L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Déchets toxiques en Côte d'Ivoire

                       Situation en Côte d'Ivoire

           Il ne manquerait plus que les déchets toxiques !

 

La situation qui prévaut en Côte d'Ivoire va de mal en pis. C'est le moins que l'on puisse dire. A croire que ce pays végète sous l'emprise de mauvais djinns, décidés à ne pas lui accorder un seul instant de répit.

 

Alors qu'on peine toujours à éteindre le feu de la crise militaire et politique déclenchée en septembre 2002, et qu'on a du mal à faire taire durablement les armes, voici qu'un autre front, non moins meurtrier, vient de s'ouvrir et se révèle encore plus dangereux, car frappant dans le tas sans se soucier de l'appartenance politique (pro-Gbagbo, pro-Houphouëtistes ou pro-Forces nouvelles) ou ethnique (Dioula, Bété, Baoulé,...) de la victime. Il s'agit des tonnes de déchets toxiques déversés en fin août 2006 sur plusieurs sites d'entassement des ordures à Abidjan.

 

Selon la presse ivoirienne, ces déchets auraient été déversés, dans la nuit du 19 au 20 août 2006, par le Probo koala, «un navire affrété par une société immatriculée aux Pays-Bas». A ce jour, on ignore l'identité précise de ceux qui ont acheminé le navire et ceux qui l'ont affrété ainsi que le contrat qui les liait aux autorités ivoiriennes.

 

On imagine tout de même que si la perle des lagunes a accepté d'être ainsi souillée, c'est qu'elle a reçu une contrepartie en nature ou en espèces toute aussi consistante. Là-dessus, les journalistes ivoiriens spéculent sur des montants plus que faramineux allant de 14 à 40 milliards FCFA.

 

Dans ce cas, qui a donc empoché ce pognon de la mort ou encore qui a bénéficié de quoi dans tout ça ? L'Etat ? Un dignitaire du pays ? Mystère et boule de gomme pour l'instant. En tout état de cause, il importe de mener les enquêtes à terme et de sanctionner comme il se doit en bonne démocratie même caféière ou cacaoyère, toute personne qui serait mouillée ignoblement dans cette funeste affaire.

 

En attendant d'élucider tout cela, Abidjan a déjà commencé à compter ses morts et ses centaines de personnes intoxiquées pour avoir inhalé ces substances toxiques répertoriées pour l'heure sur 9 sites. Les hôpitaux ne désemplissent pas et le bilan va de mal en pis, et il est à prévoir qu'il va s'alourdir au fil du temps puisque ces décharges jouxtent des zones résidentielles. A en croire les spécialistes de la chose, ces déchets toxiques seraient issus d'hydrogène sulfureux et d'organo-chlore, qui provoquent vomissements, éruptions cutanées, malaises, diarrhées, maux de têtes…

 

Cette triste affaire vient nous rappeler le macabre épisode des années 80 lorsque, moyennant finances, des dirigeants du tiers-monde, notamment d'Afrique noire, ouvraient les entrailles de leur terre pour y recevoir des tonnes et des tonnes de déchets toxiques et nucléaires provenant des industries des pays développés.

 

Alors qu'on croyait ces temps et ces méthodes révolus à jamais, voici que cette sale affaire d'Abidjan nous en apporte un démentit massif, têtu et cinglant. C'est la preuve, si besoin est, que cette Afrique-là, pour de l'argent, est prête à tout, quitte à vendre son âme au diable.

 

Si l'Etat même se comporte de la sorte, il n'y a plus lieu de s'étonner de ce que des milliers de nos frères se ruent à bord de rafiots sommaires et précaires sur la citadelle Europe, où ils espèrent, à peu de frais, faire fortune, tout horizon étant bouché pour eux dans le «Berceau de l'humanité».

 

Aujourd'hui, c'est la Côte d'Ivoire, et qui sait demain, un autre pays. Il urge d'ameuter tout le continent, de tirer la sonnette d'alarme et d'asséner un basta intraitable face à ce phénomène renaissant. On doit ici empêcher que l'histoire, cette fois-ci, au moins, se répète, il faut bloquer son balancier.

 

On en a assez que la terre de nos aïeuls soit une poubelle ouverte où les Occidentaux viennent jeter leurs ordures, tout ce dont ils n'ont plus besoin : médicaments frelatés, friperie souillée, ordinateurs fatigués, voitures à bout de souffle, frigidaires et autres articles ménagers en quête de mouroir.

 

Autant de déchets toxiques doux que nous consommons à gogo sous nos tristes tropiques et avec insouciance, car n'ayant vraiment pas conscience des problèmes de santé et d'environnement qu'ils peuvent générer. Le tout avec ce silence coupable de nos autorités.     

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces déchets toxiques à Abidjan ont relégué au second plan le sommet de Yamoussoukro dans la hiérarchie de l'actualité ivoirienne. Cette affaire toxique, pourtant très sérieuse, apparaît ainsi comme une diversion dans le processus de la résolution de la crise que traverse ce pays.

 

C'est comme si quelqu'un a usé de ce subterfuge pour détourner ses concitoyens du combat pour la paix et les focaliser sur un autre front. Si tel était le cas, il faut dire qu'il a joué avec un couteau à double tranchant et inéluctablement, il pourrait se faire très mal, si jamais on venait à le démasquer. A croire qu'il y en a qui se complaisent dans cette situation de ni guerre ni paix au bord de la lagune Ebrié.

 

Dans tous les cas, il est plus qu'urgent de connaître les tenants et les aboutissants de cette macabre affaire qui, au-delà de la Côte d'Ivoire, interpelle tous les pays du continent, car s'agissant d'une question de santé publique, nous intéressant tous au plus haut point.

Alors, aidons les autorités ivoiriennes à débusquer ces fossoyeurs du «Berceau de l'humanité» et que leur soit appliquée la loi dans toute sa rigueur.

 

Au moment où on bouclait ces lignes, on apprenait la démission du gouvernement de Charles Konan Banny pour avoir "failli" dans la gestion de ce dossier. Preuve que les autorités ivoiriennes ont pris toute la mesure de cette nouvelle crise.

 

Le Premier ministre qui a été reconduit dans ses fonctions devra former d'ici ce soir, certainement, le nouveau gouvernement dont la tâche se trouve décuplée : résorber la crise née du coup d'Etat manqué de 2002, et celle consécutive au déversement des déchets toxiques à Abidjan.

 

San Evariste Barro

 



28/10/2006
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