L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Insécurité au Sanmatenga : Et la population de Mané créa sa propre police

Insécurité au Sanmatenga

Et la population de Mané créa sa propre police

La population de la commune rurale de Mané et la police nationale de cette localité ne font plus bon ménage. Aussi les habitants de Mané ont-ils décidé de créer leur propre structure de défense, le comité de lutte contre le vol. Pour toucher du doigt les raisons de cette difficile cohabitation entre forces de l'ordre et habitants de cette entité administrative du Sanmatenga, nous nous sommes rendu sur les lieux. Retour sur les raisons d'une rupture.


Mané, localité située à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de la région du Centre-Nord, a maille à partir avec la police locale. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est l'arrestation et la condamnation en avril dernier de deux membres du comité ignoré par les autorités de tutelle. Depuis lors, policiers et résidents de Mané se regardent en chiens de faïence. Quelle est la pomme de discorde entre cette population et ses protecteurs ? C'est ce qui nous a conduit à Kaya puis à Mané le 18 juin dernier.

A Mané, notre premier point de chute fut le palais de Sa Majesté le Naaba Sembdo de Mané, situé à une dizaine de km de Mané, précisément dans le village de Silmidougou. Nous y demandâmes à voir le chef. Sorti du palais, un des proches du dignitaire nous lança : "Le chef dit qu'il sait ce pourquoi vous êtes là, mais faute de pouvoir vous recevoir, il vous autorise à échanger avec ses sujets." Par l'intermédaire d'un guide natif du village, nous sommes allé à la rencontre du comité incriminé, communément appelé dans la zone "police de proximité".

"L'idée de créer en notre sein un comité de lutte contre le grand banditisme, notamment le vol qui sévit dans notre milieu, fait suite au à l'inaction de la police nationale de Mané dans la protection des populations", déclare Jackaria Konseimbo, porte-parole de la population de Mané. Selon lui, six villages ont adhéré à cette initiative vivement saluée par les chefs coutumiers. Elle fonctionne sur la base des cotisations de ses membres. Et Issaka Ouédraogo, membre du comité, d'ajouter : "Il y a des voleurs que la police refuse d'arrêter ou de garder dans ses locaux sous prétexte qu'ils sont robustes ou que leur culpabilité n'est pas établie." Puis de poursuivre : "Les raisons, nous les savons car ce sont ces policiers et les voleurs que nous voyons ensemble dans nos marchés."

Ce comité villageois de lutte contre le vol, selon le décompte fait par ses animateurs, a arrêté et remis à la gendarmerie nationale de Kaya plusieurs dizaines de délinquants qui écumaient la zone. L'action de "cette police de proximité", bien que novatrice pour la population, est jugée illégale par les autorités locales qui ont passivement et pendant longtemps observé le mouvement que dirige Issa Sawadogo. Celui-ci et ses associés soutiennent que leur comité n'agit pas dans la clandestinité. "A travers un procès-verbal dont les statuts et règlement intérieur y sont clairement définis, nous avons présenté notre association à la gendarmerie, au commissariat de police et à la Justice", soutient le porte- parole de la population. "Tous nous ont félicités pour l'initiative et ont promis de nous soutenir", conclut-il.

Le comité de lutte contre les malfaiteurs affirme également avoir eu l'autorisation verbale du préfet de Mané qui lui aurait promis, les jours à venir un récépissé de reconnaissance car, disait-elle : "Vous êtes d'utilité publique." Pour Mme le préfet qui ne voulait pas, au début de notre entretien, se prononcer sur la question, "la population de Mané a pris le devant des choses en mettant une structure du genre dans la localité".

Cependant, cette structure a dit dans toutes ces opérations avoir étroitement collaboré avec la gendarmerie de Kaya pour une "question de confiance et de compétence".

Une situation qui aurait plongé le district de police de Mané dans le chômage depuis un certain temps. Cette attitude de la population a, selon des indiscrétions, détérioré les relations entre gendarmes et policiers au Sanmatenga. "Nous avons entendu ces allégations, mais toujours est-il que quand il y a une intervention à Mané, nous passons par le commissariat de cette localité", a déclaré le commandant de compagnie de Kaya, Leonid Diabri. Puis d'indiquer : "Nous n'avons pas de brigade à Mané qui fasse partie de notre zone de couverture, et je n'ai jamais non plus eu connaissance d'un quelconque document relatif à ce comité."

