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Armée :La délocalisation des unités fait monter la tension

Armée nationale

La délocalisation des unités fait monter la tension

Réunie en session extraordinaire à la demande du gouvernement en fin février dernier, l’Assemblée nationale a amendé la loi des finances gestion 2007 pour permettre la satisfaction des engagements pris par le ministre de la Défense Yéro Boly devant les soldats en colère. En rappel, il avait été question de revaloriser les indemnités de logement des militaires ainsi que la prime journalière d’alimentation (PJA) des hommes du rang et de majorer l’indemnité de charges militaires de 10%. La suspension des retenues sur salaires opérées au compte de la mutuelle de santé des militaires et le paiement du prêt-franc aux bénéficiaires non logés en caserne sont des acquis qui ne nécessitaient pas la saisine du parlement. Le ministre de la Défense dans les arrêtés qu’il a pris sur le coup de l’urgence, avant d’annoncer que les décisions prises entreront en vigueur pour compter du 15 Mars 2007 avec effet rétroactif jusqu’au 1er janvier de l’année en cours. Il fallait obtenir de la représentation nationale l’octroi des crédits nécessaires à la tenue des promesses gouvernementales. Il faut donc se féliciter de ce souci nouveau de nos dirigeants de respecter la légalité d’autant qu’en 1999, dans des circonstances analogues, des sommes colossales avaient été distribuées aux militaires en remboursement de retenues opérées depuis la période d’exception sur leurs indemnités de logement. A l’époque, on avait parlé d’un geste personnel du Président du Faso Blaise Compaoré qui a dû casser sa tirelire pour payer le prix du calme dans les casernes. Logiquement, nos braves militaires devaient donc retrouver le sourire à la perception de leurs soldes de ce mois dans deux (2) jours. C’est l’ambiance et le rythme garanti pour un laps de temps même si des ratées sont relevées dans l’application de la décision suspendant les retenues au titre de la mutuelle de santé des militaires. Le Ministre avait clairement indiqué que l’adhésion à la dite mutuelle se ferait sur la base du volontariat. Or, certains sous-officiers qui n’ont pas souscrit à la mutuelle constatent sur leurs bulletins de salaires que les coupures existent toujours. S’agit-il là d’une méprise ou d’une défiance vis-à-vis de l’autorité de Yéro Boly ? Il est vrai que le commandement est tellement attaché au point d’en faire, si l’on en croit la rumeur dans les casernes, un préalable au prochain recrutement.

La délocalisation des unités

 

Yéro Boly avait également annoncé l’ouverture d’une enquête administrative pour situer les responsabi-lités dans les événements qui ont sécoué les villes de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Kaya, Dédou-gou et Gaoua après les heurts entre militaires et policiers. Cet engagement pertinent semble tomber aux oubliettes. Plus personne n’en parle et il n’est pas exclu que les officiers ripoux reprennent leurs spoliations une fois les émotions passées. L’impunité dont ils jouissent traduit une certaine faiblesse de la haute hiérarchie militaire à moins qu’il ne s’agit d’une complicité dans les malversations commises au préjudice des troupes placées sous leur commandement. En tout cas, pour des cas avérés sur lesquels nous pourrons revenir dans le détail, la plus grande sanction écopée a toujours été l’affectation. Comment peut-on dans ces conditions ramener la discipline ? Ces derniers temps, il nous est revenu que l’Etat-Major général des Armées envi-sage la révision des critères aux tests habituels organisés pour les différents stages internes. Le projet en question durcit les conditions d’admission à ces tests et suscitent – l’on s’en doute – des critiques acerbes au sein des sous-officiers et des hommes du rang ; les officiers n’étant astreints à aucun concours professionnel tout au long de leur carrière. En temps normal, le projet dont la pertinence n’est pas remise en cause, n’aurait pas fait autant de bruit. Au sortir d’une crise comme celle que notre armée a vécue à la fin 2006, les personnes concernées par la future décision parlent plutôt de rétorsion consécutive aux humiliations infligées à certains officiers, plus grave alors que la polémique suscitée par cette affaire ne s’est pas estompée il est maintenant question d’une délocalisation des unités importantes des grandes villes comme Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Kaya, etc. Pour la garnison de Ouagadougou, des sites auraient été déjà identifiés à Mogtédo, Kombissiri et Ziniaré pour abriter des unités comme le génie militaire, les armes blindées et le groupement d’artillerie. Les ordres seraient déjà donnés dans ce sens et les marchés déjà passés. Sauf modification, la délocalisation devrait être effective dès juillet 2007, d’après nos sources. On imagine du coup ce que peut être le coût de cette opération conduite à la hussarde. Il faudrait au minimum dans ces nouvelles garnisons des bureaux pour le commandement, des infirmiers, de l’eau potable, des quartiers bref ! un minimum de commodités pour l’accueil des troupes et éventuellement des familles. Ces conditions seront-elles réunies avant le terme échu ? Si oui, quelle sera la qualité des travaux réalisés par les entreprises adjudicatrices de ces gros marchés ? Voilà des questions que ne manqueront pas de se poser bon nombre d’observateurs face à ce qui ressemble fort bien à de l’improvisation. Du côté de la troupe, les préoccupations se situent ailleurs. Le lien étant vite établi entre la délocalisation et les heurts avec les policiers, d’aucuns expliquent qu’il s’agit de faire plaisir à ce corps paramilitaire. D’autres par contre pensent que par cette décision le pouvoir entend fragiliser le mouvement des soldats en réduisant les possibilités de concertations. Ils en veulent pour preuve l’interdiction des petits regroupements dans certaines unités de la garnison de Ouagadougou. Là encore, la crise de con-fiance entre le commandement et les hommes est patente. C’est à se demander l’utilité de tous ces séminaires sur la communication organisés à coûts de millions au profit des officiers. Une chose est sûre : la délocalisation des unités provoque à nouveau dans les casernes une grogne, particulièrement au sein des sans grades dont certains refusent de quitter la ville à cause des policiers. Même au niveau des officiers, il y aurait également du boucan en raison des fonctions exercées par leurs moitiés dans les grandes villes et qui pourraient conduire à des séparations de couples. Et pourtant, nous pensons qu’il n’est pas mauvais que les garnisons militaires soient installées hors des grands centres urbains. Pas parce que le militaire n’est plus ce civil en tenue vivant comme un poisson dans l’eau que voulaient les révolutionnaires du 4 Août mais parce que les impéra-tifs du métier des armes ne sont pas compa-tibles avec les fortes densités démographiques. La délocalisation en elle-même est une nécessité incontournable mais fallait-il attendre qu’il y ait des problèmes avant de l’entreprendre ? Est-elle opportune et comprise dans le contexte actuel ? Est-elle seulement bien pensée dans la précipitation que l’on constate ? En tout cas si l’idée est d’empêcher les contacts entre soldats et prévenir subséquemment d’éventuelles velléités de déstabilisation, ce n’est manifestement pas la bonne solution. Il ne faut pas perdre de vue que nous visons la grande révolution en matière de communication et, à ce que l’on dit, les jeunes soldats frondeurs de la fin 2006 n’avaient pas eu recours à des estafettes pour établir les contacts entre les casernes de la ville. Le téléphone portable a été leur principal moyen de communication. Les échanges de SMS ça ne coûte rien. Faut-il rappeler à ceux qui ont la mémoire courte que c’est de la ville plus ou moins lointaine de Pô que sont partis les commandos qui ont fait le 4 Août 1983 ?

 

                                                                   Michel Zoungrana

Indépendant du  13 mars 2007



28/03/2007
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