L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Combat de titans sur un champ de ruines à Loropéni (Poni)

Loropéni (Poni)

Combat de titans sur un champ de ruines

 

«Fruit d’un génie architectural étranger à la  civilisation noire», ont tranché, à leur sujet, certains explorateurs blancs du pays lobi.

«Donnez-nous de la main d’œuvre servile et abondante et nous vous rebâtirons d’autres édifices du même genre», rétorque le ganian, chef du petit village d’Obiré, qui revendique, au nom de ses ancêtres,  la paternité de l’ouvrage.

«Jusqu’à nos jours, le mystère demeure hélas entier», se désolent les historiens burkinabé qui se sont penchés sur les origines des fameux vestiges.

Depuis leur découverte officielle en 1902, les ruines de Loropéni (province du Poni) fascinent, défient …et enfin divisent historiens, sociologues et autres anthropologues.

Le Burkina Faso parviendra-t-il, après l’échec de Vilnius (Lituanie) en 2006, à faire inscrire les plus célèbres de ses monuments historiques  sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ? Notre pays réussira-t-il à saisir sa deuxième, voire sa dernière chance, vu que le délai pour le faire court, dans le meilleur des cas, seulement jusqu’en 2009 ?

Le temps passe, et rien ne se passe, faute de moyens, du côté de l’actuelle équipe chargée de présenter la nouvelle candidature burkinabé. Pire,  la polémique enfle, les aménités pleuvent et les accusations fusent entre cette  nouvelle équipe, dirigée par le professeur Kiéthéga, et l’ancienne, pilotée par Nao Oumarou, ancien directeur du patrimoine national.

De Loropéni à Ouagadougou, sous le soleil du village gan aux bureaux climatisés de la capitale, nous n’avons eu qu’une seule intention : rendre compte.

 

Quittez Gaoua, chef-lieu de la province du Poni. Empruntez la nationale N° 11 appelée là-bas «route de Banfora». Après quelque quarante kilomètres sur cette voie rouge en terre battue, tournez, sans hésiter, à droite. Au niveau du panneau d’indication sur lequel est inscrit : «L’Office national du tourisme burkinabé vous souhaite la bienvenue aux ruines de Loropéni». Après environ 500 mètres de marche sur le sentier adjacent, raviné par l’eau de ruissellement : «les mystérieuses» ruines. Imposantes ! Fascinantes !

Ce matin-là, elle a dû quitter précipitamment la cour paternelle, informée par le coup de fil d’un agent de la préfecture de l’arrivée d’une équipe du journal l’Observateur Paalga. Après une brève visite de courtoisie au préfet, nous voilà, le photographe et moi, cramponnés de nouveau à notre monture. Plein gaz vers le site, situé à trois kilomètres de là. Une large pancarte en rade de la route annonce les conditions d’accès : 1500F CFA pour les étrangers et 500F pour les nationaux. La maisonnette, dressée au bord de la voie d’accès et qui fait office de point de péage, est vide. Sur la fenêtre rabattue, sont inscrits, avec du charbon de bois, les numéros de téléphone portable des deux guides. Alors que le photographe est retourné sur la place du marché, où se trouve l’unique télécentre du village, arrive, perchée sur un vélo à la couleur bleue délavée et au cadre rongé çà et là par la rouille, une silhouette gracile. C’est notre guide du jour. Hors d’haleine, le corps dégoulinant de sueur, Yvonne Oho Youl réussit malgré tout à me dire bonjour. Mais pour se présenter, elle est obligée de marquer une pause. Et quand elle reprend la parole, elle a enfin retrouvé son souffle.  Je suis vite briefé sur les conditions du travail de guide touristique, que j’imaginais déjà pénibles. «A deux, nous assurons le service sept jours sur sept et du matin au soir. En contrepartie, nous sommes payés chacun à 10% des recettes, soit en moyenne 15 000F par an ("sic"), explique la jeune fille, sourire pourtant toujours aux lèvres. Parce que le site est peu valorisé et le village, jusque-là sans aucune infrastructure d’accueil, les touristes ne se bousculent guère devant le guichet d’accès. Conséquence : les recettes générées sont inversement proportionnelles à la notoriété supposée ou réelle des monuments. Et les statistiques puisées dans le registre de comptabilité de la préfecture l’attestent : 104 000 F en 2005 ; 267 000 F en 2006 et à mi-septembre 2007, 137 000 F. Une broutille que se partagent, suivant une clé de répartition inégale, l’Office national du tourisme burkinabé (ONTB) : 50%, la commune rurale de Loropéni : 20%, le comité local de gestion : 10% et les deux guides : 20%.   «Hormis la formation, nous n’avons rien reçu de l’ONTB, notre employeur. Même pas de chaussures adaptées aux longues marches auxquelles nous sommes soumis», ajoute la jeune fille, une main posée sur l’imposante muraille. Les sandales littéralement transpercées par des orteils décharnés, elle avance cependant avec aisance sur le terrain broussailleux. Nous voilà donc pour la première fois au cœur des immensités merveilleuses de Loropéni. De hautes herbes se dressent sous l’ombre compacte formée par   l’enchevêtrement des frondaisons. Une voute de silence, déchirée par moment par le froufrou et les cris des oiseaux, semble protéger la construction de mégalithes, le monument historique, sans pareil en Afrique si ce n’est au Zimbabwe (les constructions mégalithiques du Monomotapa), selon les historiographes.

