L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Le général face à ses frères d'armes

Guinée Conakry

Le général face à ses frères d'armes

 

Un régime qui a tendance à s’éterniser et qui est trop conservateur pour proposer le moindre changement finit un jour par être désavoué. C’est ce que vit actuellement la Guinée Conakry et cela est la conséquence de ce que nous venons de dire. Rien ne va plus dans ce pays qui a été secoué et paralysé par la terrible grève de janvier 2007. On a encore en mémoire les heurts  entre police et manifestants, qui ont fait 137 morts et 1667 blessés entre le 22 janvier et le 26 février dernier.

La grève générale, rappelons-le, avait été lancée par les syndicats, soutenus par l’opposition, contre la corruption et l’ingérence du président Lansana Conté dans les affaires judiciaires. Face à cette crise politique qui semblait s’éterniser, il a fallu l’intervention de la CEDEAO pour que la situation ne s’envenime pas. Des négociations ont été ouvertes entre le gouvernement et les syndicats pour aboutir à la nomination d’un Premier ministre en la personne de Lansana Kouyaté. Un autre Lansana, mais civil contrairement à l’autre qui est militaire et qui s’est emparé du pouvoir par un coup d’Etat sans effusion de sang. Signalons au passage qu’avant l’arrivée de Kouyaté, Conté avait fait appel à Eugène Camara, nommé le 8 février 2007. Mais ce choix du Chef de l’Etat avait de nouveau déclenché la colère des syndicats. Conté ayant reculé, c’est donc à Kouyaté qu’on a donné des pouvoirs élargis pour assumer la fonction de chef de gouvernement, jusque-là rempli par le chef de l’Etat, et ce, depuis l’indépendance de ce pays en 1958.

Agé de 58 ans, le nouvel occupant de la primature, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans la diplomatie, a pris fonction depuis quelques mois pour redresser une économie en agonie.

Alors qu’on pensait que tout le monde a compris que c’est dans la paix qu’il faut construire un pays, voilà que les choses se gâtent. Après les syndicats, ce sont des soldats qui prennent le relais. Il y a quelques jours, ils sont descendus dans la rue pour réclamer une revalorisation de leur solde et le renvoi de leurs supérieurs en tirant des coups de feu en l’air. Comme en pareille situation, des civils ont pris des balles perdues. Conté doit certainement se demander ce qui lui arrive. Croyant peut-être qu’il allait désormais dormir tranquille, le voici confronté à un autre problème qu’il n’a pas tardé à régler. Selon un décret publié le samedi 12 mai dernier, il a relevé de ses fonctions le ministre de la Défense, le général Arafan Camara, et le chef d'état-major de l'armée, Kerfalla Camara.

Le général Arafan Camara, qui avait été nommé ministre de la Défense dans le gouvernement formé le 28 mars, a été "muté" et remplacé par le général Mamadou Baïlo Diallo, réputé homme de terrain et qui est à la retraite depuis 2005.

Le général Kerfalla Camara a été remplacé à la tête de l'armée par le général de brigade Diarra Camara, précédemment commandant de la 3e région militaire de Kankan (est).

Le général Ibrahima Diallo, qui était chef d'état-major adjoint des armées, a été remplacé par Mamadou Sampil, un colonel, élevé samedi au grade de général de brigade au terme d'un autre décret présidentiel. Mamadou Sampil était précédemment chef d'état-major adjoint de l'armée de terre.

Autres personnalités limogées: le colonel Bambo Fofana, qui quitte les fonctions d'intendant général des forces armées au profit du commandant Mamadou Korka Diallo, ainsi que le colonel Chérif Diallo, qui cède le fauteuil de commandant du bataillon du génie militaire au commandant Tidiane Diallo.

Le lieutenant-colonel Aboubacar Sidiki Nabé, qui était médecin-chef des forces armées, a également été limogé et remplacé par le commandant Mamadou Diaby.

Au total, huit responsables de l'armée ont été démis de leurs fonctions.

Le décret présidentiel ne précise pas les nouvelles affectations des officiers supérieurs limogés, ni les raisons de leur limogeage.

Aux dernières nouvelles, les mutins seraient satisfaits… Maintenant, il reste à savoir si ce n’est pas le pouvoir qui a orchestré tout cela. Les syndicats ayant eu gain de cause, il faut que le régime ouvre les yeux sur ceux qui l’entourent, car sait-on jamais. Aujourd’hui, le vrai problème de la Guinée, c’est Conté, qui aurait dû partir à temps pour éviter qu’on vive ces événements fâcheux. L’homme a toujours dit à qui voulait l’entendre qu’il est militaire dans l’âme. Il s’est toujours bien senti dans la troupe depuis qu’il a embrassé la carrière des armes. Mais les choses semblent avoir changé puisque le danger vient de son propre camp. Le général a le sommeil troublé face à ses frères d’armes qui réalisent maintenant que le pain n’est plus suffisant.

Les pouvoirs dictatoriaux disparaissent d’eux-mêmes quel que soit le temps.

 

Justin Daboné

L’Observateur Paalga du 15 mai 2007



15/05/2007
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