L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Danger à l'horizon (Vie chère au Burkina)

Vie chère au Burkina

Danger à l'horizon

 

Le thème de la vie chère est devenu, notamment depuis quelques temps, un des sujets les plus constants de discussion et de préoccupation pour les Burkinabè de la ville et de la campagne. Ils s'en plaignent avec de plus en plus d'exaspération. A raison, beaucoup plus qu'à tort : chaque jour, pratiquement, ils observent (ou plutôt : ils subissent), à leur grand désespoir, l'envol irrépressible des prix de tous les produits dont ils ne peuvent pas se dispenser. Et rien, à l'horizon, ne permet de prévoir quand (ni même si) cette tendance haussière prendra fin. Et, bien entendu, à mesure que montent les prix, monte aussi l'inquiétude du citoyen et donc le mercure social.

Il est temps d'examiner la question et d'agir en laissant s'exprimer la raison, le sens du possible et du nécessaire. Il y a belle lurette que les syndicats en ont fait un thème de mobilisation ; ils sont dans leur rôle. Le moins que l'on puisse attendre des pouvoirs publics, c'est de répondre à l'attente des populations, qui est, à juste titre, si pressante.

Certes, il n'est pas contestable qu'il s'agit là d'un problème qui est loin d'être spécifique au Burkina. Il est lié à des événements internationaux comme la flambée du prix du pétrole, la hausse vertigineuse des prix des produits agricoles comme le blé ou le maïs, liée, en partie, au fait que ces cultures ont été quelque peu délaissées au profit de celle que la mode du biocarburant a rendu plus rentable, en partie aussi aux dérèglements climatiques et à l'augmentation de la demande (conséquence mécanique de l'augmentation de la population mondiale). Dans l'univers mondialisé, les problèmes qui se posent dans les pays riches s'exportent naturellement dans les pays pauvres. La flambée des prix n'est donc pas un problème particulier à notre pays. On sait ainsi qu'en France, la question du pouvoir d'achat est l'un des premiers écueils sérieux sur lequel achoppe le volontarisme de Nicolas Sarkozy qui avait laissé croire aux Français qu'il lui suffisait de vouloir pour pouvoir. Il a dû lui-même, dans un show médiatique récent, avouer son impuissance à être, pour le moment, le "président du pouvoir d'achat, comme il l'avait promis pendant la campagne présidentielle.

D'autre part, nous sommes dans un régime d'économie libérale, le seul qui soit en odeur de sainteté dans l'arène internationale. En cohérence avec cette orientation, les prix ont été libéralisés : ce sont, essentiellement, les mécanismes du marché qui président à la fixation des prix. L'Etat, lié d'ailleurs par divers engagements internationaux, ne peut pas intervenir dans un domaine qui doit être régulé exclusivement par les lois implacables de l'économie de marché. Du reste, dans un monde globalisé, que peut encore un Etat, et surtout un Etat africain, quand il a fini de gesticuler sur des questions tout à fait marginales ?

Tout cela peut être dit. Toutefois, on doit reconnaître que le libéralisme ne peut pas tout expliquer. D'abord de quel libéralisme veut-on parler ? Il est fréquent d'entendre les Etats européens, même après avoir lié leur sort dans une union économique, prôner un patriotisme économique pour défendre leurs intérêts nationaux. On sait que les Etats-Unis, le chantre du libéralisme, font de cette idéologie une arme économique : ils s'en servent pour dérégler et désintégrer les marchés des autres pays de telle sorte qu'ils soient à la merci de leurs entreprises ; à l'intérieur, l'Etat intervient pour fixer des règles, distribuer des subventions, protéger les intérêts américains. Pourquoi serions-nous, nous, enchaînés à un libéralisme dogmatique ? Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi faire preuve de pragmatisme ? Faut-il sacrifier des populations déjà éprouvées par une saison agricole catastrophique sur l'autel de l'idéologie libérale ?

Les révoltes de la faim sont des exemples que l'histoire exhibe aux yeux des dirigeants africains comme des avertissements sans frais. "Viima ya kaanga" est devenu la phrase la plus ritualisée des conversations au Burkina. Et tout le monde approuve le groupe musical qui chante : "Tout augmente... sauf le salaire des fonctionnaires".

Et on assiste à une banalisation de la hausse : les prix augmentent comme un fait tout à fait banal. Et la hausse incite à la hausse : on augmente ses prix non seulement parce que l'on doit soi-même faire face à la hausse générale (même si son prix de revient reste constant), mais aussi pour profiter du climat de hausse. Dans ces conditions, le consommateur est livré à lui-même ; il se sent abandonné. Par l'Etat qui s'en lave les mains. Et par les associations de consommateurs dont le cahier de charges concerne la qualité des produits.

Or, le premier devoir de l'Etat est d'assurer la sécurité des citoyens. Et la sécurité alimentaire est, on en conviendra facilement, l'un des plus primaires. Cela signifie que l'Etat doit mettre un point d'honneur à mettre les produits à la disposition des citoyens, ce qui implique à la fois l'approvisionnement et l'accessibilité. Autant c'est grave quand les magasins sont vides, autant c'est grave quand le citoyen salive en vain devant des magasins bien achalandés. Ceux qui gouvernent doivent donc prendre conscience de toute l'étendue de leurs responsabilités.

Une chose sur laquelle on pourrait commencer à réfléchir, c'est à alléger le poids des taxes qui pèsent sur le matériel agricole étant donné que les produits agricoles constituent, comme on le sait, des produits de première nécessité. Ne peut-on pas raisonnablement penser qu'un allègement des charges fiscales dans ce domaine, constitue une mesure à la portée de notre gouvernement, et à même de produire des effets modérateurs sur la hausse des prix des céréales ?

Il n'est pas non plus excessif de demander aux pouvoirs publics d'insister sur la nécessité de réfréner les appétits des distributeurs dont on dit qu'ils s'entendent pour fixer des prix qu'ils imposent ainsi aux consommateurs, contournant de ce fait la loi de la concurrence. Si les autorités publiques tardent à le faire, elles accréditeront l'idée de collusion entre pouvoir politique et puissances économiques dans notre pays. Elles porteront une grave responsabilité parce que l'enchérissement du coût de la vie a d'énormes conséquences désastreuses pour le pays. Il pousse les populations vers des produits bon marché mais de mauvaise qualité : ce qui est désastreux pour l'environnement, dangereux pour la santé et ruineux pour les économies des citoyens parce que ceux qui achètent des produits bon marché mais de mauvaise qualité paient, en fin de compte, le plus. L'augmentation du coût de la vie plombe la consommation ; elle piège les efforts pour promouvoir le développement. Enfin, elle fait le lit des révoltes de populations qui ne veulent pas mourir. Et cela, les autorités seraient bien inspirées d'en avoir grande conscience.

 

Le Pays du 31 janvier 2008



30/01/2008
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