Premier constat : les dimensions sont quasi pharaoniques. L’enceinte principale a une forme presque carrée. Les remparts sont érigés sur environ 105 mètres de côté. D’une épaisseur d’à peu près 1,40 mètre, la muraille culmine vers 6 mètres de haut en s’effilant pour se terminer par un sommet ne dépassant plus 30 centimètres d’épaisseur. Vous l’avez sans doute deviné, les murs sont construits suivant un plan pyramidal.

Deuxième constat : l’intérieur est plutôt banal. A première vue en tout cas. Et pourtant, des murets-témoins rappellent l’existence de nombreux compartiments, de couloirs et de cellules. Autant de signes manifestes de la complexité de l’œuvre.   

Troisième constat: la très grande précision architecturale. La vieille bâtisse a été construite à l’aide de gros blocs taillés de latérite parfaitement alignés et joints les uns aux autres par du mortier d’argile. Les murs forment entre eux des angles parfaitement droits. Des perfections géométriques sur lesquelles prendront appui les hypothèses fondées sur des préjugés raciaux et selon lesquelles la structure du monument est le fruit d’une civilisation évoluée dont ne peuvent se prévaloir les descendants de Cham, personnage biblique dont la lignée supposée, la race noire, serait frappée par une malédiction divine.   «Le parfait alignement de leurs murs et la rectitude des angles paraissent difficilement conciliables avec le génie architectural de la race noire», se sont précipités de trancher, certains colons blancs, imbus de leur complexe de supériorité.  

Quatrième constat : une question inévitable. Tenez-vous bien ! Les ruines de Loropéni, selon tous les chercheurs qui ont eu a en connaître, n’auraient jamais  possédé ni porte d’entrée ni quelconque fenêtre. De petites ouvertures destinées à l’observation et à l’envoi de projectiles ? Non plus. Comble de mystères donc ! 

Contre l’hypothèse raciste soutenue par les premiers historiographes européens s’élève celle d’Henry Labouret, relativement plus crédible. Se fondant sur des sources muettes (céramiques et objets en bronze ramassés à l’intérieur des ruines), cet administrateur colonial les imputait aux Koulango, ethnie répartie aujourd’hui à grande majorité dans le Nord de la Côte d’Ivoire (Bouna) et dans une très faible proportion dans le Sud-Ouest du Burkina, à Batié notamment. «Henry Labouret a mené des études approfondies sur les Lobi. Les résultats de ses travaux restent d’actualité. Les Koulango ont beaucoup exploité l’or de toute la région. Les données archéologiques les plus récentes renforcent la thèse Koulango», reconnaît le professeur titulaire d’archéologie de l’université de Ouagadougou, Jean-Baptiste Kiéthéga, coordonnateur, comme nous l’avons déjà dit plus haut, de l’actuelle équipe en charge du dossier d’inscription du monument sur la liste du patrimoine de l’UNESCO. De nos jours, plusieurs historiens s’accordent en effet sur la fonction de lieu de commerce ou d’extraction d’or de ces ruines du temps de leur splendeur.

