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Baptême de rues à Ouaga : "Arrêtons les toponymes de complaisance !"

Baptême de rues à Ouaga

"Arrêtons les toponymes de complaisance !"



Pour cet étudiant en 4e année de Linguistique, il y a trop de complaisance dans le baptême des rues à Ouaga. Il évoque le cas des rues baptisées du nom de personnes toujours vivantes.

 

L'onomastique est apparue au XIXe siècle. Mais bien avant, des débats philosophiques ont toujours eu lieu sur le nom d'une manière générale. Cette discipline est "une branche de la lexicologie qui étudie l'origine des noms propres", selon le dictionnaire de Linguistique et le Petit Larousse illustré. Ces composantes sont entre autres l'anthroponymie qui s'intéresse aux noms propres de personnes, la zoonymie qui s'intéresse aux noms propres des animaux, la toponymie qui s'intéresse aux noms propres de lieux...

Mais avant de nous intéresser à cette dernière composante, disons en quelques mots le rapport entre l'onomastique et les autres sciences.

En histoire comme en géographique, elle permet de rendre compte des mouvements de populations et d'avoir une idée du système des eaux, de leur variété, de leur densité dans un pays donné.

En sociologie, il faut dire que l'aspect sociologique se reflète dans la dation du nom en fonction des faits sociaux. En exemple, l'emploi de la particule "de" en Français (Henri du pont).

En littérature, l'onomastique contribue à l'étude de la dimension esthétique des textes et les types de personnages. Dans les autres domaines comme la psychanalyse et la psychologie, l'onomastique a une place de choix. Par exemple, dans Totem et Tabou de Freud, référence est faite à l'interdiction de prononcer certains noms dans certaines cultures. Dans Moïse et le monothéisme, Freud fait remonter l'origine du nom Moïse à des sources hébraïques.

Certains autres auteurs ont écrit en montrant l'effet du nom sur la destinée de l'individu (Abraham 1911). Il semblerait qu'au niveau de l'initiale des noms de famille, plus elle est proche du début de l'alphabet, plus celui qui en porte occupe une meilleure position scolaire, professionnelle et autre.

La dation du nom de même que son changement ne se fait pas au hasard. Dit autrement, cela peut affecter la personne, le lieu, etc.

Sous la Révolution, le président du CNR (Conseil National de la Révolution) aurait fait changer le nom d'une localité qu'il trouvait anormal. La suite, rien que des malheurs s'abattaient sur la localité. La population s'est vue obligée de reprendre l'ancien nom pour conjurer le sort.

Au demeurant, le nom apporte toujours un mérite ou un démérite à son porteur ou sa porteuse.

Revenant sur la toponymie, disons en rappel qu'elle est l'étude des noms propres de lieu. Et le lieu est "toute étendue qu'une conscience humaine ou animale distingue, sépare d'autres étendues". Ses limites peuvent être précises ou vagues. En exemple, nous avons une rue, un continent, un pays, un village, un magasin, une mer, etc.

Il y a des toponymes qui résultent des accidents topographiques et des toponymes anthropiques, c'est-à-dire qui impliquent l'intervention de l'homme. Cette dernière partie de la toponymie est l'épicentre de notre analyse.

En effet, l'hymne du développement rime toujours avec l'hymne de la modernisation. Qui parle de modernisation parle de dépassement avec les moyens rétrogrades. S'il en est ainsi, Ouagadougou est vraiment une ville moderne.

Aujourd'hui, à Ouagadougou comme dans bien d'autres villes du Burkina, quand vous y entrez, vous n'avez pas besoin d'une personne pour vous y retrouver. Cela est possible grâce à l'adressage et aux baptêmes de rues.

Précisons que les baptêmes de rues s'inscrivent dans les toponymes commémoratifs. Ces types de toponymes sont donnés dans le but de perpétuer un souvenir ou de faire honneur à des personnes qui se sont bien illustrées, des lieux, des abstractions, divers objets, des événements.

Malheureusement, nous rencontrons des rues et d'autres lieux qui portent le nom de personnes qui sont toujours de notre monde. La dernière vague de rues baptisées est celle en date du 15 août 2007 où la rue 11.34 de l'arrondissement de Baskuy porte le nom de Monsieur Roger Nikiéma, fondateur de la radio Salankoloto. Cet homme, ce n'est plus un secret, a été Directeur de la radio nationale et a été utile de par ses actions à ses concitoyens.

Or les principes voudraient que les lieux nommés ne portent pas les noms de personnes vivantes. La raison est bien très simple. Vous ne pouvez pas faire le bilan de la vie d'une personne tant qu'elle est toujours vivante. Le parcours de la personne jusqu'au moment où vous avez décidé de baptiser le lieu à son nom peut être positif. Des années après, cette même personne peut s'illustrer négativement. Dans ce cas vous serez obligés de changer le nom du lieu. En exemple, vous ne verrez nulle part dans ce monde une place qui porte le nom de l'Allemand Adolphe Hitler.

Des exemples similaires à la rue 11-34 on en trouve à Ouaga pour peu que vous fassiez attention quand vous circulez. Il y a des rues portant les noms d'anciens chefs d'Etat, qui sont toujours de notre monde.

Ouagadougou a été mis en vedette du fait qu'il est un échantillon représentatif de nos erreurs, comme l'a dit quelqu'un. Sans quoi, partout au Faso des exemples sont légion. Des stades, des places publiques, des lycées, des collèges. .. portent des noms de personnes qui n'ont pas encore fini leur vie. Pour emprunter les propos de ce célèbre groupe de rappeurs, "ici au Faso la vie est dure..."et il suffit d'être un richissime, une haute personnalité, une personne influente tout court, pour que ton nom soit un toponyme.

Pour nous, ce sont des fautes impardonnables qui mettent en doute les compétences des commissions de toponymie qui, selon nos maires, font le travail.

C'est vrai que pour le commun des mortels, la toponymie c'est nommer les lieux. Mais ce qu'il ne faudrait pas méconnaître ce sont ses principes élémentaires.

Il est grand temps que Ouagadougou donne l'exemple en la matière. Le problème est que nous tuons moralement nos concitoyens sans nous en rendre compte. Il faut arrêter, ici et maintenant, les toponymes de complaisance par de véritables commissions de toponymie, composées de personnes pétries de compétences requises. Ce qui est sûr, nos villes seront ce que nous voudrions qu'elles soient en matière de normes.

 

Ouagadougou, le 10/10/2007

Alidou ZOROM

Etudiant en 4e année de Linguistique

Le Pays du 7 novembre 2007



07/11/2007
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