L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'intégralité de l'interview accordé par Blaise Compaoré à la presse

Blaise Compaoré face à la presse

Quoi de neuf trois ans après ?

 

Le 5 août 2004, le président du Faso, Blaise Compaoré, accordait une interview  radio-télévisée à la presse nationale et internationale. Le jeudi 6 septembre 2007, il était encore face à des journalistes burkinabè, à savoir Pascal Y. Thiombiano de la TNB, Rémi Dandjinou de Canal 3 et Alpha Barry de RFI pour un entretien de plus d'une heure d'horloge, en direct du Palais de Kossyam.

Mais quoi de neuf trois ans après celui de 2004 ?

Nous avons choisi de retranscrire certaines questions importantes avec toutes les imperfections que cela peut comporter.

 

 

Le palais de Kossyam, l'appellation est-elle consacrée officiellement ?

 

• Cette appellation est venue avec les rumeurs à Ouagadougou parce que la zone où est situé le palais s'appelle Kossyam.

Nous verrons lorsque nous serons définitivement installés pour le travail, comment définir de façon réglementaire la dénomination de cet espace.

 

Dans quelques jours sera célébré le 15 octobre, qui marque les 20 ans de votre arrivée au pouvoir. Comment vous vous sentez après toutes ces années passées à la tête de l'Etat burkinabè ?

 

• Je me sens en forme et toujours déterminé à œuvrer pour le bien-être des populations du Burkina et à faire avancer notre pays. Mais je me sens surtout bien dans ce peuple, qui est d'une grande  maturité et je me réjouis de la liberté et du progrès que nous réalisons.

A travers le monde, les libertés et les progrès sont les traits les plus importants. Aujourd'hui, sur le terrain, les évolutions positives sont nombreuses...

 

Le président Roch Marc Christian Kaboré vient d'inviter Me Bénéwendé Sankara à participer à un colloque international entrant dans le cadre de votre 20e anniversaire et Me Sankara a refusé catégoriquement l'invitation. Que pensez-vous de tout cela ?

 

• Je ne peux pas avoir de sentiment. C'est un choix qu'il ne me revient pas de commenter, au-delà de ce que nous constatons.

 

La Constitution vous donne droit au pouvoir jusqu'en 2015. Passerez-vous la main après cela ?

 

• D'ici à 2015, il y a beaucoup de travail à faire surtout que j'ai des responsabilités devant le peuple burkinabè. Je vais m'occuper d'abord de ces tâches.

 

Ne pensez-vous pas à un renouvellement de la classe politique ? La majorité du gouvernement est reprise avec les mêmes membres.

 

• Nous ne sommes pas à un théâtre de marionnettes. Je me mets du côté des populations, pour lesquelles l'accompagnement au quotidien est le plus important. Ce sont les défis à relever qui comptent le plus et non la tête des uns et des autres.

 

Mais la sclérose ne s'installe pas pour des ministres qui ont fait 10 ans à leur poste  ?

 

• Sclérose, tout ça c'est des mots. Je me mets sur le terrain des transformations positives et réelles que nous sommes en train d'assumer. La plus important pour les populations, c'est de réussir les objectifs que nous nous sommes fixés et qui coïncident avec leurs intérêts majeurs. C'est ce débat qui m'intéresse.

 

Pensez-vous qu'après 20 ans de pouvoir il est essentiel de penser à un dauphin ?

 

• C'est le choix du peuple qui m'a installé à la tête de l'Etat. Nous sommes définitivement installés dans cette logique. Pour cette raison, il faut attendre que le peuple dise son dernier mot.

 

On parle de plus en plus de dissensions entre votre frère François et votre fidèle Salif Diallo. Les avez-vous appelés pour les rapprocher ?

 

• Vous les journalistes, vous avez l'impression d'avoir beaucoup d'informations. Parfois, on se demande si vous n'en créez pas. Vous les faites mousser pour montrer que le pays bascule. Il y a  des vues d'esprit qui ne sont pas des réalités. Le rôle du président n'est pas d'aider des citoyens à se rapprocher sur quoi que ce soit. Je crois que des responsables politiques comme ceux que vous citez savent qu'ils ont des missions à assumer et qu'ils ne peuvent le faire correctement qu'ensemble et solidairement. Je ne vois pas d'éléments suffisamment graves pour que moi-même sur le plan fraternel et amical, m'immiscie dans des relations qu'ils ont nouées et tissées depuis des années.