1992. Alors que les arguments de Labouret prospèrent dans la communauté scientifique, survint  un cataclysme. Il a pour épicentre le village gan d’Obiré (à seulement trois kilomètres des ruines). L’onde de choc se propage jusque dans les laboratoires d’archéologie de Ouagadougou. D’anciennes certitudes vacillent.

Au départ, certains  la regardaient avec condescendance en train de se noyer dans cet océan de  mystères que sont les ruines et où elle n’aurait pas dû  s’aventurer. Désormais, la religieuse française fait peur. Anthropologue, chercheur, fondatrice du musée des civilisations du Sud-Ouest à Gaoua, l’étude des us et coutumes du pays lobi a constitué l’essentiel de la vie de  Mlle Madeleine Père (décédée en 2002, elle a été enterrée dans la cour du centre d’accueil de jeunes de Gaoua, dont elle était encore la fondatrice). Au terme de plus de quarante ans de recherche,  Bimbor, nom d’emprunt qui ne la quittera plus jamais et qui  signifie «bon cœur» en langue lobiri,  publiait en 1992 son livre mémorable intitulé : «Vers la fin des mystères des ruines du lobi». Dans cet ouvrage, l’icône lobi attribue la paternité des ruines aux Gans.  Et elle n’en démord pas. Mieux,  à peine un dossier  de financement pour un travail de fouille archéologique est-il bouclé par un groupe d’universitaires que Mlle Père, tel un franc-tireur, surprend de nouveau par un coup de salve. Dans une autre publication, elle clame la fin des mystères des ruines de Loropéni. «Les Gans  en sont [les constructions] bel et bien les auteurs», écrit-elle. Une position  qui rejoint celle de Gans, dont les témoignages oraux (les seuls ?) constituent la principale force ou la grande infirmité, c’est selon, de la thèse pèriste.

Pour ces derniers en effet, la gigantesque bâtisse, aujourd’hui en ruine, a été érigée sous le règne du 9e roi gan,  Farma Tokoin, grâce à une main-d’œuvre locale, abondante et servile. Après avoir servi simultanément  de forteresse contre des envahisseurs et d’abri contre les fauves,  elles ont été abandonnées par leurs habitants suite  aux ravages causés par une étrange maladie. Et depuis cet acte, considéré comme un refus de se soumettre à la fatalité, le lieu est appelé Kpokayanga, la maison du refus. Explication rejetée par le professeur Kiéthéga : «La revendication de la paternité de l’œuvre par les Gans ne vient pas de la population en tant que telle. Elle est plutôt soutenue par un groupe d’élites, de notables. Au moment où Mlle Père effectuait ses recherches, son interprète n’était personne d’autre que le frère du roi de l’époque. En histoire cela constitue une insuffisance grave». Attisant davantage le contre-feu, il ajoute : «Il fut un moment où les gans eux-mêmes reconnaissaient être venus trouver les ruines dans la localité. Aujourd’hui, une partie de cette population réclame les ruines comme étant un chef-d’œuvre de leurs ancêtres. Il y a une sorte de montage. Savez-vous pourquoi ? La culture est devenue un enjeu capital et les revendications identitaires peuvent s’appuyer sur des éléments archéologiques». L’inexistence de chants populaires, de contes ou de proverbes dans la langue maternelle locale en rapport avec les ruines est perçue comme un élément de disqualification des Gans. «Un jour, un expert de l’UNESCO est venu  rencontrer la population dans le cadre du projet d’inscription du site dans le patrimoine mondial. Lorsqu’il a demandé à l’assistance de donner un proverbe ou une devinette qui fait allusion aux ruines, c’était le silence de mort. J’étais là et j’ai alors compris qu’il y a quelque chose qui cloche», se souvient avec regret l’abbé Lazare Somé, responsable d’un projet de préservation du site, rencontré au presbytère  de Gaoua.

