L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La Parenté à plaisanterie au Niger

Parenté à plaisanterie

Le cousinage, un  infaillible régulateur de tensions sociales

 

Un incident peut-être banal, mais sans doute assez révélateur de la force et de l’importance du rôle de ‘’régulateur de tension’’ que joue la parenté à plaisanterie au sein de notre société. La scène se passe un samedi matin aux guichets d’une banque de la place, à une heure de grande  affluence. Pour éviter la rude épreuve de la bousculade, source de toutes sortes de désagréments et de frustrations, les clients ont dû former le rang. L’ordre étant strictement respecté par tout un chacun, tout se déroulait normalement. Du moins, jusqu’à l’arrivée d’un monsieur visiblement peu soucieux des règles de bienséance qui ne s’est pas gêné pour faire fi de l’ordre établi en ignorant l’existence du fil de clients.

 

Marchant d’un pas déterminé et la mine crispée, comme pour dissuader ceux qui pourraient être tentés de le rappeler à l’ordre, notre monsieur fonça directement au guichet, brûlant royalement la politesse à tous ceux qui l’ont devancé. L’atmosphère devint subitement pesante. Ça commença à murmurer dans les rangs sans que nul n’ose élever la voix pour crier au scandale. Et soudain une voix de femme monta dans le fil : « Il y a des signes qui ne trompent guère. Pour agir ainsi, il faut forcement être un Bagobiri. ! Quand il s’agit de palper l’argent, c’est toute leur avidité qui se met en éveil. Il faut le comprendre, c’est plus fort qu’eux… ».

 

Tous les regards se tournent vers cette femme qui apostrophait l’intéressé. Le ton était sérieux, voire assez rude, mais chacun a tout de suite compris que la dame venait d’engager à travers ces mots une approche plutôt diplomatique de régler le problème. « C’est pareil chez les Djerma, quand ils se trouvent devant un plat de ‘’dibiganda’’ bien assaisonné de ‘’tigadigué’’ et chez les Sonray, devant un une tasse de ‘’doungandi’. Autrement dit, à chacun son objet de cupidité… », rétorqua le monsieur.

 

Rires et détente dans les rangs des témoins de cet épisode de plaisanterie sur fond d’empoignade entre le cousin Bagobiri et sa cousine Djerma. L’atmosphère se décante et les pourparlers s’engagent. Après que l’intéressé ait expliqué le mobile de son empressement, la cousine plaida la cause de son cousin pour qu’on le laisse passer à la caisse. Un consensus fut ainsi trouvé et le monsieur ne manqua pas, avant de partir, de glisser un billet de 2000 FCFA à sa parente, comme pour dire que l’incident est clos. Et en beauté !…

 

Une scène pareille, on la vit presque tous les jours et à toutes circonstances, partout au Niger. En effet, chaque attroupement de personnes, cérémonie et autres occasions du genre sont, mine de rien, dominés et agrémentés par les ‘’altercations verbales’’ de goût plutôt plaisant entre Peulh, Maouri et/ou Béri-béri ; Djerma, Sonray, Bagobiri et Touareg, Gourmanctché et Touareg, etc. Comme quoi, au Niger, la concorde nationale n’est pas un vain mot, car elle tient sa force de ses racines ancestrales.

 

Assane Soumana

Extrait de «L’air du temps» in Sahel Dimanche/Niger



21/04/2007
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