L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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" Il y a bel et bien eu augmentation d'impôt"

DEPUTE NESTOR BATIO BASSIERE

" Il y a bel et bien eu augmentation d'impôt"

 

Le député Nestor Batio Bassière, président du Front des forces sankaristes (FSS) s'étonne aux allégations du gouvernement relatives à la non-augmentation des impôts. Pour lui, le contribuable paie plus cher que d'habitude. En sa qualité de fiscaliste, il en donne les raisons dans cet entretien qu'il a bien voulu nous accorder. En tant que député de la région de Bobo, il déplore les violentes manifestations contre la vie chère survenues le 20 février, mais tient le gouvernement pour responsable de ce qui arrive.

 

Le Pays: Des citoyens ont violemment manifesté à travers le pays contre la vie chère, consécutive à une prétendue augmentation des taxes et impôts. Quel regard portez-vous sur cette situation en tant qu'élu national et en tant qu'agent des impôts?

 

Nestor Batio Bassière: Merci pour l'occasion que vous m'offrez en tant qu'élu de Bobo Dioulasso, de m'exprimer sur la situation de cette ville. Je voudrais d'abord m'excuser de n'intervenir que maintenant. Cela est simplement dû au fait que j'étais en mission hors du pays, car je devais prendre part à la session parlementaire de l'UEMOA à Dakar. C'est avec beaucoup de regret que j'ai suivi les différents événements. En tant que parlementaire et en tant qu'élu de la région, après avoir examiné les raisons de cette révolte et entendu les autorités se prononcer par rapport à cette situation de Bobo Dioulasso, je regrette réellement qu'il y ait eu des casses, des destructions de biens publics. Mais le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Je regrette fort qu'on me dise, ou que des gens clament haut et fort qu'il n'y a pas eu d'augmentation d'impôts. Il faut que nous assumions ce que nous avons décidé. Je le dis parce que lors de la loi des finances, nous avons voté "non" parce que nous avions estimé que les mesures nouvelles étaient des mesures anti sociales. Nous avions dit que ce n'était pas la peine de tourner autour du pot : il y a bel et bien eu augmentation d'impôt. Je le dis, je l'affirme et j'assume, parce qu'en tant que fiscaliste, je sais qu'il y a eu augmentation d'impôt. En effet, en ce qui concerne l'introduction de 2 francs sur le kilowattheure, on ne peut pas me dire que cela n'entraîne pas l'augmentation du kilowattheure! 2 francs sur le kilowattheure, c'est beaucoup pour ceux qui consomment l'électricité. En deuxième lieu, l'introduction de la taxe de développement communal est un impôt qui n'existait pas ! C'est une augmentation d'impôt et ça fait une charge de plus pour le contribuable. Et en plus, si vous prenez cette taxe et que vous la comparez à la patente des transporteurs, ça vous fait une superposition de deux impôts de même nature! La patente payée par les transporteurs contribue à alimenter les caisses de la commune. En plus de ça, on impose la taxe de développement communal pour prévoir un montant que les transporteurs doivent payer en plus de leur patente qu'ils payaient d'habitude. Je pense que c'est une augmentation d'impôt. En troisième ressort, je crois qu'il y a eu aussi une augmentation au niveau de la contribution du secteur informel (CSI). Car le contribuable qui payait 8000 F voit son impôt augmenter de 200%! C'est vrai, il y a eu ce barème lors de la loi des finances 2004, mais ça n'a jamais été appliqué! Le contribuable est donc habitué à payer les 8000 F comme d'habitude. Mais cette fois-ci, nous sommes à 20 000 F d'impôt. Il faut expliquer au contribuable qu'il y a réellement eu augmentation d'impôt. Je crois que nous sommes tous responsables de la situation. Il faut donc que l'on voit les choses en face.

 


Le gouvernement soutient toutefois qu'il n'y a eu ni augmentation d'impôt, ni augmentation de droits de douane, et qu'il y a eu simplement un retour à la normale des choses; c'est-à-dire une rigueur dans le paiement des taxes, voulue par le gouvernement Tertius Zongo...


Parler d'un retour à la normale, c'est trop dire. Les gens ne payaient-ils pas les impôts avant le gouvernement Tertius Zongo ? A mon sens, ce n'est pas parce qu'on veut recouvrer les impôts que les gens marchent, mais plutôt parce qu'il y a eu augmentation. Ainsi, on met en danger les agents des impôts, en disant qu'il n'y a pas eu augmentation des impôts, alors que ceux-là sont obligés de réclamer plus que d'habitude. Je crois donc que ce n'est pas parce que l'on demande de payer les impôts que les gens marchent ; ils marchent parce qu'on leur fait payer plus. Chacun sait qu'il doit payer les impôts. Et depuis que nous travaillons aux impôts, nous n'avons jamais connu ces problèmes de casses dûs à des augmentations ou à des recouvrements d'impôts! Je crois que le problème se trouve dans l'introduction de nouvelles taxes ou l'augmentation de certaines autres par rapport au secteur informel. Je le dis parce qu'au niveau de la loi des finances, il y a ceux qui participent, qui sont structurés, c'est-à-dire le réel simplifié, le réel normal, où nous avons une réduction de 5 points. Mais on a oublié l'autre secteur, à savoir le secteur informel qui est un autre secteur non structuré mais aussi avec ses impôts. Mais ce secteur a été occulté et c'est à ce niveau qu'il y a eu augmentation ? C'est ça le problème. Je pense donc qu'il faut une sensibilisation pour expliquer aux gens les fondements de l'augmentation. Sinon quand on parle d'un retour à la normale, je ne sais pas de quelle normale il s'agit.

 


Quels commentaires vous inspire le phénomène de la vie chère au Faso, et en tant que député, que pensez-vous que le gouvernement pourrait prendre comme mesures pour atténuer cette flambée des prix des produits de première nécessité?

 


C'est peut-être seul le piment dont le prix n'a pas augmenté sur le marché. Tout est cher. Et cela démontre l'incapacité du gouvernement à gérer ce pays. Il ne s'intéresse en réalité qu'à une fraction de la population, composée d'ailleurs de ceux qui ont déjà les moyens. Vous conviendrez avec moi qu'aujourd'hui, aucun fonctionnaire, à partir de son seul salaire et au regard du coût de la vie ne peut se tirer d'affaires. Mais nos autorités refusent de reconnaître la réalité. Nous avions interpellé le ministre de l'Agriculture qui nous a dit qu'il n'y avait pas de crise. Mais je vous invite à constater sur le marché les coûts des céréales! ça ne fait que grimper. Aujourd'hui, il faut reconnaître que ça ne va pas et il faut chercher des solutions. Il nous faut une politique véritablement orientée vers la population et non vers une catégorie de personnes parce qu'elles ont les moyens. Le fossé est grand aujourd'hui et c'est ce qui conduit vers les révoltes.

 

Propos recueillis par Paul-Miki ROAMBA

Le Pays du 3 mars 2008



03/03/2008
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