L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Le Tackborsé : Enfin une véritable identité

Musique
Le Tackborsé

Enfin une véritable identité

 

"Highlive", "Mbalax", "Makossa", "Couper-décaler". Ces appellations non exhaustives renvoient respectivement à l'identité musicale du Ghana, du Sénégal, du Cameroun et de la Côte d'Ivoire. Jusqu'à une période récente, la musique burkinabè n'avait vraiment pas une orientation bien précise, quoique les différents acteurs aient essayé avec le Warba, le Wiiré…

 

Il manquait encore ce " supplément d'âme " qui fait toute la différence. Mais ces dernières années, une nouvelle page semble s'écrire avec le tackborsé. Ce genre musical fait actuellement " tabac " dans les maquis, "coins branchés", sur les ondes radio-télé … Même la "grande muette" danse bruyamment le tackborsé. Le rythme accroche. Il secoue.

 

Ce concept qui provoque un délire chez certains mélomanes a été concocté par un homme : Ahmed Smani. Même si par la suite, de nombreux autres acteurs y ont apporté leur touche, on reconnaît quand même la paternité du tackborsé à cet ancien danseur jadis connu sous le nom de Papa Zaïko. Le Zaïko étant une danse d'origine congolaise.

 

Le tackborsé est issu de la combinaison du warba, du wiiré et du liwaga. Il signifierait sonner le " borgo ", le cor en langue nationale mooré. La danse consiste à tirer du sol une corde imaginaire. Danse et rythme sont inséparables. Etre dans l'élan, la respiration, la justesse est indispensable pour la réussite du mouvement.

 

En initiant le tackborsé, Ahmed Smani avait pour ambition de combler un vide et surtout de contribuer à la fédération de la galaxie musicale nationale. Arrangé des mains de maître par Sam Zongo Etienne, " Zalissa ", son premier album, est un franc succès. La mayonnaise prend. Les refrains repris en chœur. Le tackborsé naît. Au grand bonheur de mélomanes en soif d'un rythme "typiquement ancré dans les profondeurs locales".

 

La danse prendra véritablement son envol avec le titre "bouge" du "Gouvernement ". Puis suivront les groupes "Le Pouvoir", " La cour Suprême ", " Les premières dames ". Les uns et les autres rivalisent de trouvailles. L'émulation est présente. Toutefois, la grande majorité de l'opinion est choquée quand elle assiste à cette espèce de querelle de clochers entre ces derniers.

 

"C'est juste des jeux de mots", soutiennent les uns. "Ils ont cherché, ils ont trouvé ", renchérissent les autres. Désormais, la musique sert pratiquement à régler des comptes. On aura donc successivement " Le verdict " et " La Sentence " de la Cour Suprême. Le Pouvoir préparerait sa " Réplique ".

 

Dans ce méli-mélo, le tackborsé prend un autre tournant. Pas du tout glorieux. Mais la danse conforte tout de même son assise. Aujourd'hui, la plupart des derniers albums ont une forte coloration de tackborsé. La musique burkinabè semble enfin sortir de son confinement habituel pour s'affirmer réellement.

 

Continuer le combat

 

Le tackborsé fait certes recette aujourd'hui. Mais il n'est pas encore arrivé à s'imposer comme rythme incontournable sur l'échiquier musical. La promotion fait quelque peu défaut. Il n'est pas rare en effet que des radios ou des chaînes de télévision passent tout leur temps à jouer de la musique d'ailleurs. Réservant ainsi la portion congrue à la production locale. Le " couper-décaler " en est un exemple.

 

Les artistes ont donc l'impression que leurs efforts sont vains. Pourtant, des chartes existent en matière de promotion culturelle nationale. Dans la réalité, elles sont peu respectées. A cette allure, le tackborsé risque la sclérose en ne devenant qu'une simple musique de mode, un mouvement de foule bien suivi. Une inquiétude d'autant plus grande que le Burkina Faso n'échappe pas à " l'envahissement " culturel du fait de la mondialisation.

 

Cet envahissement se manifeste sous diverses formes et quelquefois de manière extrême. Les coutumes et traditions nationales, fondements essentiels des valeurs morales et sociales, sont frappées d'anathème parce que jugées archaïques et anachroniques par des jeunes bercés dans l'illusion du miracle américain, de l'" American way of life " et tuti quanti. Pourtant, ce sont ces valeurs qui ont gouverné nos sociétés des siècles durant et qui ont assuré leur pérennité, aujourd'hui mise à mal.

 

Face à ce phénomène, l'ex-ministre de la Culture, Mahamoudou Ouédraogo, avait dégagé quelques pistes de réflexion. Pour lui, les différents acteurs doivent travailler à une réappropriation des valeurs culturelles du pays, notamment par les jeunes dans une dynamique d'enracinement mais également d'ouverture intelligente et féconde vers les autres cultures. Cela, parce que tout n'est pas achetable ni vendable dans la culture. Il en va de même pour le tackborsé.

 

Toujours innover

 

De nos jours, par la magie des technologies, les musiciens ont plus d'opportunités. Cette nouvelle dynamique découle d'une politique d'encouragement et des initiatives privées marquées par la mise en place d'infrastructures de production musicale. Mais il faut encore s'époumoner. C'est au prix d'un investissement colossal que les autres sont arrivés à se bâtir une réputation au-delà même de leurs frontières.

 

Aujourd'hui, plus que jamais, les Burkinabè peuvent se réjouir d'un rythme musical qui reflète leur être et leur aspiration profonde. Le tackborsé peut très bien coller à " l'air du temps " sans pour autant être esclave d'un mimétisme exagéré. En effet, certaines variantes du rythme tranchent difficilement avec le couper-décaler. Pourtant, le pays regorge de potentialités culturelles qui ne demandent qu'à être méthodiquement exploitées.

 

Il ne s'agit point de s'enfermer dans son cocon mais plutôt de puiser la sève nourricière de la musique burkinabè dans son substrat culturel. A cet égard, les " tackborsmen " ont le mérite d'entretenir le rêve de toute une génération. Mais au-delà de la simple ambiance, il faut un véritable " état d'esprit ". De par le monde, la plupart des courants musicaux ont été accompagnés d'accessoires (vêtements, sacs à mains, chaussures...).

 

Ils ont même été à la base de grandes industries à certains endroits. En réalité, un concept n'est fort que par l'esprit qui l'anime. En ce sens, les artistes, à force de travail, peuvent offrir à la musique burkinabè ce qu'il y a de meilleur : un label. Une telle prouesse renforcerait la position de carrefour culturel du Burkina Faso. " L'amour est un tyran qui n'épargne personne ", écrivait Corneille.

 

La musique peut également être envisagée sous cet angle. Dans cette perspective, la lampe du tackborsé est allumée. Il appartient maintenant à tous les protagonistes de faire en sorte que le feu qui l'alimente ne se révèle un feu de paille. Une gageure ?

Flavien Bationo

Evénement du 10 Mars 2007



21/03/2007
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