Même son de cloche chez le commissaire de police de Mané qui rétorque n'avoir jamais été ampliataire de ce p.v. : "Si document il y a, le préfet aurait dû m'en parler."

Une rencontre à propos du fameux comité entre le haut-commissaire de la province du Sanmatenga et les membres de ce comité devait se tenir à Mané. Selon les autorités locales de Mané, l'absence, le jour de la réunion, du responsable de "cette police de proximité" a motivé le report de la rencontre.

Pour Joanna Ouédraogo, préfet de Mané, qui reconnaît avoir été simplement contactée par une délégation de cette population pour la mise en place dudit comité, les habitants de Mané ne peuvent pas être leur police. Et de rappeler : "Je leur ai, en son temps, dit que c'était délicat et qu'il fallait qu'ils contactent la gendarmerie et la police." Somme toute, tout le monde s'accorde à reconnaître que le département de Mané vit au quotidien l'insécurité, notamment le vol de bétail. "Courant juin, nous avons eu à interpeller et déférer 17 auteurs de vol de bétail", a soutenu le commandant de compagnie de Kaya.

La goutte d'eau qui fit déborder le vase

La rupture a été totalement consommée en ce qui concerne les rapports entre la police de Mané et la population. En effet, cela remonte à avril 2007 suite à l'arrestation de deux membres du comité litigieux par la Justice de Kaya. Ceux-ci étaient poursuivis pour blessures volontaires et séquestration sur le sieur Boureima, éleveur de son état. Pour Jackaria Konseimbo, cette arrestation n'a rien de légal et s'inscrit en droite ligne d'un règlement de compte. "N'étant pas contente parce que nous l'avons désavouée, la police nous avait mis dans son collimateur", a-t-il expliqué.

Le commissaire de police de Mané, Da François, pense que ses éléments sont intervenus pour assistance à personne en danger. "Connaissant le milieu, nous avons juste agi après une plainte déposée par les parents de la victime", a indiqué l'assistant de police. Pour l'heure, l'association pour la lutte contre les malfaiteurs de Mané n'entend pas arrêter ses activités. "Nous lutterons également contre toute forme d'intimidation de nature à nous décourager dans nos actions", a goupillé Jackaria Konseimbo.

Propos recueillis par Armel ILBOUDO

Le Pays du 18 juillet 2007

ENCADRE

Les accusés s'expriment

Après plusieurs jours de détention à la maison d'arrêt et de correction de Kaya, les accusés sont mis en liberté provisoire en attendant que leur sort soit scellé à l'issue du procès. Ils retracent le film de leurs démêlés avec les forces de l'ordre.

Issa Ouédraogo, mis en liberté provisoire : "Nous avons eu un jour l'information selon laquelle nous devrions nous présenter à Kaya pour une réunion avec le commissariat de police. L'ordre du jour serait relatif à notre mission au sein du comité. Arrivés à Kaya, nous avions été conduits au tribunal où après plusieurs heures d'attente, nous avions été embarqués pour la prison civile. C'était, nous disait-on, pour séquestration et blessures volontaires. Pourtant, le soi-disant blessé ne l'est aucunement, puisque nous nous voyons tous les jours dans le village."

Jackaria Konseimbo, porte-parole de la population de Mané : "Nous sommes allés dans une cour pour arrêter un jeune voleur qui nous dépouille de nos animaux. Le papa du voleur de bétail s'est rendu complice en permettant à son garçon de disparaître à notre arrivée dans cette famille. Et quand nous lui avons demandé de nous dire où était son fils, il s'est porté garant pour répondre à la place de celui-ci. C'est ainsi que nous l'avons ligoté et conduit à Bokin (un village de Mané) où nous l'avons enfermé dans une maison, juste le temps qu'il nous indique où il avait caché son enfant. La police qui a eu vent du problème est venue le libérer et l'a emmené."

Saïdou, Sawadogo, propriétaire de l'animal volé : "Nous avons plusieurs fois été victime de vols de la part du même voleur, c'est-à-dire l'enfant de Boureima. Mais chaque fois son père demandait que le problème soit réglé à l'amiable. La dernière fois, c'est notre propre père et ses enfants qui ont surpris cet homme en brousse en train de partir avec nos troupeaux. Il a fui à leur vue, non sans emporter au préalable un animal."



18/07/2007
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