L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Deux races d’Eléphants à Bobo Dioulasso

SUR LA ROUTE DES LEGISLATIVES ADF/RDA

Deux races d’Eléphants à Bobo Dioulasso

L’Alliance pour la démocratie et la fédération/ Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) souffre dans le Houet d’une scission qui remonte au lendemain des élections municipales du 23 avril 2006. Très contrarié par le rejet de la liste de candidatures qu’il a proposée pour les législatives à venir, l’un des deux camps issus de la division, celui du SG provincial, Balamine Diané, a tenu une assemblée générale extraordinaire le dimanche 24 mars 2007. Celle-ci a accouché d’un comité dit de crise, investi de la mission de "gérer de manière responsable la situation ainsi créée dans la fédération provinciale du Houet".

L’Eléphant va mal à Bobo Dioulasso. C’est le moins que l’on puisse dire après le constat de la division actuelle que connaît le parti de Gilbert Ouédraogo dans la province du Houet. L’on se rappelle que l’ADF/RDA avait accueilli, courant janvier 2006, une flopée de nouveaux militants, et pas des moindres, démissionnaires du parti au pouvoir, le CDP, où ils n’avaient pas eu meilleur positionnement, ou pas du tout de positionnement lors des dernières élections municipales. L’accueil de ces transfuges du parti majoritaire (qui avaient à leur tête l’ex-maire de Bobo, Célestin Koussoubé) s’était fait sans tambour ni trompette au sein de l’ADF/RDA, même si leur positionnement sur les listes de candidature en vue des municipales avait quelque peu chamboulé l’ordre préétabli et, de fait, créé des frustrés dont certains ont même fini par claquer la porte. En tout état de cause, la campagne électorale qui s’en est suivie s’est déroulée dans une atmosphère olympienne qui n’a laissé se sentir la moindre brouille entre les anciens et les nouveaux "Eléphants". Mieux, elle a été conduite sous la houlette d’une coordination de campagne coprésidée par Célestin Boyo Koussoubé et Balamine Diané (SG de la fédération provinciale).

2 sièges ADF/RDA à Bobo

Mais le climat politique et relationnel dans la famille RDA à Bobo Dioulasso s’est profondément dégradé dès le lendemain des municipales du 23 avril 2006, avec, à la clef, une totale absence de consensus dans la gestion des affaires du parti, des décisions et des contre-décisions, des conflits de compétences, voire des querelles de leadership, etc. Les principaux acteurs de ces controverses ont pour noms le SG Balamine Diané, l’ex-maire de Bobo Célestin Koussoubé et le premier vice-président national, Mamadou Diaho Koné. Ainsi naquirent à Bobo Dioulasso deux races d’"Eléphants", avec deux sièges provinciaux pour le même parti. Le premier, sis au secteur 2 au domicile du vétéran El Hadj Ousmane Zoromé, est le bastion de la fédération provinciale et accueille les rencontres des militants de la tendance Diané. Et le siège de la coordination de campagne, localisé à l’immeuble Lougué au centre-ville, devient l’autre quartier général du parti, accueillant les rencontres des militants ADF/RDA du clan de Célestin Koussoubé.

Balamine Diané et ses partisans que nous avons rencontrés à leur siège le 4 avril dernier expliquent que dans l’optique d’unifier les deux tendances, la fédération provinciale avait décidé de dissoudre la coordination de campagne et a adressé, à maintes reprises, des correspondances à Koussoubé et sa suite, les invitant à participer à la mise en place d’une nouvelle coordination dans la perspective des législatives de 2007. Les-quelles correspondances seraient restées sans suite. "Nous (la fédération provinciale, ndlr) avons été écartés par Koussoubé et son clan qui ont plutôt choisi d’échanger directement avec Ouagadougou (ndlr : la direction nationale du parti)", s’est lamenté le SG Diané. De l’autre côté chez les Koussoubé, nous apprenons une autre version de la situation : "Diané, en tant que SG, n’était pas habilité à dissoudre la coordination de campagne, qui a été mise en place par la direction nationale du parti, sans en aviser la hiérarchie. C’est d’ailleurs pourquoi le parti a décidé de rétablir la coordination et de mandater le premier vice-président national, M. Mamadou Diaho Koné, pour suspendre M. Balamine Diané de la gestion des affaires du parti, avant même le dépôt des listes pour les législatives", nous a confié l’ex-maire de Dafra Souleymane Sanou, porte-parole de Koussoubé.

