L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Fraudes au BEPC 2008 à Fada : Tous les 13 prévenus condamnés à l'issue d'un procès

Fraudes au BEPC 2008 à Fada

Tous les 13 prévenus condamnés à l'issue d'un procès


Le mercredi 9 juillet 2008, le Tribunal de grande instance (TGI) de Fada, siégeant en matière correctionnelle, a statué en audience publique sur les cas de fraudes survenus à la session 2008 du BEPC au jury n°3 sis au lycée Diaba Lompo de Fada. Au terme d'un procès qui a duré toute la journée, la juridiction a prononcé un certain nombre de peines à l'encontre des présumés auteurs de ces fraudes. Il s'agit d'amendes allant de 50.000 à 1.000.000 de F CFA, et des emprisonnements de deux à quatre mois ferme.

 

L’audience a été présidée par le juge Oumarou Zono, assisté du procureur du Faso, Ibrahima Nana, et du substitut Sidi Bécaye Sawadogo. En face d'eux, il y avait, à la barre, treize personnes prévenues de fraude, de corruption, de complicité de fraude, de complicité de corruption. Elles ont pour noms Diarra Fatogma Ibrahim, Paré Paterne, Diallo Guy, Coulidiaty M Hyacinthe, Awepou Dissé, Thiombiano Roger, Thiombiano Dieudonné, Thiombiano Inoussa, Thiombiano D. Ludovic, Gnongré Salamata, Gnongré Saïdou, Lankoandé Amsatou et Lankoandé Achétou.

L’audience s’est déroulée dans un palais de justice bondé. Les prévenus se sont succédé à la barre par groupes. Les premiers à comparaître ont été le président du jury Coulidiaty M. Hyacinthe, le vice-président Awepou Dissé et Paré Paterne, professeur de français. Le tribunal a voulu comprendre les circonstances de l’admission de la candidate Mano Ruth. Le président du jury, prenant la parole, dira que la candidate qu’il ne connaît pas (dispensée des épreuves sportives) avait obtenu 229,5 points au 1er tour de l’examen. Ce qui lui permettait d'être rachetée conformément aux textes en la matière. Chose que le vice-président et le directeur régional, Kanoaga Kable, ont confirmée. C'est ainsi qu'il a été décidé de faire appel au correcteur Paré Paterne pour l’ajout de 0,5 pt à la copie de dictée de la candidate, a poursuivi le président du jury. Joint au téléphone par le vice-président, le correcteur s'exécuta. Ce qui a permis à la candidate de totaliser 230 pts pour son admission. A la question de savoir pourquoi avoir eu recours au correcteur Paré et pas à quelqu'un d'autre, le vice-président dira que cela est dû, d’une part, au fait que c’est lui qui a corrigé la copie de la dictée et, d’autre part, à des soucis d'éviter les calculs de pondération de note étant donné que la dictée est de coefficient 1. Pour gagner du temps, les autres critères que sont la convocation de tout le jury et l’examen de la fiche de note (scolaire) de la candidate n'ont pas été rigoureusement appliqués. Un aspect que le tribunal n’a pas manqué de relever. Ce qui, d’ailleurs, a valu la condamnation du président du jury et de son vice-président. De l'audition du correcteur Paré, il ressort qu’il a consenti à revoir la note de dictée à la hausse parce qu’il était convaincu qu’il aidait le président du jury. Ses déclarations ont été rejetées par le procureur du Faso pour qui, le professeur Paré cherche à divertir le tribunal vu qu’il s’est aidé lui-même en accordant à la candidate Amssétou Lankoandé près de 52 points dans sa matière. La même candidate, selon ce qui ressort des investigations, bénéficiera aussi des largesses en mathématiques avec 87,5/100 au lieu de 17,5/100.

