L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Législatives 2007 : Premières leçons

Législatives 2007

Premières leçons

 

Finies les législatives 2007.

"Alea jacta est (1)", et en principe chacun a récolté ce qu'il a semé. Ainsi, ceux qui, à force de courage et de ténacité ou qui auraient tout simplement bénéficié de la courte échelle offerte par un grand parti, ont obtenu leur quitus pour l'Hémicycle en sont à se frotter les mains. Les autres, recalés, ont encore une législature pour se préparer à leur future entrée  à l'Assemblée nationale.

En tout cas, sauf erreur ou omission, les résultats de ces législatives 2007 sortis par la presse nationale sont assez proches de la réalité du terrain.

Mais d'ores et déjà, il faut se féliciter de ce que la quasi- totalité des formations politiques en lice pour l'Hémicycle aient pu discipliner leurs militants et leurs sympathisants, nous évitant les bagarres et autres déchirements préjudiciables à la démocratie, à la paix sociale et au développement de notre pays. En cela, on doit une fière chandelle au Conseil supérieur de la Communication qui a joué sa partition dans cette épreuve des urnes.

Il en va ainsi de la CENI qui, en dépit des quelques insuffisances constatées sur le terrain, reste une institution qui, sous le patronage de Moussa Michel Tapsoba, se bonifie d'année en année.

Il faut aussi se féliciter de ce que, pour la 4e fois consécutive,  les politiciens de tout poil, malgré les quelques réserves qu'ils ont eu à émettre à   un moment ou à un autre sur la transparence du scrutin, se soient engagés dans la bataille sans faux-fuyants.

Une chose est sûre : les bourrages  d'urnes et autres stratégies de fraudes massives et éhontées constatés aux premières lueurs du présent processus démocratique relèvent désormais d'un bien douloureux passé. Même s'il y a de nos jours des poches de résistance en matière de fraudes, elles sont plus subtiles et moins massives et pourraient difficilement inverser une tendance  déjà fortement imprimée. Mieux et contrairement aux idées reçues, ce n'est pas seulement le parti au pouvoir ou les poids lourds de la scène politique nationale qui excellent dans la fraude. Même les  petites formations  politiques n'hésitent pas à se faire quelques voix de plus, grâce à la fraude. Frauder aux élections semble être plus une affaire d'opportunité que de moyens financiers.

Tout compte fait, d'un scrutin à un autre, la transparence s'installe dans le processus démocratique crescendo au Burkina, car, comme le disait fort à propos un politiste, "la démocratie est aussi et surtout mûrissement année par année, anneau par anneau".

Et il est de notoriété publique que l'implantation d'une démocratie véritable est synonyme d'alternance au pouvoir.

Et si en 2002, seulement 30 formations politiques ou regroupements de partis avaient accepté de compétir, en 2007, ils sont au total 47 à aller à la conquête de l'électorat. Et cette inflation de formations politiques ne fait que le bonheur du CDP, qui s'en frotte les mains, ratissant large  pour mieux profiter de la situation.

L'autre incongruité qui fragilise les partis autres que celui qui est au  pouvoir, c'est les provinces qui ont un unique siège de député.

Parce qu'on a ramené la circonscription électorale de la région à la province, environ une quinzaine de provinces se retrouvent avec un seul siège de député. Et puis, le CDP est de loin le parti  le plus structuré  et dont les tentacules vont de la région au moindre hameau de culture ; cette formation politique rafle sans coup férir tous les uniques sièges en jeu.

En effet, hormis la Bougouriba où l'unique siège est revenu à l'ADF/RDA et l'Oudalan où le siège a été ravi par la CDF/B du ministre Diemdioda Dicko, les 13 autres  provinces à siège unique ont voté le  CDP.

 

Les constats froids

 

Au soir du 6 mai, le CDP a engrangé environ 64 sièges. Et sauf surprise de dernière  heure, avec le cumul des élus de la liste nationale, ce parti pourrait se retrouver avec une confortable majorité d'au moins 75 députés.

Après le coup d'essai des dernières municipales où l'ADF/RDA s'est révélée être une formation politique avec laquelle il faut désormais compter, ce parti  a confirmé au soir du 6 mai son incontestable place de 2e force politique du Burkina.