 

Au sein du parti, il y a des clivages. Est-ce aussi une vue de l'esprit ?

 

• Il n'y a aucun parti politique au monde qui ne connaît pas de contradictions, de débats d'idées. Mais à chaque bataille électorale, on se rassemble pour que des objectifs majeurs soient atteints. Ce ne sont pas des difficultés pour une formation politique mais des signes d'expression d'un dynamisme démocratique.

 

Lors des campagnes électorales, le plafonnement des moyens des partis ne vous paraît pas judicieux ?

 

• Il faut aller effectivement vers une plus grande clarification de ces dépenses de campagne voire même leur limitation. Ce serait d'un intérêt pour les partis et le pays.

 

Comment appréciez-vous la présence de plus en plus médiatique de votre frère François Compaoré ? On a l'impression d'une succession qui se prépare.

 

• J'ai un frère qui est peut-être le moins visible possible dans ce pays depuis que je suis président. Je ne crois pas qu'il ait des ambitions de ce type. Il connaît les réalités constitutionnelles de ce pays. Il sait comment se battre pour accéder à un poste politique. A moi, il en a jamais parlé... Ce n'est pas parce qu'il est mon frère qu'il ne doit pas faire comme les autres.

 

Des travailleurs du ministère des Affaires étrangères ont été limogés et mutés dans d'autres ministères. L'Institut diplomatique et des relations internationales (IDRI) est fermé. Le gouvernement n'est-il pas allé loin en sanctionnant ainsi des compétences qui ne seront pas utilisées ?

 

• Des gens qui sortent en jeans avec des pancartes pour insulter leur pays au lieu de soigner son image, c'est ceux-là que vous appelez compétences ?

 

Donc leur dossier, qui est en cours en justice, n'a pas la chance d'aboutir ?

 

• Laissons la justice faire son travail.

 

Lors des récentes législatives, l'opposition a eu 5 sièges contre 4 pour le CDP dans la région du Centre...

 

• Le mode de scrutin explique ces résultats. Si c'était un scrutin uninominal, combien de députés donneriez-vous à l'opposition ? On disait qu'il y avait des provinces sans député. Il fallait faire en sorte que chaque province ait un député. Le mode de scrutin se définit en fonction des réalités du pays.

 

Les secteurs de l'eau et de l'électricité sont en voie d'être privatisés. Est-ce un processus engagé ?

 

• La libéralisation de l'économie doit tenir compte de l'environnement international. Il faut être compétitif et cela nécessite des moyens que certaines sociétés, comme l'ONATEL, n'ont plus les capacités de rassembler pour assumer l'expansion et la satisfaction des besoins, qui sont nombreux. La privatisation est dans l'intérêt de la société et des populations parce qu'elle permet de renforcer l'économie. Il faut dépasser le débat passionnel et voir la réalité en face...

 

Mais des domaines sensibles, comme l'eau et l'électricité, ne doivent pas être privatisés quand on connaît les pouvoirs d'achat des Burkinabè ?

 

• C'est vous qui le dites. J'ai dit que nous cherchons des formules pour rendre plus performantes certaines sociétés. Les plus urgents, c'est certainement la SONABHY pour permettre de réduire les charges de l'Etat.

 

Face au pouvoir d'achat des Burkinabè, qui est bas, certains syndicats suggèrent que le salaire soit doublé. Que pensez-vous de tout cela ?

 

• Rien du tout. Si avec une recette de 200 milliards la moitié est utilisée pour les salaires du personnel de l'Etat et que vous voulez doubler, c'est de la folie.

 

La réalité de notre économie ne devrait-elle pas amener l'Etat à réduire son train de vie ? On a l'impression que les ministères se dédoublent ?

 

• L'Etat burkinabè fonctionne avec un minimum. Deux ou trois ministres de moins ne change pas notre réalité économique. Un ministre ne coûte pas plus cher qu'un directeur. Si nous sommes en train d'aller vers des restructurations avec la privatisation, c'est pour alléger les charges de l'Etat de sorte à lui donner plus de possibilités d'agir ailleurs.

 

La Cour des comptes vient de faire une sortie médiatique. La mairie de Ouagadougou a été épinglée. Les rapports sont-ils pris en compte ?

