L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Célébration du 15-Octobre : Une session de vérité s'impose

Célébration du 15-Octobre

Une session de vérité s'impose


Pour commémorer le 20e anniversaire de l'accession de Blaise Compaoré au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti au pouvoir, organise un colloque international qui aura pour thème: " Démocratie et développement en Afrique". A cette occasion, la direction politique du CDP, dans une lettre signée le 22 août par le président du CDP, Roch Marc Christian Kaboré, a invité le président de l'Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS), Maître Bénéwendé Stanislas Sankara, à prendre part à ce colloque. Dans sa correspondance, le président du CDP écrit notamment:" Ce colloque qui se tiendra les 14, 15 et 16 octobre 2007 dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 donnera l'opportunité aux acteurs de la scène politique africaine et internationale d'identifier les pistes à même de contribuer de façon novatrice et efficace à la consolidation de la démocratie pour un développement durable en Afrique."

Le 3 septembre, le président de l'UNIR/MS répondait au président du CDP de la manière suivante: "...Vous me permettrez de vous rappeler que cet anniversaire, heureux pour vous, correspond hélas, pour une majorité de Burkinabè, au point de départ d'une descente aux enfers au-delà même de l'hécatombe qui l'a marqué." Plus loin, Me Sankara poursuit: "...Pour ces raisons, et pour bien d'autres encore qu'il serait fastidieux d'énumérer ici, nous nous démarquons de cette mascarade de colloque qui n'est qu'une tentative d'occuper le terrain pour essayer d'éclipser la commémoration internationale de l'odieuse forfaiture du 15 octobre 1987 que, nous le rappelons, des patriotes et démocrates d'autres pays tenaient à organiser chez eux au regard de la stature acquise par le Président Thomas Sankara." Une fin de non-recevoir catégorique et sans équivoque donc du président de l'UNIR/MS à participer au colloque du CDP.

Tout d'abord, il faut dire que le CDP a obéi à une démarche de courtoisie élémentaire en invitant l'UNIR/MS. Cette démarche traduirait sa volonté d'associer l'ensemble de la classe politique nationale qui devrait mener une réflexion sans complaisance sur la gestion du pays par Blaise Compaoré pendant deux décennies. Mais on pourrait dire qu'il s'agit d'une démarche qui ne manque pas de cynisme. On pourrait même suspecter un piège. Et, sans anticiper sur la réaction de l'UNIR/MS, le CDP devait s'attendre à ce refus. Avec la présence des éminentes personnalités africaines et internationales invitées par le CDP, quelle est la place qui va être consacrée aux partis politiques burkinabè ? Seront-ils simplement invités pour remplir la salle des Banquets de Ouaga 2000 à la grande satisfaction des organisateurs, ou auront-ils voix au chapitre? Ensuite, pour le CDP, ces manifestations vont être l'occasion de légitimer les événements du 15 octobre 1987. On produira des bilans élogieux des 20 années de gestion du pouvoir. Par contre, pour les sankaristes, notamment pour le président de l'UNIR/MS, participer d'une manière ou d'une autre à ce colloque revient à cautionner ce qui s'était passé il y a vingt ans ; en quelque sorte à vendre son âme. Aux yeux des sankaristes, c'est une contre-campagne que le CDP a déclenchée en organisant un colloque international du 10 au 20 octobre prochain. En effet, les dates retenues coïncident avec celles initialement arrêtées par le comité d'organisation de la commémoration du 20e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara, qui avait prévu un Symposium international Thomas Sankara.

La commémoration des 20 ans de pouvoir de Blaise Compaoré, ou la célébration du 20e anniversaire de l'assassinat du Président du Conseil national de la Révolution, le capitaine Thomas Sankara, pose la véritable problématique de l'oubli et de la réconciliation des Burkinabè. Le 15 octobre 2007, deux manifestations distinctes vont avoir lieu à Ouagadougou. Le problème de la division des Burkinabè se pose encore vingt ans après. Pendant que des Burkinabè vont se pencher sur un contentieux de sang, leurs compatriotes à Ouaga 2000 vont célébrer les performances d'un régime. Chacun va donc commémorer le 15 octobre prochain sous l'angle qui l'intéresse. C'est la preuve d'une grande déchirure au sein du peuple où chaque camp voit midi à sa porte.

Comment faire pour apaiser ce climat de division qui perdure depuis 20 ans ? Car, il est plus que temps d'entreprendre une politique véritable de réconciliation et de pardon, car, on le voit, la Journée nationale de Pardon organisée le 30 mars 2001 n'a pas apporté l'apaisement souhaité. On pourrait penser à une session de vérité, qui, sans être une conférence nationale dont l'idée a été rejetée depuis, permettrait à chacun et à tout le monde de s'assumer et d'assumer sa part de responsabilité, non seulement dans les événements du 15 octobre 1987, mais également dans bien d'autres comme le 13 décembre 1998 date de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Sans ce courage d'organiser cette catharsis générale, la date du 15 octobre, mais aussi de nombreuses autres, demeureront des journées pendant lesquelles les uns pleurent tandis que d'autres festoient et jubilent.

 

Le Fou

Le pays du 7 septembre 2007



07/09/2007
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