2 listes parties de Bobo

C’est donc dans cette turbulence faite de bouderie réciproque qu’est intervenue la désignation des candidats pour les législatives. Et là encore, aucun compromis n'a été trouvé. Conséquence, deux listes de candidatures parties de Bobo ont parachuté sur le bureau de Gilbert Noël Ouédraogo, le président national de l’ADF/RDA. Après quelques semaines de "wait and see", c’est le camp de Balamine Diané qui est tombé des nues à la publication de la liste finalement transmise à la CENI, car celle-ci faisait la part belle aux candidats proposés par le clan Koussoubé. Seulement deux candidats, Agathe Bourgou (coordinatrice régionale des femmes) et Adama Ouédraogo (conseiller municipal à Koundougou) ont été repêchés de la liste de la fédération, pour se retrouver dans d’autres positionnements sur la liste déposée à la CENI. Plusieurs gros bonnets de la section provinciale de l’ADF/RDA, dont Balamine Diané lui-même (alors proposé tête de liste dans la province), ont été écartés de la liste des candidats dans le Houet.

Le secrétaire général provincial de l’ADF/RDA nous apprend que la rencontre de Ouahigouya qui a consacré l’appréciation des candidatures leur avait été plutôt annoncée, conformément à ce qui était mentionné sur les cartes d’invitation, comme étant une cérémonie de présentation de vœux des militants au président national. C’était donc, selon eux, la première astuce utilisée par le parti pour les écarter du centre de décision.

A en croire le porte-parole du clan Koussoubé, M. Diané, sous le coup d’une suspension au moment de la constitution des dossiers, n’était même pas autorisé à s’en mêler. Il avait été suppléé dans ses fonctions par le secrétaire général adjoint, Gildas Sanou, qui faisait ce travail de collecte des candidatures, avec la bénédiction de l’état-major. Au même moment, poursuit Souleymane Sanou, M. Diané a collecté des dossiers de candidature dont il a fait une liste parallèle qu’il a acheminée à la direction du parti. Il était donc tout à fait normal, selon M. Sanou, que le parti avalise la "liste officielle", celle constituée sous l’égide du SG adjoint et dont Célestin Koussoubé occupe la tête.

Balamine Diané et les siens, qui disent ne rien comprendre dans cette attitude de la direction du parti, se sont réunis le 24 mars dernier en assemblée générale extraordinaire pour ensemble décider de la conduite à tenir. Cette rencontre a abouti à la mise en place d’un "comité de crise" présidé par le SG lui-même (voir encadré), avec pour objectif principal de contenir les frustrations et prévenir un éventuel conflit ouvert au sein du parti, qui pourrait souiller la campagne électorale qui s’ouvre dans quelques jours. L’une des premières missions dudit comité, selon son rapporteur général, Mme Agathe Bourgou, ce sera d’aller à "l’écoute de la base", c’est-à-dire mener une concertation avec les militants dans les différents départements pour trouver un consensus autour de la conduite à tenir dans le cadre de la campagne électorale. La fédération provinciale dont la liste a été rejetée va-t-elle recommander un boycott des élections ? Va-t-elle prôner un vote-sanction, ou va-t-elle se résigner à battre campagne aux côtés des candidats retenus ? Les réponses à toutes ces questions, selon Agathe Bourgou, émaneront de la décision des militants de base, à l’issue de la campagne de concertation.

