L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Evaluation des députés : Effet d'annonce ou annonce sans effet?

EVALUATION DES DEPUTES

Effet d'annonce ou annonce sans effet?

 

Lors de leurs journées parlementaires tenues les 24 et 25 septembre, les députés du groupe parlementaire CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) ont arrêté le principe de l'élaboration d'une feuille de route du député. C'est le président de ce groupe parlementaire, Mahama Sawadogo, qui a posé, devant ses pairs, le principe de cette feuille de route qui n'est autre chose qu'un mécanisme d'évaluation du mandat du député. Effet d'annonce ou annonce sans effet ?

L'idée d'évaluer le travail du député est en elle-même une bonne chose, parce que, comme tout détenteur d'une parcelle de la puissance publique, il a une obligation de résultat. Il doit recevoir la sanction périodique de ceux qui l'ont mandaté pour les représenter. Comme toute personne émargeant au budget de l'Etat, il devrait être astreint au respect d'une feuille de route. Du reste, les ministres et tous les commis de l'Etat, grands et petits, ont reçu chacun une mission. Ils sont appréciés après examen des résultats atteints.

L'évaluation du travail sur le terrain, de chaque député participerait donc au renforcement de la démocratie. Mais s'agissant du CDP, on ne peut pas manquer de se poser ces questions élémentaires. La première de celles-ci est la suivante: qui va évaluer qui ? Les leçons tirées par ce parti lors de la campagne législative de 2007, mais surtout celle de 2002 avec l'organisation de ses "primaires", sont encore présentes dans les esprits et enseignent éloquemment le CDP sur les dangers auxquels il s'expose et expose sa cohésion interne. Quelle est la finalité d'une telle évaluation? Vise-t-elle à avoir un fond de dossier en vue de chantage pour les députés indélicats, à les tenir en laisse et à en faire des courtisans dociles? A quel moment du mandat du député, cette évaluation doit-elle être faite ? A la fin, au début ou à mi-mandat? S'il est vrai que l'évaluation vise un but pédagogique, elle doit s'effectuer au moins deux fois au cours de la mandature qui est de cinq ans. Pour qu'elle comporte un impact positif sur la vie des populations qui ont voté le député, et qu'elle l'amène à rectifier le tir, c'est-à-dire à mieux servir les populations, l'évaluation doit se fonder sur des critères objectifs et faire l'objet d'un rapport qui sera exploité par les médias. Il est arrivé que des candidats, une fois élus et parvenus à l'Assemblée, se comportent avec désinvolture et de manière désobligeante à l'égard de leurs électeurs. Pour viser l'impartialité et l'objectivité que doit revêtir une telle entreprise, l'évaluation doit être faite par une structure indépendante du Parlement. Cette structure doit comporter des personnes compétentes, moralement probes, qui n'auront de relations avec les députés et le personnel de l'Assemblée nationale que dans le cadre de leur travail d'évaluation.

Mais le CDP, en tant que parti au pouvoir, est-il capable d'aller jusqu'au bout de cette logique qui vise la transparence dans le travail du parlementaire burkinabè, et partant l'avancée de la démocratie dans notre pays? Ce serait, pourraient penser certains de ses militants, jeter des élus en pâture avec la crainte que l'opposition s'en saisisse à des fins de propagande. Mais si au contraire, cette évaluation est faite dans les règles de l'art avec objectivité et impartialité, il n'y a pas de doute qu'elle pourrait inspirer d'autres partis qui auront intérêt à nettoyer aussi leurs écuries. Dans les principaux critères d'évaluation, et à titre d'exemple, l'appréciation des populations pourrait être prise en compte pour au moins 70%, le comportement de l'élu au sein de l'Assemblée, c'est-à-dire sa participation aux débats parlementaires pour 20%, et la perception de sa moralité pour les 10% restants. Le principe de cette évaluation est un signal fort pour les élus qui roupillent pendant les séances de l'Assemblée ou qui en sont très souvent absents. Pour eux, les débats avant l'adoption du budget de l'Etat par exemple est une torture, un supplice. Après près de cinquante années d'indépendance, il est temps que le personnel politique chargé d'impulser le développement change en qualité, dans sa capacité d'appréhender et de traiter les questions relatives au développement de leur pays. C'est pourquoi, la question de l'évaluation des mandats doit inclure les conseillers, les maires, les conseillers généraux des régions, les gouverneurs, les ministres, les présidents d'institutions etc. Tous, et chacun doit être comptable et justiciable devant le Peuple dont il tire la substance de ses pouvoirs.

Le drame, c'est que sous nos tropiques, les hommes politiques ne sont jamais réélus sur la base bilan de leur mandat, mais sur d'autres critères. La corruption, le bourrage des urnes, les menaces et intimidations, les achats massifs de consciences des électeurs, etc., sont plus usités pour atteindre ses fins.

C'est pourquoi les feuilles de route les plus élaborées pour baliser le travail du parlementaire ou de tout autre agent de l'Etat, les évaluations les plus impartiales, ne changeront rien au comportement de nos hommes politiques tant qu'ils verront la politique comme un raccourci pour atteindre le haut de l'échelle sociale. Il faut, à la base, l'engagement à se sacrifier pour ses convictions politiques et à mourir pour celles-ci.

Avons-nous ces hommes au Burkina où un responsable démissionne parce qu'il aura été bafoué dans ses convictions politiques les plus intimes? Très peu ou pas du tout ! Et c'est tout notre drame.

 

Le Fou

Le Pays du 28 septembre 2007



28/09/2007
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