L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Corruption et racket : L'hôpital de Koudougou mis à l'index

Corruption et racket

L'hôpital de Koudougou mis à l'index

L'hôpital de l'amitié de Koudougou est en passe de détenir le record du racket et de la corruption au Burkina. C'est le constat de cet observateur apparemment bien informé qui, dans cette lettre ouverte au Premier ministre, tire la sonnette d'alarme.

Je tiens avant toute chose, à rendre grâce à Dieu pour votre arrivée à la tête du gouvernement du Burkina Faso. J’adresse à votre honneur toutes mes félicitations pour avoir mérité la confiance du chef de l’Etat. Depuis votre arrivée, vous n’avez cessé de prôner la rupture avec les anciennes pratiques, surtout rétrogrades, qui se confondaient aux mœurs des Burkinabè. Et pour joindre l’acte à la parole, des gestes qui doivent être salués à juste titre ont été posés, et cela vous a sans doute permis de marquer des points. C’est par exemple la saisie par votre institution, l’Inspection générale d’Etat (IGE), en fin septembre dernier, de près de 200 véhicules "fond rouge" et la mise aux arrêts de ceux qui roulaient en dehors des règles édictées. Un geste qui, pour l’instant, corrobore votre volonté de bien faire et de mettre tous les Burkinabè sur un pied d’égalité. C’est dans cette optique que je viens par la présente attirer votre attention sur un mal qui, devenant de plus en plus pernicieux, prend en otage l’intégrité de notre pays le Burkina Faso. Ce mal, c’est ce virus de la corruption qui gangrène le Burkina Faso. Tenez ! Le récent rapport de Transparency International tombé en octobre dernier, a classé le Burkina Faso dans un rang qui est loin de l’honorer. Sur 179 pays qui ont fait l’objet d’enquêtes, le Burkina se hisse au 74e rang des pays les plus corrompus au monde avec 2,9 points sur 10. Le Burkina Faso, pays pauvre (dit-on), pays très endetté, pays enclavé et sans ressources minières considérables, pays dont l’agriculture est tributaire des caprices de la nature, classé 3e pays le plus pauvre au monde, et dont l’économie est sous perfusion parce que comptant la plupart du temps sur l’aide extérieure, passe pour devenir le carrefour de toutes les formes de corruption. Sans prétendre à l’exhaustivité, voilà autant de clichés que le pays des hommes intègres traîne. Cela me donne la chair de poule. Rang inquiétant quand on sait que l’on ne fait que s’enfoncer davantage dans la zone rouge, dite endémique. Et on constate que depuis des années, le Burkina n’a fait que décupler ses forces et énergies pour une course sans merci vers la plage de la corruption. Amer constat ! Mais ce n’est pas du tout étonnant, pourquoi ? Eh bien, parce que la corruption est perceptible de nos jours partout dans le pays des hommes intègres. Dans les administrations publiques, tout comme dans les collectivités locales elle semble devenir la chose au Burkina la mieux partagée et la plus normale. Ça se voit, dans les passations de marchés, dans le traitement de certains dossiers, en passant par les grandes constructions en travaux publics, des affaires communément appelées "deals" se tissent derrière. Cela se traduit par la surfacturation des différentes matières à payer. Conclusion, si une infrastructure (scolaire de 3 classes par exemple) devait s’évaluer à une somme de 15 millions au prix normal, il faudra la multiplier par 2 ou 3 parce que c’est ainsi. C’est dans le pays des hommes intègres que l’on trouve des routes construites à coûts de milliards pour juste un usage de quelques années, voire quelques mois. Chaque année, les examens et concours de la Fonction publique, censés offrir des chances égales à tous les candidats (riches comme pauvres), sont émaillés de fraudes et de tricheries sans que les vraies responsabilités ne soient situées. Chose dangereuse, car si ceux qui vont gérer le Burkina de demain commencent par la fraude, quelle dignité ce pays aura-t-il ? D’autre part, combien de maires et conseillers vaquent toujours à leurs occupations alors que ceux-ci traînent toujours des dossiers de parcelles partagées ou distribuées selon leur goût à qui ils veulent sans en être inquiétés ?