Avec présentement 12 élus sur les listes provinciales, l'ADF/RDA pourrait atteindre le respectable nombre de 15  si on y ajoute ceux de la liste nationale.

Mais même occupant la 2e place après le CDP, l'ADF/RDA pourrait-elle  s'offrir le maroquin tant convoité de chef de file de l'Opposition ?

Le doute est permis lorsqu'on sait qu'ils sont nombreux les Burkinabè qui pensent franchement qu'on ne peut pas soutenir à bras-le-corps le "programme continu pour une société d'espérance" de Blaise Compaoré et prétendre être et parler au nom de l'Opposition. Mais sait-on jamais, car, à force de négociation et de persuasion, le jeune patron de l'ADF/RDA pourrait rallier certains hommes politiques.

Ces législatives ont également confirmé la place de 3e force politique nationale de l'UPR du député Toussaint Abel Coulibaly. Certes, avec 5 députés pour le moment et probablement 6 ou 7 après l'addition de ceux de la liste nationale, il serait toujours difficile pour l'UPR d'avoir son propre groupe parlementaire, qui requiert au moins dix élus. A moins donc d'un réaménagement du règlement intérieur de la nouvelle Assemblée, l'UPR ne pourrait avoir son propre groupe parlementaire, mais envoyer autant d'élus à l'Hémicycle reste un score à saluer.

 

Les grands perdants

 

A l'échelle nationale, Cyril Goungounga reste un cadre de haut vol, un intellectuel fécond et un homme politique averti. Après avoir passé trois mandats successifs  à l'Hémicycle (avec une probable et confortable retraite de député), Cyril Goungounga, en dépit de ses vastes connaissances des travaux parlementaires, n'a obtenu aucun élu sur les listes provinciales. On s'y attendait un peu, car pour ce que son parti, le PARIS, représente réellement sur le terrain, c'était un pari risqué que de compétir en solitaire à ces législatives 2007.

Les mêmes causes produisant   les mêmes effets, il nous aurait paru surprenant que Ram Ouédraogo du RDEB rebelotât.

Avec la 15e place de suppléant qu'il occupait sur la liste nationale de l'UNDD, on savait qu'Hermann, qui n'a jamais montré un enthousiasme fécond à l'Hémicycle, ne tenait pas  à y revenir. Qu'il ne soit pas à l'Assemblée pour cette 4e législature s'explique par son choix.

Ce qui nous a surpris par contre, c'est la volonté du fils de Maurice Yaméogo de se faire hara-kiri politiquement parlant. Jugez-en : non content de mener une campagne législative aux antipodes de l'orthodoxie en la matière, le Président de l'UNDD a avoué n'être pas allé voter. Dans notre petite expérience de journaliste s'intéressant à la chose politique, c'est la première fois qu'un responsable politique de cette envergure se comporte  avec une totale désinvolture lors d'une campagne. Peut-être bien que l'avenir nous permettra d'avoir une grande lisibilité sur ce comportement électoral ; mais en attendant, avec un seul député (pour le moment) à l'Assemblée nationale,  l'UNDD, qui passe pour être un des moteurs de l'Opposition au régime Compaoré, est réduite à sa plus simple expression et court le risque d'être aphone désormais.

Parce que le patron de la BACB est banquier de son état et proche de l'âge de la retraite, on s'attendait à le voir  siéger à l'Hémicycle surtout qu'avec lui, ce ne sont certainement pas les espèces sonnantes et trébuchantes qui font défaut. Avec donc le décès du maire Mamadou Koné, celui-là même qui, grâce à ses qualités  de meneur d'homme, avait réussi à battre à plate couture le CDP à Banfora, on avait cru que ce parti était désormais sur un boulevard pour envoyer Benoît Ouattara et Léonce Koné à l'Hémicycle. Et si le billet  du ministre Benoît Ouattara est un acquis, Léonce Koné, lui par contre, devra prendre son mal en patience.

Figure également parmi les grands perdants de cette cuvée 2007 l'émir du Liptako sur qui beaucoup d'espoirs avaient été fondés pour représenter son Séno natal à l'Hémicycle.

