L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La danse, un projet pour les jeunes ? pourquoi pas!

Ministère de la Jeunesse et de l'Emploi

La danse, un projet pour les jeunes ? pourquoi pas!

 

L'organisation de concerts dans les 13 régions du Burkina par le ministère de la Jeunesse et de l'Emploi, pour commémorer la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ), a été  diversement appréciée par l'opinion nationale. Les réactions à ce sujet se multiplient toujours. La dernière en date est celle d'un lecteur pour lequel l'initiative du département de la Jeunesse et de l'Emploi n'est pas aussi mauvaise que ça.

 

«Artiste-musicien», c'est quelle profession ça !» Ainsi s'exprimait un recruteur de l'armée voltaïque à l'endroit de deux jeunes venus se faire recruter dans l'armée. Cet affront n'a pas ébranlé le moral de ces jeunes ; puisque, intégrés à l'Armée, ce sont eux qui, plus tard, seront les piliers de l'orchestre «les Léopards» de Bobo, qui a fait la fierté de la musique

burkinabé. Jusqu'à ce jour, certains d'entre eux sont entre deux avions pour réaliser des projets culturels à fortes retombées économiques. Autrefois, être orienté dans les filières techniques ou agronomiques était mal vu et même très mal vu. Ces filières de formation  n'accueillaient que les laissés-pour-compte de la société, c'est-à-dire les recalés du système des lycées et collèges, sous le prétexte de l'âge

et de la moyenne en classe. Autrefois, selon des règles convenues, le sport, l'art et la culture étaient des pratiques réservées aux personnes qui ne pouvaient réussir nulle part ailleurs. Gare aux enfants donc qui s'y aventuraient, même s'ils laissaient transparaître des dispositions pour y exceller ! Que de talents gâchés au nom de la convenance !

Autres temps, autres mœurs ; le chemin classique pour réussir dans la vie passait nécessairement et immanquablement par l'école. Et l'école formait pour devenir fonctionnaire de la République, pour être bureaucrate, bref, pour "être quelqu'un". L'école ne formait pas pour ouvrir des quincailleries, pour devenir menuisier, maçon ou mécanicien, encore moins agriculteur ou éleveur. Elle ne formait surtout pas  des chanteurs, des musiciens, des danseurs, des artistes, des sportifs. Pour quoi faire?

 

L'école ne formait pas des artistes...

 

Malgré le changement radical des choses, et leurs leçons, certains, et on les comprend, installés dans leur mentalité formatée, font du conservatisme et de la résistance. Les temps ont vraiment changé.

Plus tôt on le saura, plus vite on s'adaptera afin de prendre la place qui est la nôtre dans une mondialisation qui n'a que faire des jérémiades de ceux qui ne savent que faire cela.

La danse peut être un projet pour les jeunes, contrairement aux idées reçues ; tout comme la musique, le sport, la gestion des boîtes de nuit ou des bars, la mode, le gardiennage, le parking, la menuiserie, la  maçonnerie, et tous ces autres métiers qui souffrent de ce type de préjugés qui font que les jeunes préfèrent ne rien faire que de les exercer. Cet obstacle inutile et même nuisible fait que certains  jeunes venus d'ailleurs nous imposent le respect.

Tenez, en musique par exemple, alors que nous étions assis sur nos couilles de la honte à faire des scrupules sur l'importance du message en musique, sur ce qu'il faut ou ne pas chanter, sur les valeurs du bien et du mal, des musiques venues des Lacs et des lagunes, sans scrupules, sans égard pour ce moralisme, nous faisaient danser toute honte bue. Ceux qui ont tenté la résistance déclaraient : «Je ne suis pas un chien pour danser la danse du chien». On les a surpris un peu plus tard en train de se trémousser en singeant parfaitement l'animal qu'ils n'étaient pas. Alors que les mêmes nationalistes, à la morale et au patriotisme à fleur de peau, s'échinaient à censurer la musique, le couper-décaler partout où besoin était, les pistes des boîtes de nuit et les maquis grouillaient de mélomanes burkinabè. Heureusement que des jeunes Burkinabé, au lieu de s'apitoyer sur leur propre sort, se sont approprié le rythme pour diffuser la bonne nouvelle. Aujourd'hui, tous les DJ sont fiers de vous dire qu'en la matière la musique burkinabè se défend. On rencontre dans les boîtes de nuit et maquis des tenants de la thèse selon laquelle «la danse n'est pas un projet pour les jeunes» ; coupez et décalez pour demander à leur voisin si c'est vraiment des Burkinabè qui font cette musique.