Rompre avec l'impunité

Pour un souci de crédibilité, il y a lieu de rompre avec cette impunité criarde et situer les vraies responsabilités pour que justice soit faite. C’est cette culture d’impunité qui élargit progressivement le nid de la corruption. Une sorte de laisser-aller qui ouvre le boulevard à toutes sortes de comportements malsains dans nos services publics. Pour justifier un acte hideux, d’aucuns n’hésitent pas à dire que ceux qui sont en haut (nos autorités) sont les plus grands voleurs, donc pires (ont-ils raison ou tort ? Je ne saurai répondre à cela). C’est ainsi qu’on devient mauvais citoyen quand, pour se venger des erreurs des autres, on agit doublement dans le même sens qu’eux. La victime d’un délit ne peut justifier son préjudice en commettant à son tour un autre délit. Le virus de la corruption ne connaît plus de frontière ni de barrière à tel point que même les structures à rôle social comme les services de santé et les hôpitaux sont depuis des années infectées par des démons de corruption et surtout de racket de tout genre.

C’est justement sur ce volet de racket dans les hôpitaux que je vais beaucoup m’apesantir. Nos hôpitaux, de nos jours, ne sont plus fréquentables pour les pauvres, car ils ont perdu leur notion d’hospitalité. De l’hôpital Yalgado en passant par les autres structures de santé, il faut désormais glisser des sous pour pouvoir bénéficier d'une consultation, sans tenir compte des soins, des ordonnances et autres frais d’hospitalisation. L’hôpital de Koudougou n’est pas en marge de cette réalité. Le racket des malades semble devenir le sport favori de certains agents de santé dans beaucoup de services. Il y a lieu, Monsieur le Premier ministre, de prendre des mesures coercitives et donner un tour de vis contre ces pratiques dans nos hôpitaux qui ne font que prendre de l’ampleur. Des personnels de santé, tellement avides d’argent, ne tiennent même plus compte de la position sociale de certains malades ou accompagnants. Profitant de l’analphabétisme ou de l’ignorance des malades, ces agents de santé sont prêts, sans honte ni pitié aucune, et piétinant les règles déontologiques, à monter souvent les enchères et retirer l’argent de ces pauvres qui se trouvent souvent à l’article de la mort. Ces derniers, victimes de racket, se trouvent confrontés, après l’acte fait, à un autre problème à savoir, comment payer les ordonnances ou les frais d’hospitalisation. Et pour y remédier, ces mêmes agents de santé, sans vergogne après les avoir dépouillés, réfèrent ces malades au service social du CHR pour y trouver une solution.