Faut-il établir une relation de cause à effet entre la visite d’inspection de l’envoyé spécial de l’UNESCO et la décision de renvoi du dossier burkinabé ? «Affirmative, répond le ganian, à côté de quelques notables qui acquiescent à ses propos». Le visage rembruni, le ton plus élevé, le jeune roi lance ce défi : «De nos jours, la loi m’interdit de faire usage de la contrainte pour faire travailler mes sujets. Que ceux qui ne croient pas mon peuple capable d’un tel exploit architectural m’apportent de la main-d’œuvre servile et abondante et nous leur montrerons la preuve de notre ingéniosité». Silence total. On entend les mouches voler.

A 400 kilomètres de là, dans la capitale, Ouagadougou, une équipe de chercheurs piaffe d’impatience. Après le renvoi du dossier d’inscription du meilleur monument de notre patrimoine culturel physique par le comité du patrimoine mondial (CPM) en juin 2006 à Vilnius, capitale de la Lituanie, tout se passe comme si les premiers responsables en charge de notre culture étaient frappés d’une soudaine amnésie. Du moins en ce qui concerne les ruines de Loropéni. Depuis le regroupement des membres du nouvel équipage, le navire, dirigé par le professeur Kiéthéga, tangue avant même d’avoir pris le large. Le temps passe. Pas de moyens matériels adéquats pour les nécessaires fouilles archéologiques. Pas de véhicules. Pas d’argent. Même l’accord de financement pris par le Conseil des ministres en sa séance du 18 juillet ne connaît toujours pas le moindre début d’application. On se plaignait du retard, maintenant on redoute un second échec.  Tenir dans le premier délai, c'est-à-dire le 1er février 2008, fixé par CPM pour la réintroduction d’un nouveau  dossier relèvera d’un miracle. Reste celui de février 2009. Pourra-t-il être respecté ? Le Burkina parviendra-t-il enfin à inscrire son nom dans le club très ouvert (lire encadré 1) des pays ayant légué à l’humanité un bien culturel ? Rien ne pousse à l’optimisme. Bien au contraire, à voir la guérilla que se livrent certains gardiens des temples du patrimoine national. Depuis  le renvoie ou la débâcle de Vilnius, c’est selon, une ligne de feu sépare désormais l’actuelle coordonnateur du projet d’inscription,  le Pr Kiéthéga, de son prédécesseur,  Oumarou Nao, ancien directeur du patrimoine national. Pour celui-ci, le dossier qu’il a eu à défendre à la 30e session du CPM était des plus solides. Même s’il reconnaît que les informations ont manqué dans le résultat final, il n’en est pas moins persuadé que la décision de renvoie est un diktat orchestré par seulement trois pays, à savoir les Etats-Unis d’Amérique, Israël et l’Australie. Pire, selon Nao, des personnes ont travaillé à lui tailler des croupières. Il parle alors d’actes de sabotage perpétrés par des concitoyens. «Lors de la session du CPM, l’ICOMOS [Conseil international des sites et monuments] a expliqué dans la salle qu’au Burkina, ses émissaires ont eu à travailler non seulement avec des partenaires du gouvernement mais aussi avec des gens qui ne sont pas du même avis que l’exécutif burkinabé. Et vous savez bien qu’en Afrique, il y a des individus qui sont capables de travailler contre leur propre pays »,fulmine l’ex-patron du patrimoine national, aujourd’hui promu au rang de chargé de mission auprès du ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique. Accusé d’avoir conduit le projet sans les compétences requises, il parle d’allégations contre sa personne et ajoute que lui aussi, malgré sa parfaite maîtrise du dossier, est mis à la touche par l’actuelle équipe.

Mais vu de l’autre  côté, la débâcle de juin 2006 était prévisible : «Le premier projet a échoué parce qu’il était techniquement infirme. Par exemple, ils [Nao et ses hommes] ont tenté de faire croire que des recherches géomorphologiques avaient été menées. Je regrette de vous le dire aujourd’hui, aucun géomorphologue n’a fait partie du premier groupe de chercheurs», s’étrangle d’indignation Christophe Dia Sanou, géomorphologue à l’Université de Ouagadougou (UO), membre de l’écurie Kiéthéga. Et ce dernier, justement, ne fait pas dans la dentelle avec celui qui fut autrefois l’un de ses meilleurs étudiants. «Comment voulez-vous inscrire un monument archéologique sur la liste du patrimoine mondial sans la moindre étude archéologique ? Pourquoi avoir contourné le laboratoire d’archéologie de l’UO ? A la dernière minute, on a voulu que je me rende d’urgence à Vilnius pour défendre le dossier, mais j’ai catégoriquement refusé. Si on a coopté des amis au détriment des compétences réelles, je me garde d’être comptable d’un désastre pourtant prévisible», n’en finit pas de s’offusquer le doyen Kiéthéga, révélant, dans la foulée, avoir vécu toutes les misères au sujet des mystérieuses ruines de Loropéni. Le dernier «incident» en date  (Lire encadré 2) en serait-il la parfaite illustration ?