 

C'est dans les réjouissances que les messages passent le mieux

 

 Les jeunes ont besoin qu'on leur crée les conditions réelles et concrètes de leur épanouissement. Le débat doit se poser là, sans a priori aucun: qui ne sait pas en effet que jeunesse rime avec réjouissance ? Qui ne sait pas non plus qu'autour des réjouissances se créent et se consolident des milliers d'emplois de tous ordres ? Qui ne sait pas que c'est dans ces réjouissances que les messages les plus sérieux et les moins sérieux aussi passent le plus efficacement possible ? Qui ne sait pas que pour vendre leur produit ou leur message, les entreprises et les institutions qui ont besoin de ces occasions sont plus enclines à puiser dans leur budget de publicité et de communication ? Ou croit-on qu'elles auraient choisi d'embaucher 100 personnes ou de financer une formation avec leur budget de publicité ou de communication? Le ministère de la Jeunesse et de l'Emploi a au moins un mérite que beaucoup de jeunes des associations de jeunesse lui reconnaissent : celui d'avoir réussi à faire parler, en bien ou en mal certes, de la Journée internationale de la jeunesse, célébrée le 12 août de chaque année à l'initiative de l'Assemblée générale des Nations unies depuis 1999. A l'instar des  femmes, des enfants, les jeunes ont depuis ce temps leur journée, mais elle n'était pas jusqu'alors autant magnifiée. On aurait pu crier avec raison au scandale si,  de la partie festive qui entoure tout anniversaire (même dans nos familles les plus modestes), le ministère s'était contenté.  L'opération 65/15, malgré sa symbolique, semble être passée par pertes et profits. La formation de 150 formateurs aux métiers, lancée le vendredi 17 août, est passée inaperçue. Ces formateurs formeront à leur tour 10 000 jeunes  par an aux métiers durant 5 ans ; l'annonce par le ministre Justin Koutaba de la formation en entrepreneuriat de 5000 jeunes par an pendant 5 ans dans les 13 régions du Burkina n'a pas non plus retenu l'attention des admirateurs occasionnels de La Fontaine. A l'issue de cette dernière formation, les 500 meilleurs projets seront financés par le Fonds d'appui aux initiatives des jeunes et par d'autres structures. Ce sont autant de faits qui n'ont pas pesé lourd dans l'analyse de ceux qui ne veulent que faire voir les concerts. Selon des chiffres donnés au lancement de l'opération 65/15, ce sont à peu près 300 emplois temporaires qui ont été créés pour entretenir les plants d'arbres qui ont été mis en terre.

Jeunes du Burkina, il faut souhaiter que les grands chantiers en cours prennent corps pour notre grand bonheur au lieu de s'adonner à du moralisme débridé qui ne nourrit pas son homme. Le ministre Koutaba a fait des promesses à propos desquelles nous l'attendions de pied ferme. C'est pourquoi de façon générale, je souhaite que des mesures incitatives soient prises par le gouvernement pour encourager les entreprises qui recrutent les jeunes ou qui offrent des stages aux jeunes. L'expérience de «Top vacances emplois» doit être capitalisée parce qu'elle a réussi à appréhender et régler de réels problèmes que rencontrent les jeunes diplômés.

 

Coulibaly Nouhoun

Bobo-Dioulasso

L’Observateur Paalga du 23 août 2007

 



23/08/2007
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