Un cas pratique parmi d'autres

Et pour vous prouver cela, je m’en vais vous citer un cas pratique parmi tant d’autres. Un jour du mois d’octobre 2007, un père amena son enfant Y. A. au CHR de Koudougou pour un problème d’appendicite. Ce malade devrait, en temps normal, être opéré en chirurgie, l’appendicite étant l’apanage de cette dernière. Un attaché de santé en service en gynéco le reçut et lui proposa de l’opérer mais à condition qu’on lui verse 40 000 F (le prix normal est de 10 000 F). Le père, soucieux de la santé de son enfant accepta. L’opération fut faite en catimini, sans passer par la voie normale (payement à la caisse). Après l’opération, le père retourna avec son enfant chez lui trois jours après, et le règlement de ladite somme eut lieu un peu plus tard. Une dizaine de jours après l’intervention, le père revint avec son enfant pour cause de complications. Cet agent de santé trouva ce cas assez sérieux et les renvoya en chirurgie. La chirurgie à son tour, après avoir fait faire la radio (qui lui coûta 9000 F), détecta une occlusion et refusa dans un premier temps, car jugeant que la complication provient de l’opération initialement faite en gynéco. Une façon de dire à ceux qui ont fait cette opération de terminer le boulot qu’ils ont commencé. Voyant le mauvais état de son enfant, le père entreprit des négociations pour qu’on accepte de reprendre l’intervention chirurgicale. La chirurgie accepta en fin de compte, mais lui réclama sur place la somme de 40 000 F. Et au père de dire qu’il n’a plus rien car on lui a déjà pris lors de la dernière opération la somme de 40 000 F. Niet catégorique. C’est devant ce refus qu’il se rendit au service social où il obtint une exonération de 50% qu’on accorde aux cas sociaux pour avoir le kit opératoire qui fait 40 000 F au total. Reparti en chirurgie, on lui réclama, non le kit, mais les 40 000 qu’on lui avait au départ demandés. Complètement désespérés et éberlués, ce père et son pauvre malade ne comprirent plus rien. Devant l’intransigeance de la chirurgie sur les 40 000 F sans lesquels aucun soin ne sera donné au malade, le père fut obligé de rentrer en ville implorer d’autres personnes afin que son souffrant obtienne gain de cause. Il parvint contre vents et marrées et des ronces d’enfer, à avoir cette somme et revint des heures plus tard le visage complètement effaré et désorienté. Et c’est alors que son malade fut réopéré. En fin de compte ce père, pauvre cultivateur et sans autres ressources, dépensa plus de 200 000 F au total, y compris les coûts des produits. Son enfant Y. A. allait mourir sans soins, n’eut été l’intervention de certaines bonnes volontés. Appauvris jusqu’aux ongles par ces temps de vaches maigres, ils retournèrent piteusement chez eux comme s’ils étaient les artisans de leur malheur. Voilà les tristes sorts que subissent les pauvres ; toute chose qui anticipe leur mort. Et Dieu seul sait combien en sont morts dans des circonstances similaires. Concernant les kits, la question à se poser est la suivante : Où ont-ils eu le kit pour opérer le malade, du moment où ils ont rejeté celui exonéré au service social ? La tentative de réponse est la suivante : de deux choses l’une, soit c’est le reste des kits de certains malades, ou bien ça provient des dotations hebdomadaires que l’hôpital donne pour les cas d’urgence.

Dans leur cupidité exacerbée, il est arrivé souvent qu’ils imposent des sommes astronomiques (comme dans des cliniques privées) à certains malades, des montants que l’on ne retrouve dans aucun hôpital public au Burkina pour une opération. C’est par exemple le cas patent d’une personne S.O. qui amena en mi-octobre 2007 son père, un septuagénaire, pour une opération de prostate en chirurgie. On lui taxa la somme de 180 000 F pour la seule opération sans compter les ordonnances. Pourtant, l’opération d’une prostate est de 30 000 F en temps normal. Celui-ci essaya de négocier pour qu’on réduise le montant, mais en vain. Ne pouvant faire autrement, il quitta le CHR et décida d’aller faire opérer son père au CMA de Nanoro. C’est là-bas qu’il eut gain de cause avec 60 000 F le tout, y compris les médicaments, la prise en charge et le séjour.

Des cas pareils de racket ne constituent que la partie émergée de l’iceberg, car ils sont visibles légions et éparpillés que l’on ne sait plus qui est qui dans ce CHR appelé hôpital de l’Amitié. Il en résulte de cela que les vendredis, en chirurgie, des agents de ce tristement célèbre d’hôpital se partagent des liasses d’argent (bien sûr parce que la caisse noire du service est pleine). Dans d’autres services également, la simple prise de voie veineuse fait payer au malade ou à l’accompagnant la somme de 3 000, ou même 5 000 francs, alors que le prix normal est de 1 100 francs.

