L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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«Blaise prépare son frère à sa succession» (Départ de Salif Diallo du gouvernement)

Départ de Salif Diallo du gouvernement

«Blaise prépare son frère à sa succession»

 

La non-reconduction de Salif Diallo, commissaire politique CDP de la région du Nord dans le deuxième gouvernement du Premier ministre, Tertius Zongo, annoncé dans la nuit du mercredi 23 mars 2008 au cours du journal de 22 heures à la télévision nationale, fait l’objet de commentaires dans la cité de Naaba Kango.

 

Dans les débits de boissons, les ''grins'' de thé pour ne pas dire dans tous les lieux de causette à Ouahigouya, ils sont nombreux à se préoccuper et à s’interroger sur les raisons exactes du départ du gouvernement de l’ancien ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, également commissaire politique CDP de la région du Nord. Qu’est-ce qui explique ce remerciement du gouvernement ? Très proche du président Blaise Compaoré, il est pourtant le seul partant. A-t-il pris une petite retraite pour mieux s’occuper de ses problèmes de santé ou a-t-il été évincé pour des divergences de points de vue supposées avec le frère cadet du président du Faso ? Voilà autant de questions que se posent de nombreux acteurs de la scène politique au Yatenga.

«En tant que militant d’un parti d’opposition, nous nous intéressons très peu à la formation des équipes gouvernementales et au comment le parti au pouvoir gère ses hommes. Depuis que le CDP est au pouvoir, on se partage les postes ministériels pour s’enrichir au détriment du peuple», assène, d’entrée de jeu, Etienne B. Ouédraogo, secrétaire national adjoint à la communication de l’UNIR/MS. En ce qui concerne ce dernier remaniement ministériel, ce responsable de l’UNIR/MS ne se montre pas pourtant indifférent. «Qu’on soit de son bord ou pas, reconnaissons que Salif Diallo reste une figure politique qui s’est montrée très combative sur l’ensemble du territoire national et particulièrement dans la région du Nord. S’il a été évincé du gouvernement pour ses mésententes avec François Compaoré, dont faisait cas la presse depuis un certain temps, il ne faut pas s’en réjouir, car c’est un signe annonciateur de la mise en place d’une dynastie à la présidence en l'occurrence celle des Compaoré», regrette Etienne B. Ouédraogo. Pour ce candidat malheureux de l’UNIR/MS aux dernières élections législatives, l’emprise politique de Salif Diallo sur la localité n’a pas empêché l’UNIR/MS  de croître à son rythme au sortir de chaque rendez-vous électoral. «Si le départ de Salif Diallo du gouvernement peut accélérer cette croissance de l’UNIR/MS, c’est tant mieux, nous n’hésiterons pas à en profiter pour mieux nous implanter», estime Etienne B. Ouédraogo.

Le coordonnateur de la section provinciale de l’Organisation démocratique de la jeunesse (ODJ), Ismaïla Bakouan, trouve qu’un remaniement est dans l’ordre normal et participe généralement à la dynamisation de l’action gouvernementale. Cependant, il émet des inquiétudes sur  ce qu’il appelle ce mini-remaniement de Pâques consacrant le départ d’une des têtes pensantes du parti au pouvoir depuis sa naissance. «Si ce départ de Salif Diallo participe à un règlement de comptes, ça veut dire que la fissure de la maison CDP est grande et elle ne tardera pas à s’écrouler», relève le responsable de l’ODJ. Il trouve que les derniers événements consécutifs à la vie chère ont fini par montrer que la machine du CDP est grippée. Beaucoup de nos dirigeants auraient étalé leur incompétence dans la gestion de cette crise. Ce remaniement, selon lui, aurait pu être utile si on avait opéré un changement en profondeur.

