L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Indécente comptabilité macabre au Darfour

Darfour

Indécente comptabilité macabre

 

Alors que les armes continuent de crépiter et de faucher de nombreuses populations du Darfour, une autre guerre, celle des chiffres, fait rage à New York. En effet, le mardi 22 avril 2008, devant le Conseil de sécurité, John Holmes, secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, a estimé à 300 000 le nombre de victimes du conflit au Darfour en cinq ans de violences. D’autres estimations, basées, sur des rapports d’organisations internationales, faisaient état de quelque 200 000 personnes tuées par cette guerre civile et ses conséquences.

Des chiffres que rejette catégoriquement Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad, l’ambassadeur du Soudan à l’ONU. La main sur le cœur, il a déclaré que «selon nos propres calculs, le nombre des morts n’excède pas 10 000». Il a même précisé que cette comptabilité ne prenait pas en compte les décès résultant de malnutrition ou de famine. Au passage le diplomate soudanais a martelé qu’ «il n’y a pas d’épidémie ni de famine au Darfour». Alors que depuis longtemps, les organisations humanitaires parlent de famine et de malnutrition dans cette province.

Avec cette triste polémique, on croirait aux communiqués d’après manifestation lorsque syndicats et policiers se livrent une guerre des chiffres à propos du nombre de manifestants dans la rue. Une attitude très regrettable, car,  cette fois, le sujet est très sérieux, puisqu’il porte sur les pertes en vie humaine. Et en la matière, même s’il ne s’agit que d’un seul mort, c’est un mort de trop. C’est pour cela qu’il faut mettre fin à cette sordide polémique et travailler à faire en sorte que prenne fin cette indécente comptabilité.

C’est normal que face à une situation pareille, les humanitaires cherchent à exagérer les choses afin d’attirer l’attention et la compassion du monde et même de susciter une ingérence internationale pour mettre fin aux violences. On peut donc les comprendre. Mais ce qu’on ne peut pas comprendre ni admettre, c’est que le Soudan, qui semble ne pas faire acte de contrition, estime que le nombre de morts ne dépasse pas 10 000. On a alors envie de demander au diplomate Mohamad le seuil de morts qu’il faudrait atteindre pour que la situation au Darfour devienne critique.

Cette question mérite aussi d’être posée aux grandes puissances, qui traînent le pied à prendre franchement une position ferme face à la crise, que disons-nous, face au génocide qui se déroule dans cette partie du monde. Embourbées dans des contradictions d’intérêts et dans un jeu de trafic d’influences entre l’Occident et l’insolente mais économiquement attrayante Chine,  laquelle se fout des droits de l’homme comme de sa première barboteuse.

Pendant que les morts s’entassent, les grands de ce monde peinent à s’entendre sur l’essentiel pour sauver les populations qui peuvent encore l’être, car il est difficile de concilier leurs intérêts. L’Occident a les yeux rivés sur les contrats juteux qui abondent dans l’empire du milieu, lequel, à son tour, regarde goulûment le pétrole soudanais pour assouvir son grand besoin d’énergie et faire tourner son économie.

En attendant la résolution de cette quadrature du cercle, la comptabilité macabre se poursuivra au Darfour.

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 24 avril 2008

 



23/04/2008
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