 

• Le gouvernement a décidé de mettre en place une structure pour suivre les recommandations de la Cour des comptes et veiller à corriger les erreurs et les insuffisances. Il y a certainement dans ce volet des dossiers qui seront orientés vers la justice.

 

Au-delà de la Cour des comptes, il y a le RENLAC, la Haute autorité  de coordination de la lutte contre la corruption. Que faites-vous de ces rapports ? Ne dorment-ils pas dans les tiroirs ?

 

• Dormir dans les tiroirs, ça signifie quoi ? Dans ces rapports, il y a des choses qui ne sont pas vraies. Le gouvernement travaille avec les institutions. Il ne peut pas faire de chaque association qui se créé dans ce pays une institution de la République.

 

Il y a l'Inspection d'Etat, la Cour des comptes... finalement ça fait pas trop tout cela ?

 

• Le gouvernement du Premier ministre Ernest Yonli avait engagé une réflexion sur le sujet et d'ici la fin de l'année, celui du Premier ministre Zongo va poursuivre la réflexion sur un projet de loi. Cela va donner davantage de capacité à agir avec célérité.

 

Nous assistons ces derniers temps à des bâtiments qui s'écroulent, des ouvrages qui cèdent. N'y a-t-il pas un problème dans la passation des marchés ?

 

• Aux Etats-Unis et en Europe, des ouvrages s'effondrent. C'est ainsi partout dans le monde. Quand il y a une détérioration d'une route ici, c'est comme si sur toute la chaîne, il n'y a jamais eu de route normale.

 

Mais un pont qui s'écroule une année après sa construction pose problème ?

 

• Je pense qu'il s'agit d'un problème de contrôle. Mais il ne faut pas voir cela dans un ensemble de limites réelles de nos capacités pour l'exécution. Ce sont des entreprises qui le font. Est-ce que nous avons le potentiel en bâtiment et construction pour assumer toujours avec la rigueur qu'il faut les travaux ?

 

Les chiffres sont reluisants au niveau de l'accès à l'eau, aux soins de santé. Mais dans le Burkina profond, la réalité est toute autre, il y a un déphasage.

 

• Il est certain que nous avons des installations hydrauliques, qui fonctionnent et qui connaissent des difficultés. La gestion de ces infrastructures n'est toujours pas au point. C'est pour cela que nous travaillons à former des gens pour une meilleure utilisation de ces installations. Il y a plus de 50 mille puits modernes et forages au Burkina. En faisant une évaluation, par rapport à la population, on peut parvenir aux chiffres évoqués.

 

Le Burkina est inondé. On a l'impression que le gouvernement souffre d'un problème de capacité de réaction. Les secours arrivent un peu tard. On l'a vu récemment avec le conflit agriculteurs/éleveurs.

 

• Le gouvernement ne peut pas tout prévoir. Nous sommes en train de réfléchir sur les moyens de secours aux populations en détresse en les décentralisant au maximum.

Nous sommes conscients qu'il faut agir autrement en mettant plus de moyens. Il en est de même pour les problèmes entre agriculteurs et éleveurs. Il y a la politique du foncier rural, qui est en débat à l'Assemblée nationale. Nous en avons longuement débattu en Conseil des ministres.

 

Il y a une forme d'intolérance qui se développe au Burkina Faso. On l'a vu à Bobo avec le maire Koussoubé qui ne serait pas de la région et du maire Ouali qui ne serait pas de Gaoua.

 

• Ce sont des débats qui ont été très vite dépassés par la réalité. Koussoubé comme Ouali ont dirigé les mairies de Bobo-Dioulasso et de Gaoua. De toute façon, les situations d'intolérance arrivent dans toutes les sociétés du monde... Mais le Burkina peut être  cité comme un exemple de cohabitation pacifique des populations.

 

On assiste également à une forme de régionalisme avec les ministres qui repartent chez eux parce qu'ils viennent d'être nommés.

 

• Le ministre est d'abord un ministre de la République. Mais il vient de telle région connue.

 

Mais après deux mois de nomination, il repart dans son village. C'est sur de petits instincts que sont bâtis des problèmes lorsque, situation économique oblige, les appartenances grégaires se développent.

 

• Merci de l'information. Je n'ai pas suivi l'actualité ces derniers temps.

 

La réunion du Comité d'évaluation et de suivi (CEA) de l'Accord politique de Ouaga vient de se tenir. Il a été, entre autres, question de la sécurité du Premier ministre Guillaume Soro, qui devait être assurée par le Burkina. Un projet de loi avait été introduit à l'Assemblée et subitement, il y a eu machine arrière. Que s'est-il réellement passé ?

