouaga une rencontre sur la coopération décentralisée. Et nous plaçons au cœur de ce partenariat, le volet économique. Un forum libre a même été organisé à cet effet par des opérateurs économiques du nord et du sud.

 

Et pour conclure

 

• Pour conclure, je dirai que notre décentralisation est sur la bonne voie et qu’il faut travailler davantage à donner un contenu économique à cette décentralisation. C'est-à-dire aller au-delà de l’aspect institutionnel pour faire de la décentralisation un levier pour le développement à partir de la base pour un développement local.

 

 Propos recueilli par

Jonas Apollinaire Kaboré

L’Observateur Paalga du 14 février 2008


13/02/2008
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