"Tempête devenue tsunami"

A les entendre parler, les militants ADF/RDA réunis autour du SG Balamine Diané n’en veulent pas plus à Koussoubé et sa suite qu’à la direction nationale du parti. En effet, ils accusent ouvertement l’état-major de prendre délibérément parti pour les nouveaux venus dont ils sont d’ailleurs sceptiques quant à l’attachement réel au parti. "Nous en voulons à Gilbert et son père qui ont accepté de cautionner la liste des Koussoubé, peut-être parce qu’ils se sont engagés à financer la campagne à Bobo", s’est lamenté Sidiki Coulibaly, coordonnateur des jeunes. Et la coordonnatrice des femmes de renchérir : "Depuis l’arrivée de ces gens-là, nous avons le sentiment de ne plus compter pour la direction du parti. Il y a eu de petites vagues de tempêtes qu’on espérait passagères, mais qui, malheureusement, ont fini par devenir un tsunami avec le rejet de notre liste. Et cette décision qui nous a fait mal au cœur méritait bien une démission collective. Mais dans le souci de sauver le parti, nous n’allons jamais démissionner. Nous allons consulter la base pour adopter une conduite sage, consensuelle et démocratique", a-t-elle déclaré. Mme Agathe Bourgou, dont le nom apparaît parmi les suppléants de la liste finalement retenue, dit d’ailleurs ne pas se sentir concernée par cette candidature. Or, s’étonne Souleymane Sanou, mandataire de Koussoubé, "tous les candidats retenus (dont Mme Bourgou) ont apposé leur signature sur le dossier, faisant acte d’acceptation de leur candidature".

Il est à noter que la majorité des "10 000 militants" qui avaient, en même temps que Koussoubé, rendu le tablier au CDP pour déposer armes et bagages à l’ADF/RDA sont repartis au parti majoritaire, certains avec leur mandat de conseiller et même de maire. Des communes entières (Faramana, Péni ) qui avaient été acquises par l’ADF/RDA sont entre-temps devenues la propriété du Congrès pour la démocratie et le progrès. Célestin Koussoubé, Souleymane Sanou, Brama Sanou, etc. se comptent parmi les quelques nouveaux militants qui n’ont pas suivi ce mouvement de volte-face. Balamine Diané et les autres militants de "première heure" ne croient pas du tout à la sincérité de cette fidélité de Koussoubé. Pour eux, l’ex-maire de Bobo n’attend plus que son entrée à l’hémicycle pour dire adieu à l’ADF/RDA. Toute chose que Souleymane Sanou a formellement démentie : "Nous avons déjà suffisamment intégré l’ADF/RDA et nous nous y sentons bien. Il n’est plus question pour nous de rejoindre le CDP pour quelque raison que ce soit. Ceux d’entre nous qui sont repartis au CDP sont des gens qui avaient des enjeux avec la commune et ils ont simplement voulu préserver leurs intérêts personnels. Et nous ne sommes pas dans la même situation que ceux-là", a expliqué le porte-parole du clan Koussoubé.

Contrairement aux "tempêtes" et aux "tsunamis" dont se plaint la fédération provinciale, l’ADF/RDA, selon Souleymane Sanou, se porte bien à Bobo. "Nous n’avons rien contre Diané, et nous irons vers lui s’il nous fait appel ou s’il répond à notre appel. Nous n’avons pas créé le parti, nous ne sommes que des militants de base (…). M. Diané n’est lui-même pas à mesure d’expliquer avec précision l’objet du différend qu’il dit avoir avec nous, si différend il y a (…). Nous avons, avec l’aval de Ouagadougou, mis en place une nouvelle direction de campagne présidée par Koussoubé et qui est d’ailleurs à pied d’œuvre dans le cadre de la précampagne. Tout se passe bien et les militants que nous avons déjà rencontrés sont satisfaits du choix porté sur Koussoubé comme tête de liste dans la province, au regard de sa popularité (…)", a conclu l’ex-maire de Dafra, lui-même classé 3e candidat sur la liste provinciale du Houet du parti de l’Eléphant.

Paul-Miki Roamba

Le Pays du 11 avril 2007



11/04/2007
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