Le phénomène s'est banalisé

Le CHR de Koudougou est en passe de prendre la tête du hit parade dans le domaine du racket au Burkina Faso. Que l’on ne s’étonne pas du train de vie au-delà des réalités du capital salaire de certaines personnes du CHR. Je me demande si ces racketteurs de tout poil, ces agents sangsues, ont encore la conscience que l’argent qu’ils empochent illicitement ne provient que de la souffrance des pauvres. Des pauvres dont le seul tort est d’être tombés malades à Koudougou ou d’être référés à l’hôpital de l’Amitié. Le phénomène de racket est devenu tellement banal et ostensible dans ce CHR à telle enseigne que ces racketteurs qui n’ont jamais assouvi leur boulimie d’argent, poussent l’outrecuidance jusqu’à l’extrême. Car ils ont le toupet de faire leur basse besogne même sur d’autres agents du CHR. Quelle impudence ! C’est pour dire à quel point le mal est devenu pernicieux. C’est avéré, tous les moyens sont aujourd’hui bons pour s’enrichir dans le pays des hommes intègres, même s’il faut assassiner sa conscience ou vendre son âme au diable. C’est également au CHR de Koudougou que l’on retrouve quelque médecin incompétent, réputé célèbre racketteur, qui retire 5 000 ou souvent 10 000 F pour juste une consultation alors que le prix normal de la consultation d’un médecin généraliste est de 1 500 F. En plus, ce médecin a été pris en flagrant délit dans de vilaines et ignobles affaires inimaginables et dans de sordides scènes obscènes. Le pire de tout ça, c’est que celui-ci prescrit aux malades des produits contre-indiqués. Décidément on va voir de toutes les couleurs à Koudougou. Mais cela n’est pas normal ! On ne peut pas comprendre que des honnêtes personnes travaillent avec probité pour le bien commun de tous pendant que d’autres rackettent les malades pour ensuite aller se la couler douce sans que quelque chose ne soit fait. Pourtant, ce ne sont pas les textes interdisant ces pratiques qui manquent. La loi n° 013/98/AN du 28 avril 1998, portant régime juridique applicable aux emplois et aux agents de la Fonction publique stipule en son article 19, je cite : « Les agents de la Fonction publique ne doivent en aucun cas, solliciter ou accepter des tiers, directement ou par personne interposée, des dons, gratifications ou autres avantages quelconques pour les services qu’ils sont tenus de rendre dans le cadre de leurs fonctions ou en relation avec celles-ci ». Cette disposition est claire et on n’a point besoin d’explication pour en décrypter le sens. A cela s’ajoutent les serments que tout un chacun a eu à prêter devant les hommes, devant l’histoire et surtout devant Dieu, de servir avec honnêteté et intégrité la nation. Je m’en vais pour cela rappeler le serment d’Hippocrate auquel tout agent médical est astreint avant l’exercice de ses fonctions : "En présence des maîtres de cette école et mes chers condisciples, je promets et je jure, au nom de l’Etre suprême, d’être aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la médecine. Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et je n’exigerai jamais de salaire au-dessus de mon travail". Texte de serment qui ne souffre d’aucune ambiguïté. Tous ces textes manquent certainement de la rigueur dans leur application. C’est bien dommage et écœurant quand on se rend compte que cette pratique de racket se perpétue dans les hôpitaux qui sont pourtant des centres de références et surtout structures sociales par essence. Que l’on ne s’étonne donc pas du rang moins honorable qu’occupent les hôpitaux et autres structures de santé dans le dernier rapport du RENLAC sur l’état de la corruption au Burkina Faso. Il faut agir vite car l’intégrité des professionnels de santé se trouve fortement écorchée et l’image de marque de l’hôpital est dors et déjà salie.

Sur le plan purement financier, ces pratiques impropres ont pour conséquences la faiblesse du recouvrement des fonds, entraînant de ce fait la baisse des performances de l’hôpital et la modicité des ristournes. Actuellement, l’économie du CHR est sur la corde raide et il est arrivé des temps où la pharmacie de l’hôpital s'est trouvée quasiment vide. Concernant le niveau des recettes, les statistiques sont là pour nous en dire plus. Selon le document rapport de gestion du CA du CHR Koudougou à l’AG des Sociétés d’Etat exercice 2006, en 2003, le taux de recouvrement des recettes de l’hôpital avait atteint 97,22% ; en 2004, avec une baisse sensible ce taux descendit à 81,41% ; en 2005 il tomba à 63,26% et en 2006 à 53,56% avec un écart de 80 238 746 F de recettes prévues au budget non recouvrées.

