L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La tentation du diktat majoritaire

Assemblée nationale

La tentation du diktat majoritaire

 

Le projet d'envoi d'un contingent militaire burkinabè en Côte d'Ivoire pour protéger le Premier ministre, Guillaume Soro, qui a échappé à un attentat dans son fief de Bouaké, a inspiré les lignes ci-dessous, signées par Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président du Groupe parlementaire alternance, démocratie et justice (ADJ). Le Groupe se félicite du retrait par l'Assemblée nationale dudit projet à la plénière du 30 juillet 2007, mais "reste prudent et vigilant, car il ne saura donner sa caution à de telles lois".

 

Après l'attentat dont il a été victime dans son fief de Bouaké, l'ancien chef rebelle et actuel Premier ministre de la Côte d'Ivoire, Guillaume Soro, a réservé sa première sortie pour le Burkina Faso, comme pour chercher refuge ou pour se ressourcer auprès de celui-là même que les autorités ivoiriennes et l'opinion internationale désignaient à tort ou à raison comme le principal commanditaire et bénéficiaire de la rébellion ivoirienne. Ce voyage en tout cas suscitera toutes les interprétations et supputations les plus controversées.

En effet, pendant que la presse nationale et internationale faisait état de l'envoi d'un contingent militaire burkinabè en Côte d'Ivoire pour protéger le Premier ministre, Guillaume Soro, celui que l'on veut protéger à son corps défendant déclarait a contrario faire confiance aux forces de sécurité de son pays, pour assurer sa protection. C'est dans cette cacophonie que notre auguste Assemblée opérait un coup de force contre la Constitution du Burkina Faso en faisant amender l'ordre du jour déjà adopté pour la session extraordinaire, portant loi d'orientation de l'éducation, pour inscrire au forceps le nouveau projet de loi, portant envoi d'un contingent militaire burkinabè en Côte d'Ivoire. Le battage médiatique qui s'en est suivi faisait croire que ce projet anticonstitutionnel avait un caractère très urgent et était d'un intérêt national équivalant à une situation de guerre avec l'occupation d'une portion de notre territoire national.

 

Le pyromane devenu pompier

 

Aujourd'hui, en apprenant le retrait in extremis de ce point ô combien périlleux et controversé de l'ordre du jour de la session extraordinaire de l'Assemblée nationale, nous pouvons pousser un ouf de soulagement, de concert avec l'ensemble de notre peuple qui avait retenu son souffle. Cependant, il nous paraît important et pour l'avenir, d'en appeler à une prise en compte des avis motivés au sein de notre Assemblée, dernier rempart de la légalité constitutionnelle et des actes de portée majeure au-delà de la tentation du diktat de la majorité mise mécaniquement en branle pour avaliser tout ce qui vient du gouvernement. En effet, n'eût été ce retrait intervenu dans des conditions tout aussi précipitées que troubles, il ne fait aucun doute que ce projet de loi aurait été voté par les députés acquis quel que soit ce qu'il aura coûté par la suite à nos soldats, aux trois millions de Burkinabè vivant en Côte d'Ivoire et à l'image de notre pays déjà fortement écorné au plan international.

En effet, au-delà de l'inscription de ce point à l'ordre du jour au mépris de la Loi fondamentale de notre pays, nous notons dans le fond que généralement, les pays en crise refusent les troupes de ceux qu'ils considèrent comme leur étant hostiles. Toutes choses que le président Laurent Gbagbo confirme en déclarant ici à Ouagadougou lors de la signature des accords de la médiation, et nous citons : "...il est bon que ceux qui créent les crises aient ensuite la charge de leur résolution" ?

 

Des actes condamnables

 

Nous estimons de ce point de vue que l'arbre ne doit pas cacher la forêt, car la médiation du Président Blaise Compaoré n'en fait pas moins de lui le pyromane voulant s'ériger en pompier. Dès lors, le caractère hasardeux d'une telle mission qui ne fait pas l'unanimité dans le pays d'accueil au regard des communiqués de rejet et de dénégation que nous avons tous suivis nous imposent de surseoir définitivement à un tel coup de force difficilement acceptable dans un contexte où le peuple ivoirien lui-même a perçu la nécessité de faire la paix.

En tout état de cause, si le renforcement de ce processus requiert le concours de toutes les bonnes volontés et qu'il faut se féliciter de toutes les médiations, il reste qu'il faut s'abstenir des actes éminemment dangereux comme l'attentat du 29 juin 2007 dirigé contre le Premier ministre ivoirien. Dans la même logique, l'envoi de troupes militaires burkinabè même sous le manteau de l'ONUCI et contre la volonté des Ivoiriens toutes tendances confondues sonnerait un aveu d'envahissement du Burkina Faso. Ces actes, étant susceptibles de remettre en cause la paix encore fragile dans la République sœur de Côte d'Ivoire, ne sont que condamnables.

C'est pourquoi notre groupe parlementaire a élevé une vive protestation contre l'envoi, déjà effectué à la sauvette ou sera effectué à l'avenir d'un contingent militaire en Côte d'Ivoire.

Avec le retrait prononcé à la plénière du 30 juillet 2007 sur demande sans explication du gouvernement, le groupe parlementaire ADJ s'en félicite, mais reste prudent et vigilant, car il ne saura donner sa caution à de telles lois.

 

Fait à Ouagadougou, le 2 août 2007

 

Pour le Groupe parlementaire ADJ

Le président

 

Maître Bénéwendé Stanislas Sankara

L’Observateur Paalga du 8 août 2007



08/08/2007
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