 

• Au moment de l'Accord, le Burkina, avec l'accord des deux parties, avait souhaité être présent sur le plan militaire, tout simplement parce que la responsabilité que nous avons était telle que le facilitateur doit être constamment informé sur, non seulement des questions politiques, mais également des questions sécuritaires et de défense. Sur cette base, nous avons pu observer que le processus était engagé de façon normale. Nous n'avons pas jugé nécessaire d'y être dès les premiers mois. Après l'attentat, il était devenu évident pour le facilitateur, qui n'avait personne sur le terrain, d'avoir des informations. Si les deux parties signifient leur accord nous allons saisir de nouveau l'Assemblée pour légiférer sur la question.

 

Au Niger, vous avez été un des acteurs de la paix. La rébellion a repris. Vous avez proposé une médiation, qui, semble-t-il, a été rejetée par Niamey ?

 

• Nous avons, en tant que président en exercice de la CEDEAO, dépêché une mission pour s'informer de la situation sur place et, bien sûr, donner notre appréciation sur la question. Il revient au Niger de choisir la voie la plus adaptée...

 

Le président Nicolas Sarkozy n'est pas venu au Burkina. Cela ne traduit-il pas un changement dans nos relations avec la France ?

 

• Après trois mois de pouvoir, le président Sarkozy ne peut pas sillonner tous les pays en plus de ses instances en Europe. Nos relations avec la France sont excellentes.

 

Avec le discours tenu par  Nicolas Sarkozy à l'université Cheick Anta Diop de Dakar, n'y a-t-il pas une nouvelle politique de la France qui se dessine ?

 

• Un discours n'est pas une politique. Attendez qu'il expose sa nouvelle politique pour qu'on en débatte.

 

Vous avez entretenu des relations poussées avec Charles Taylor. Aujourd'hui, il est devant le tribunal. Cela n'est-il pas source d'inquiétude pour vous ?

 

• Pourquoi ?

 

Il a été reconnu qu'il y avait des militaires burkinabè au Liberia.

 

• Le Liberia et la Sierra-Leone ne sont-ils pas deux pays différents ?

 

Même en Sierra-Leone, le Burkina Faso a été épinglé ?

 

• Par qui ?

 

Par le Conseil de sécurité de l'ONU. Si ce n'est pas vrai, c'est à vous de nous le dire.

 

• Si c'était vrai, j'en serais saisi.

 

Une Commission d'enquête est passée dans notre pays !

 

• Beaucoup de pays de la sous-région ont été visités par cette commission... Je souhaite que la justice soit efficace parce que les Africains attendent un jugement équitable, ne donnant pas lieu à des interprétations qui vont détériorer nos relations avec d'autres pays.

Au-delà, comment expliquer qu'un pays comme la Sierra-Leone, qui, à ce qu'on dit, est extrêmement riche, ne puisse pas aller à l'explosion ?

 

Le Burkina entretient des relations avec Taïwan. D'aucuns n'hésitent pas à dire que notre pays a misé sur le mauvais cheval.

 

• Le Burkina n'a pas été créé avec la Chine continentale. Le Burkina est un pays souverain qui entretient des relations avec les pays qu'il veut. Que demain, il y ait 20 Chines, on ne demandera pas l'avis de Blaise Compaoré. S'il y a un pays qui investit en Afrique,  c'est bien la Chine continentale. Mais chaque pays choisit la coopération qui lui convient. La Chine de Taïwan a réalisé beaucoup de choses au Burkina Faso dans les domaines de l'agriculture, des infrastructures sanitaires et scolaires.

 

Vous êtes un fan du football. Le Burkina n'est pas qualifié pour la CAN 2008. En êtes-vous déçu ?

 

• Les Etalons ont joué 5 CAN d'affilée. On ne peut pas gagner tous les jours. Il ne faut pas voir l'évaluation définitive de ce que représente le Burkina dans les résultats. Le Ghana et le Nigeria ont atteint la demi-finale de la coupe du monde des cadets. Quand on sait que ces deux pays ont eu du mal à battre le Burkina en CAN, cela donne une valeur de nos cadets.

 

Retranscription :

Adama Ouédraogo dit Damiss

L’Observateur Paalga du 10 septembre 2007



10/09/2007
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