Un autre observateur de la scène politique locale, sous le couvert de l’anonymat, renchérit en ces termes : «Si le départ de Salif Diallo a été un scénario monté pour mettre fin à sa longue présence au sein des gouvernements de la IVe république, il faut souhaiter que ceux qui sont à l’origine de ce théâtre aient un jour le courage de faire partir Blaise Compaoré, à la tête du pouvoir depuis 20 ans». Cet observateur invite à une exploitation judicieuse du départ de Salif Diallo dans les localités où il avait le vent en poupe comme  Ouahigouya et Bobo. L’ADF-RDA, en tout cas, ne se fait pas beaucoup prier pour le faire. Dans la journée du lundi 24 mars 2008, le parti de l’Eléphant a battu le rassemblement de ses troupes au pied-à-terre de Gilbert Noël Ouédraogo, président dudit parti, qui y était présent. Reconduit ministre des Transports, Gilbert Noël Ouédraogo, qui a interdit à ses proches collaborateurs tout commentaire dans la presse, a effectué un retour triomphal dans son fief électoral comme pour fêter sa reconduction et pourquoi pas statuer sur l’éventualité d’une exploitation politique de la non-présence de son irréductible adversaire politique dans ce nouveau gouvernement. Si le président de l'ADF/RDA du Nord, Souleymane Guéma Ouédraogo, qui dit avoir maintes fois eu maille à partir avec Salif Diallo, sait dissimuler sa joie en se confondant dans un langage diplomatique, bon nombre de ses partisans ne cachent pas la leur de voir Salif Diallo écarté du gouvernement. C’est pour eux le début du déclin du CDP. «Ceux qui sont intelligents savent que le départ de Salif Diallo n’arrange pas la province ni la région. Au-delà des divergences politiques, nous aurions préféré que la nouvelle arrivante, Cécile Beloum, s’ajoute à ses deux prédécesseurs au sein du gouvernement. A trois, chacun de son côté allait apporter sa pierre à la construction du Yatenga et c’est l’ensemble de la population qui en profiterait», déclare le sexagénaire dirigeant  de l'ADF-RDA.

Du côté du CDP Yatenga, on refuse d'admettre que ce départ de Salif Diallo du gouvernement s'assimile à sa disgrâce politique. Il n'est pas question pour les militants du parti au pouvoir à Ouahigouya de douter que celui-là qu'ils appellent affectueusement ''le grand leader de la région du Nord'' ait été écarté du gouvernement contre son gré ou à cause d'une quelconque rivalité politique. «Salif Diallo était diminué physiquement et avait besoin de se reposer. Il s'est retiré certainement pour se requinquer pendant un bout de temps avant de réapparaître», prétend Emmanuel Kaboré dit Blek. Pour lui, la présence de Cécile Beloum au sein du gouvernement est «la preuve qu'il n'est pas loin». Abdoulaye Ouédraogo, militant CDP et infirmier de son état, pense qu'il est trop tôt pour épiloguer sur la carrière politique de leur leader. Tout en jurant qu'il est impossible d'éjecter un homme politique de la trempe de Salif Diallo d'un gouvernement à moins que ce ne soit lui qui ait demandé son départ. «Tout bon politicien s'éclipse à un certain moment avant de rebondir. Ceux qui voient la fin de la carrière politique de Salif Diallo se trompent énormément. Il est un homme de défi et il va encore démontrer qu'on peut conserver son assise politique sans être membre d'un quelconque gouvernement», dit Abdoulaye Ouédraogo. Il cite pour preuve le départ de Roch Marc Christian Kaboré en 1996-1997 du poste de Premier ministre pour être conseiller à la présidence et de celui de Salif Diallo en 1999-2000 au temps fort de la crise suite à la mort du journaliste Norbert Zongo, pour occuper le même poste à la présidence.

Compagnon de Salif Diallo aux premières heures de la IVe république, Soumaïla Ouédraogo dit Ila, actuellement conseiller municipal, toujours fidèle à son maître dit ne pas vouloir faire de commentaires sur une décision gouvernementale. Il apprécie d'ailleurs le travail titanesque abattu par Salif Diallo avec la complicité de Blaise Compaoré pour le bien-être des populations sur l'ensemble du territoire burkinabé. Il refuse de croire pour le moment à une crise de confiance entre Salif Diallo et Blaise Compaoré. «De toutes les façons, c'est Salif qui nous a conduits au CDP, c'est un bon guide, nous le suivrons où il ira. Nous lui resterons fidèles, car Salif est un grand combattant et aussi un meneur d'hommes», martèle Soumaïla Ouédraogo dit Ila.

Militant de la Convergence de l'espoir, Moussa Belem se montre très acerbe. «Si Blaise a pu se séparer de son ami et compagnon d'armes Sankara, ce n'est pas Salif qu'il ne peut pas sacrifier pour une éventuelle succession de son frère cadet, François Compaoré, à la tête de l'Etat. Salif au moins a la chance de rester toujours en vie. Ceux qui pensent que le départ de l'ancien ministre d'Etat est une perte pour la région du Nord doivent se rappeler que la mort de Sankara a été une grande tragédie pour le Burkina et pour l'Afrique tout entière et qu'on continue de pleurer sa mort», dit ce militant sankariste en fulminant.

Un membre de la jeunesse militante du CDP juge que le poste accordé à Cécile Beloum est une injure pour l'ensemble des militants du CDP du Yatenga. Selon lui, le ministère chargé des Relations avec le Parlement est sans envergure et n'a rien de profitable en matière de projets pour la population du Yatenga.

 

Emery Albert Ouédraogo

L’Observateur Paalga du 26 mars 2008



26/03/2008
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