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Décrochage ivoirien du CFA : Propos électoralistes ou volonté réelle?

Décrochage ivoirien du CFA

Propos électoralistes ou volonté réelle?

 

Décrocher du franc de la Communauté financière africaine (CFA) pourrait aider la Côte d’Ivoire à sortir de la pauvreté. Ce sont en substance les propos tenus récemment par le chef du parlement ivoirien himself, M. Mamadou Coulibaly. Ces déclarations intervenant dans un contexte de campagne électorale sur fond de discours grandiloquents refléteraient-elles les intentions des officiels ivoiriens ? Ballon de sonde ou pur populisme ? Sortir de la zone franc est-il viable ? Pourquoi ?

Venant du troisième personnage de l’Etat, cette prise de position laisse perplexe, car à contre-courant de tout ce qui milite aujourd’hui en faveur de l’intégration ouest-africaine. Que pourrait bien vouloir le chef des élus du peuple ivoirien ? Et quel message voudrait-il lancer aux autres peuples de la sous-région ? Surtout au lendemain de la réadmission sur une base consensuelle d’un autre Ivoirien comme gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), autrement dit, la banque d’émission du…franc CFA. Quelle autre preuve de solidarité faudrait-il donc brandir face aux épreuves qu'endure la sous-région ?

Techniquement, la Côte d’Ivoire est en mesure de se doter d'une monnaie nationale. Le pays dispose d’énormes ressources naturelles (cacao, café, hévéa, etc.) qui pourraient l’aider à soutenir de telles initiatives. Mais dans quel intérêt? Un geste du genre, s’il se confirmait un jour, serait loin d’être élégant car en porte-à-faux avec les prises de position et autres déclarations officielles de fidélité à une sous-région de plus en plus intégrée et vivant en harmonie. Un véritable coup porté à l’intégration ouest-africaine. Pourquoi alors avoir bataillé pour récupérer le poste de gouverneur de la BCEAO ?

Notre confrère "Le Nouveau Réveil", qui rapporte les propos du président Coulibaly, qualifie la proposition de celui-ci de "naïve et étriquée", soutenant que "l’appauvrissement dans les pays ayant en commun le CFA, et, dans une large vue, dans de nombreux pays africains, est bien la mauvaise gouvernance et le manque de vision économique des dirigeants".

Les propos prêtés au chef du parlement ivoirien sont à situer dans le contexte de la campagne électorale en vue de la prochaine présidentielle. Un éventuel départ de la Côte d’Ivoire de la zone franc a des implications qui dépassent les frontières ivoiriennes. Comme tel, il ne laisse guère indifférent, d’autant qu’il n’est pas de nature à rassurer les peuples de la sous-région, notamment ceux des pays partageant avec la Côte d’Ivoire la même zone monétaire.

Les propos du chef du parlement ivoirien sont d’autant moins rassurants que les débats se font de plus en plus âpres s’agissant justement des questions de survie, de solidarité, de justice sociale, de libre circulation des personnes et des biens. En la matière, le pays du président Coulibaly a beaucoup apporté sans doute. Mais il a aussi profité des solidarités de l’ensemble des peuples concernés par le franc CFA. Militer si ouvertement pour une monnaie nationale, et après tant d’années d’efforts d’intégration réussie en dépit des difficultés, ne relève pas d'un sens aigu de la responsabilité. Même en pleine campagne électorale. Si ce n'est pas de la simple démagogie, ça y ressemble. Mais il se pourrait aussi qu'il s'agisse d'une de ces stratégies visant à obtenir de l'ancien pays colonisateur, de bien meilleurs égards.

En effet, M. Coulibaly fait partie des tenants de la ligne dure qui encadre le président Gbagbo. Homme de principes, il n’en serait pas à sa première sortie pour proposer que la Côte d’Ivoire décroche du franc CFA. Brillant économiste, M. Coulibaly sait parfaitement de quoi il parle. Il faut croire qu'il n’ignore pas dans quel contexte il parle d'un sujet aussi important. Sans doute aurait-il été plus intéressant de sa part d’indiquer les voies les meilleures pour que l'Union africaine (UA) accélère l'édification d'une monnaie unique pour le continent. Néanmoins, ces déclarations ont l’avantage de remettre à l'agenda cette problématique à l’heure où l’UA cherche ses repères.

Certes, on trouve, aujourd’hui, de moins en moins d'Africains qui acceptent la dépendance légendaire du CFA à l’égard du Trésor français. Une dépendance qui illustre parfaitement la perpétuation de l’esprit colonial. L'on comprendrait donc mieux les déclarations du président de l'Assemblée nationale ivoirienne, si elles s'inscrivaient pleinement dans le sens de la création d'une monnaie commune à l'ensemble de la zone franc et indépendante du Trésor français.

 

Le Pays du 13 février 2008



13/02/2008
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