Pour l'année 2007

Pour cette année 2007, la tendance actuelle n’est pas à l’optimisme et n’augure pas de bonnes perspectives. Lors de l’atelier de validation du plan d’Action 2008, il est ressorti que les recettes recouvrées au 30 septembre 2007 (à seulement 3 mois de la fin de l’année) s’élèvent à 59 617 098 FCFA pour une prévision de 191 625 000 F soit 31,11%. Si rien ne change et si cette tendance au decrescendo se poursuit, on se demande si les recettes atteindront 80 millions cette année (ce qui n’atteint même pas la moitié) ; chiffres d’ailleurs qui sont largement en deçà des attentes, ce qui démontre une chute vertigineuse. De façon générale, les taux de recouvrement connaissent des régressions très sensibles depuis 2004. Voilà un tableau tristement noir pour un hôpital qui se veut centre de référence. Dans d’autres hôpitaux du Burkina, le personnel bénéficie du 13e mois à la fin de chaque année, mais au CHR de Koudougou, en dépit des multiples potentialités, le personnel n’en a jusque-là pas bénéficié. Tout cela par la faute de certaines personnes sans scrupules, prêtes à sacrifier l’intérêt général au profit de leurs intérêts égoïstes et partisans. Je donne ici pleinement raison à Victor Hugo quand il disait : "C’est dans l’enfer des pauvres qu’est né le paradis des riches". C’est donc sur la douleur des souffrants, sur le sang des malades, sur le dos des pauvres et la misère des miséreux que certaines personnes vampires bâtissent leurs fortunes et construisent leurs villas. Ils n’ont qu’à savoir tout de même, que tout se paie ici-bas. Ce qu’un homme aura semé, il le récoltera aussi, tôt ou tard. Chaque chose ayant son temps, ils se retrouveront un jour devant le tribunal de l’histoire, et là, ça sera fatal. Que ceux qui se sentent morveux se mouchent !

Monsieur le Premier ministre, c’est vrai que l’une des causes de la corruption, c’est que les salaires sont minables dans un Burkina où tout est cher. Mais comment d’ailleurs peut-on voir les salaires évolués si certains empochent des sommes illicitement sans que rien ne soit fait ? Après, ce sont eux qui vont crier que la vie est chère pendant qu’ils rendent la vie infernale aux autres. Quelle hypocrisie ! L’insuffisance du salaire ne saurait d’ailleurs justifier ce racket à grande échelle, car la plupart des grands racketteurs sont ceux-là même qui ont les salaires les plus élevés. On se rend finalement compte que, si pour une minorité de gens l’hôpital de Koudougou est la caverne d’Ali Baba, l’eldorado, pour certains,les pauvres en tête, c’est un enfer à peine supportable, vu les conditions indicibles dans lesquelles ils croupissent.