Le second groupe à passer à la barre était composé de Diarra Fatogma Ibrahim, Amssétou Lankoandé et de Paré Paterne. Ils ont reconnu les faits qui leur sont reprochés, et chacun d'eux s'est expliqué sur les circonstances qui l’ont amené à tomber sous le coup de la loi. On retiendra que chacun aurait agi dans le seul but d’aider autrui, car aucun accord ou promesse de quelque nature que ce soit n’a été fait au préalable. Paré et Amssétou autorisés à regagner leurs places, M. Diarra a été rejoint à la barre par Gnongré Salamata, Gnongré Saïdou, Diallo Guy, Thiombiano Roger, Thiombiano Inoussa. Ici, beaucoup de prévenus se sont retrouvés à la barre du fait du coup de main que madame Gnongré Salamata a voulu donner à son fils et candidat Thiombiano Inoussa. Ce dernier manifestait un désir de tenter l’aventure s'il échouait encore cette année à son examen. En complicité avec son frère Gnongré Saïdou (institueur), sa mère entreprend de rechercher de l’aide. C’est alors que Thiombiano Roger (sous le coup d’une condamnation avec sursis pour coups et blessures) est contacté. Celui-ci décline l’offre de Gnongré Saïdou à plusieurs reprises, mais finit par céder face à l’insistance de ce dernier. A son tour, Roger Thiombiano contacte Diarra Fatogma Ibrahim, professeur de mathématiques, qui demande la somme de 100 000 F CFA. Selon dame Gnongré, Roger lui aurait demandé 150 000 F CFA. Ce dernier nie. Toutefois, le marché est conclu à 100.000 F CFA et, par précaution, le réglement se fera devant la préfecture. C’est au cours de la transaction que M. Diarra aurait dit à Roger de prélever 25.000 F CFA. Ce dernier nie une fois de plus.

Le troisième groupe à se retrouver à la barre était composé de Thiombiano Ludovic Parfait, Thiombiano Dieudonné, Lankoandé Achétou, Diallo Guy et de Diarra F. Ibrahim. Ici, tout serait parti d'un autre coup de main à Achétou Lankoandé, secrétaire à l’Association Fondacio pour l'Afrique et candidate pour la troisième fois au BEPC. Il ressort des différentes déclarations, qu'elle a demandé à son patron d’intercéder auprès de Thiombiano Dieudonné, responsable des études et professeur d’anglais dans l’établissement géré par l'association. Le coordonnateur de Fondacio pour l'Afrique, Ludovic Parfait Thiombiano, déclarera avoir accédé à la demande pour permettre à dame Achétou, mère de famille, de rehausser son niveau afin de conserver son poste étant donné que leurs partenaires sont de plus en plus exigeants par rapport au profil de leurs collaborateurs. Dieudonné Thiombiano, voulant rendre service au coordonnateur, contacte M. Diarra en lui faisant savoir qu’il y aurait récompense de 50 000 F CFA à la clé s'il consentait à faire quelque chose.

Sans trop se faire prier, le professeur accepta et perçu une avance de 25 000 F CFA. Etant responsable du pool mathématiques lors de la correction, le sieur Diarra, retrouvera la copie de dame Achétou grâce à un signe distinctif parmi un lot de copies. Il donnera des consignes pour que la note 18/20 soit portée sur la copie en question. Malheureusement, l’aventure de dame Achétou s’arrêtera là avec la découverte du micmac.

Après avoir écouté les prévenus, les réquisitions du procureur, le tribunal a rendu son verdict. Des peines fermes ou assorties de sursis, des condamnations pécuniaires ont été prononcées à l'encontre des prévenus (voir encadré).

 

Hubert Dapouguidy DIABRI

Le Pays du 16 juillet 2008

 

ENCADRE

Les peines

 

- 1 mois avec sursis et 50 000 F CFA d'amende : Coulidiaty M. Hyacinthe, Awepou Dissé;

- 12 mois d’emprisonnement assortis de sursis : Thiombiano Ludovic Parfait et Gnongré Salamata;

- 2 mois d’emprisonnement ferme et 150.000 F CFA d’amende ferme : Lankoandé Amssatou, Lankoandé Achétou, Thiombiano Inoussa, Thiombiano Roger, Gnongré Saïdou;

- 3mois d’emprisonnement ferme et 500.000 F CFA d’amende ferme : Paré Paterne, Thiombiano Dieudonné;

- 4 mois d’emprisonnement ferme et amende ferme de 1.000.000 de F CFA : Diarra Fatogma Ibrahim;

- Travail d’intérêt général (TIG) de 7 mois soit 170 heures au profit du lycée communal de Fada pour compter du 1er octobre 2008 : Diallo Guy



16/07/2008
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