 

Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga du 3 octobre 2007

 

Encadré (1)

Le patrimoine mondial en bref

 

A la date du 25 septembre 2007, la liste du patrimoine mondial comporte 851 biens culturels et naturels considérés comme ayant une valeur universelle exceptionnelle.

Cette liste comprend 660 biens culturels, 166 naturels et 25 mixtes répartis dans 141 pays.

Depuis octobre 2006, 184 Etats  ont ratifié la convention du patrimoine mondial.

33 pays africains figurent dans le club des pays ayant légué un ou plusieurs biens à l’humanité.

En Afrique occidentale, il y a :

- Bénin (1 bien)

- Côte d’Ivoire (4 biens)

- Ghana (2 biens)

- Guinée (1 bien)

- Mali (4 biens)

- Niger (2 biens dont le parc national W)

- Nigeria (2 biens)

- Sénégal (5 biens)

- Togo (1 bien) 

                                                A. St. R.

                                            Source : Internet

 

Encadré (2)

 

Fermeture du bureau du Pr Kiéthéga

Ceci explique-t-il cela ?

 

Depuis le mercredi 26 septembre 2006 aux alentours de 17 heures, le professeur Jean-Baptiste Kiéthéga n’a plus accès à son bureau de DPE/CAMES dans l’enceinte de l’université de Ouagadougou. Un local qui lui a été affecté en tant que directeur de la promotion des enseignants et des relations avec le CAMES (DPE/CAMES). Après sa démission volontaire en juillet dernier, il a toujours gardé les clés en attendant son remplaçant pour la passation de service. C'est là une expulsion quasi manu militari, puisque, à entendre la victime, c’est au téléphone et sans préavis qu’elle a été sommée par le vice- président de venir lui remettre les clés du bureau. Au-delà de la manière «cavalière, insultante et scandaleuse», comme le dénonce le doyen Kiéthéga à travers des correspondances adressées à son ministre de tutelle et aux différents directeurs des UFR et instituts, se pose une autre circonstance, tout aussi troublante : la date de l’incident. Le retrait subit des clés est intervenu seulement  vingt-quatre heures après notre entretien avec l’archéologue sur les ruines de Loropéni, objet du présent grand reportage. Simple coïncidence ou relation de cause à effet ? En tout cas, le professeur penche pour la seconde hypothèse. Lorsqu’il nous fait appeler dans son bureau de professeur d’archéologie le lendemain de son « humiliation », M Kiéthéga se montre d’abord prudent. « Je n’ai pas de preuves formelles pour établir un lien entre l’interview que je vous ai accordée et l’incident qui vient de se passer. Mais j’ai de la peine à croire à une simple coïncidence », avoue-t-il. Et devant notre grand étonnement, il ajoute : « Savez-vous que des membres de l’ancienne équipe qui a géré le premier dossier d’inscription des ruines sur la liste du patrimoine mondial ont su que vous êtes passé me voir » ? Fait-il allusion à Oumarou Nao, celui-là même qui a dirigé le premier dossier d’inscription renvoyé par l’UNESCO ? En tout cas, lorsque nous l’avons rencontré à son tour, au ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, où il occupe actuellement le poste de Chargé de mission, Nao nous a fait savoir qu’il était au parfum de tous nos faits et gestes concernant le reportage : «Je sais qui et qui vous avez rencontré. Ouaga est petit», m’a-t-il lancé. Coup de bluff ou aveux sincère ? Mystère à la dimension de celles des ruines de l’Oropéni.

A. St. R.

L’Observateur Paalga du 3 octobre 2007



03/10/2007
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