L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La crise de confiance persiste

Grève contre la vie chère au Burkina

La crise de confiance persiste

 

C'est aujourd'hui que s'achève la grève engagée par les syndicats pour amener le gouvernement à agir, de façon effective, contre l'érosion dramatique du pouvoir d'achat, accentuée ces derniers temps par la hausse persistante des prix des produits dont nul ne peut se dispenser.

Devant un problème de cette ampleur, il faut sans cesse se demander ce qui peut être fait, et la mesure dans laquelle on a fait ce qu'on devait. Dans cette perspective, l'observateur objectif ne peut pas éviter de constater qu'en publiant les mesures par lesquelles il entendait faire baisser les prix de certains produits, le gouvernement a avoué qu'il y avait un problème ; il a reconnu que les gens avaient raison d'être inquiets et mécontents. Or que se passe-t-il dans les faits ? Lesdites mesures sont-elles, sur le terrain, suivies d'effet ? On doit répondre à cette question par la négative. Les prix n'ont pas du tout baissé, bien au contraire ! Et, pour ne rien arranger, nous nous apprêtons à entrer dans la saison des pluies avec son lot de difficultés inévitables : épuisement des réserves familiales, difficultés d'accès de certaines zones dues à l'impraticabilité des voies. Même en temps normal, la période de soudure est une période redoutée. Comment cela se passera-t-il avec la flambée des prix ?

Dans son adresse aux organisations syndicales, le ministre du Travail leur demande de temporiser et d'attendre septembre. Comment ne pas penser qu'il faut faire un geste conséquent en direction du partenaire pour qu'il puisse, tablant sur votre bonne foi, s'obliger à la patience dont vous lui demandez de faire preuve ? Or, qu'est-ce que le gouvernement a fait alors que depuis deux ans les syndicats de ce pays dénoncent la vie chère, qu'ils manifestent pour attirer l'attention des autorités ? Qu'a-t-il fait alors que dans plusieurs villes du tiers-monde, l'embrasement fait parfois des morts, et que dans certaines villes du Burkina, dont Bobo et Ouaga, il y a eu des manifestations violentes ? Et qu'a-t-il fait pour que les mesures déjà édictées soient effectivement appliquées ? A-t-il mis en place des structures de suivi et de contrôle ? Il est clair que ce n'est pas le cas.

Or, en énonçant des mesures sans veiller à ce qu'elles soient respectées, le gouvernement risque de jeter le discrédit sur lui-même. Comment les populations peuvent-elles lui faire confiance quand il ne se soucie pas de faire appliquer des mesures (du reste insuffisantes) qu'il a prises pour les soulager ?

D'autre part, il est clair que le pouvoir n'est pas toujours aussi laxiste, et qu'il sait sévir promptement et lourdement contre certaines catégories quand elles contreviennent aux décisions de l'Etat. Comment les populations, qui tiennent à jour le compte de ces actions répressives, ne finiront-elles pas par penser qu'il y a là deux poids, deux mesures ? Qu'est-ce qui fait que les commerçants peuvent passer outre les décisions du gouvernement ? On ne peut pas empêcher les gens de croire à une collusion entre ces deux mondes.

Et puis, les manifestations organisées par les syndicats ont été, depuis deux ans, des manifestations légales, pacifiques et républicaines. Or, il est effectif que le gouvernement ne s'est résolu à agir qu'après les manifestations violentes. Peut-on en vouloir aux gens s'ils pensent que les cadres républicains d'expression sont inefficaces ? Qui plus est, quand le torchon est éteint, le pouvoir semble se désintéresser de la question. Ne fait-on pas ainsi le lit de futures révoltes ?

On a vu l'inspection générale des Affaires économiques procéder à certains contrôles : la qualité de l'essence, le poids du pain... Ce ne sont pas des actions dérisoires. Mais cela prouve bien que quelque chose peut être fait pour exercer un contrôle effectif sur l'activité commerciale afin que les populations ne soient pas livrées, impuissantes, aux appétits gloutons d'un capitalisme sauvage.

Enfin , on ne peut pas ne pas regretter le manque d'imagination de nos dirigeants. Face à un environnement hostile, l'homme s'en est toujours tiré en faisant preuve d'inventivité et d'imagination. Or, de ce point de vue, le gouvernement ne donne pas toujours l'exemple. Un exemple simple : pourquoi le pain fabriqué avec le petit mil n'est toujours pas expérimenté ? A chaque session du FRSIT (Forum sur la recherche scientifique et les innovations technnologiques), des inventions sont présentées au public : comment se fait-il que le travail de nos chercheurs ne soit pas valorisé ? Plus que jamais, il faut que nous produisions ce que nous consommons, et que nous consommions ce que nous produisons. Devant la panne du libéralisme, il faut que les dirigeants africains soient imaginatifs et qu'ils soient capables de s'élever au-dessus de leurs intérêts personnels.

 

Le Pays du 15 mai 2008



15/05/2008
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