Monsieur le Premier ministre, lors de votre discours devant l’Assemblée nationale, vous avez dit que vous voulez “l’homme qu’il faut à la place qu’il faut”. Mais sous nos tropiques, bien que leur compétence ne souffre d’aucun débat, il faut tout de même reconnaître qu’on a des racketteurs de toutes les couleurs à la place d’hommes véritablement intègres. Vous avez ensuite dit ceci, je cite « notre destin nous appartient si nous gardons confiance en nous-mêmes et si nous plaçons l’intérêt de la nation au-dessus des égoïsmes et des sectarismes ». Et pour donner force à tout cela, vous avez réitéré votre engagement à combattre la corruption et ses corollaires de toute votre force. Vous avez insisté que vous veillerez surtout à “ la sanction systématique des gestionnaires indélicats (ndlr)” tout en ajoutant que “même si les promesses des politiciens suscitent du scepticisme, sinon de la méfiance” moi (Premier Ministre) je tiendrai parole. Alors, partant de là, il ne vous reste qu’à joindre l’acte à la parole. Voilà un cas concret, parmi plusieurs, qui devrait amener à sévir, car personne, oui personne n’a le droit de spolier, de racketter les malades en toute impunité. Prouvez, Monsieur le Premier ministre, que la bonne gouvernance qui est devenue le leitmotiv de votre gouvernement n’est pas un vain mot. On n’a pas besoin d’un RENLAC, d’une Haute Autorité de Lutte contre la Corruption ou d’une Commission Nationale d’Ethique pour endiguer la corruption, si ceux qui sont à la tête de ce pays donnent l’exemple. J’ai longtemps nourri l’espoir que ça va changer, mais je me rends compte au contraire que ça va de mal en pis, et rare sont ceux qui lèvent le petit doigt dénonciateur, pourtant nous sommes tous gestionnaires et co-gestionnaires de cet hôpital. Raison pour laquelle j’ai pris ma plume pour dénoncer cette corruption anémique dans nos cités. Je l’ai fait car je ne peux être témoin muet ou rester de marbre face à ces pratiques qui renient la déontologie et poignardent notre intégrité. Regarder sans alerter est synonyme pour moi de connivence avec les racketteurs ; cela me rend plus coupable que victime. C’est pour cette raison que, trop étant trop, je suis sorti de cette omerta, ce silence complice et coupable. Je refuse ce silence, car pour moi le silence est le meilleur allier de la corruption.

A vous de jouer, M. le Premier ministre !

Monsieur le Premier Ministre, moi j’ai joué ma partition en levant un coin du voile, et ma responsabilité est dorénavant dégagée. Je peux désormais dormir du sommeil du juste. Vous avez tous les moyens nécessaires pour vérifier l’exactitude de mes propos. Les institutions de lutte contre la corruption citées en haut (RENLAC…) peuvent aussi venir et constater de visu le phénomène. Alors, à vous maintenant de jouer votre partition. L’essentiel est que le Burkina Faso, pays des hommes intègres, puisse retrouver son lustre d’antan et rattraper son intégrité qui s’effrite de jour en jour. Si le Burkina veut sortir des mauvais classements de Transparency International, alors il faut rompre avec cette politique de l’autruche et agir véritablement. C’est à ce prix que vous rétablirez la justice entre tous les Burkinabè, car nul n’est au dessus de la loi. Il n y a pas raison que les uns travaillent honnêtement pendant que les autres volent. Si l’économie du Burkina est aujourd’hui chancelante, c’est dû en grande partie à cette corruption. Pour en venir à bout, il urge donc de faire quelque chose. Vous le pouvez si vous le voulez bien.

Monsieur le Premier ministre, je ne me fais pas d’illusion quant à la réaction hostile de certaines personnes qui se sentiront concernées par cet écrit. Je sais qu’ils pourraient tenter de me mettre hors d’état de nuire pour la poursuite de leurs intérêts parce que je leur paraîtrais gênant. Cela pourrait se traduire par différentes méthodes dissuasives à savoir, une éventuelle affectation, le refus de prendre en charge un malade qui aurait des liens avec moi ou le refus pur et simple de me prendre en charge en cas de maladies nécessitant leurs compétences. J’en suis conscient et cela me trouble parfois. Mais, me confiant en Dieu, je n’en fais pas un objet de hantise au point de me taire, et j’ai encore foi aux institutions de cette république qui est notre République à tous. J’ai également foi en vous, en votre détermination à ordonner ce qui constitue un désordre et j’en suis croyant. Pour cela, je vous prends donc, ainsi que la nation entière, à témoins.

Monsieur le Premier ministre, j’ai été suffisamment long et même très long, mais pour être plus explicite, je crois que le jeu en valait la chandelle. La profondeur d’un puits nécessite une longue corde. J’ose croire que les récoltes répondront à la promesse des fleurs. Je vous prie de recevoir mes encouragements les plus sincères et mes salutations les plus respectueuses.

Que Dieu bénisse le Burkina Faso ! SHALOM !

Bouabani Jonathan TOMPOUDI

A Koudougou

Email : tobojo1@yahoo.fr

Le Pays du 21 novembre 2007



20/11/2007
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