Philippe Ouédraogo, le premier polytechnicien de notre pays, devrait dire aussi au revoir à l'Assemblée. Il pourrait en être de même pour son frère ennemi Soumane Touré dont le parti, le PAI, avec un seul élu, se retrouve dans les profondeurs du classement.  Nongma Ernest Ouédraogo de l'UPS avait déjà fait ses valises pour aller administrer la commune rurale de Téma-Bokin, cédant son siège à son suppléant, il y a de cela environ une année. Sauf erreur ou omission, le patron de l'UPS devra se contenter de son poste de maire.

Bref, ils sont  nombreux et non des moindres qui sont considérés, à certains égards, comme les grands perdants de ces législatives.

 

Les Bleus

 

Dans le langage familier, les bleus sont ceux qui sont nouveaux, inexpérimentés.

A ce titre Norbert Tiendrébéogo de l'UPS, Hyacinthe Kafando du CDP, Héma Makoura, Miyemba Louis Armand Ouali du RDB, Fidèle Kiétéga de l'UNIR/MS, Célestin Koussoubé de l'ADF/RDA, Nestor Bassière de l'UPS, Arba Diallo du PDS et le roi Kupiendiéli du Gourma, pour ne citer que ceux-là, peuvent être considérés comme des bleus.

Car, sauf erreur ou omission, aucune de ces personnalités  n'a encore la moindre  expérience parlementaire.

Véritablement il y a de quoi se frotter les mains puisque certains de ces nouveaux venus ne sont pas des "députés-carpes", mais de vrais patriotes, des débatteurs hors pair et des forces de propositions. En cela, nous pensons à Norbert Tiendrébéogo qui, désormais, va abandonner son métier de banquier à la SGBB pour siéger à l'Assemblée.

Nous n'oublions pas l'ancien maire de Gaoua, Louis Armand Ouali, qui, grâce à sa donne personnelle et en dépit de difficultés de tous ordres, s'est fait élire haut la main député RDB du Poni.

Nous pensons également au maire de Dori, Arba Diallo, qui reste, quoi qu'on dise, un intellectuel honnête et un homme de propositions pertinentes. Nous pensons enfin au ministre Laya Sawadogo qui, tout comme son épouse, Blandine, siégera à l'Assemblée. Ce n'est pas la coutume de voir un couple siéger simultanément à l'Hémicycle. Dans ce groupe des bleus, nous n'omettrons pas de citer l'ex-ministre du MEBA, Fidèle Kiétéga ; bref, toute cette cuvée 2007 des législatives nous réconforte, car l'avenir semble prometteur.

 

La confirmation

 

C'est peut-être assez osé de le dire, mais le PDP/PS, qui passait naguère pour être la première force de l'Opposition, n'est aujourd'hui que l'ombre de lui-même. Et certains n'ont pas hésité à dire que le prof. Ki-Zerbo est  mort avec son parti  qu'il avait fondé en 1993. Fort d'une dizaine d'élus au milieu des années 90, le PDP/PS se retrouve aux lendemains des législatives au creux de la vague avec seulement deux sièges. 

Et les heureux élus ont pour nom : Etienne Traoré, professeur de philosophie politique à l'Université de Ouagadougou, qui fait ainsi sa véritable entrée à l'Hémicycle. Il y a aussi et surtout le Dima de Boussouma qui, grâce à son équation personnelle, semble pouvoir continuer d'être élu député,  peu importe le parti.

Ces deux personnalités confirment toutes leurs qualités intrinsèques. Nous aurons également du plaisir à réécouter Laurent Bado qui revient à l'Hémicycle en dépit  du scandale des 30 millions qui a failli entacher sa notoriété. Il ne sera d'ailleurs pas la seule "grande gueule" à revenir à l'Assemblée. Ainsi, nous aurons hâte d'entendre de nouveau Fidèle Hien de l'UDPS, Stanislas Sankara de l'UNIR/MS et le jeune Ousséni Tamboura de l'ADF/RDA, etc.

Bref, voici des personnalités de l'Opposition qui, avec certains grands esprits du parti au pouvoir, vont sans aucun doute donner un soupçon de tonus à l'Assemblée. Nous en avons vraiment besoin.

C'est la toute première lecture  que nous faisons de ces dernières législatives.

 

Boureima Diallo

L’Observateur Paalga du 9 mai 2007

 

 

Note :

(1) Signifie le sort en est jeté



09/05/2007
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