L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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L’entêtement de Tandja attise la crise la rébellion au Niger

Rébellion au Niger

L’entêtement de Tandja attise la crise

En marquant leur solidarité avec l’action des autorités nigériennes dans la lutte contre "l’insécurité", tout en se gardant soigneusement d’employer le terme de "rébellion" au sujet du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), orateurs et manifestants descendus dans les rues de Niamey à l’appel de la mouvance présidentielle, viennent visiblement d’opter pour la stratégie de l’autruche. Ils ont préféré enfouir leur tête dans le sable pour se soustraire à la réalité, comme l’autruche devant un prédateur. Mais à la différence de l’oiseau grand coureur d’Afrique, l’être humain a du bon sens. Face au risque d’escalade de la violence, on comprend mal l’entêtement des autorités nigériennes et des responsables des partis satellites à nier l’évidence d’une rébellion armée qui se fait de plus en plus menaçante et qui a clairement fait part de ses revendications politiques. Et pourtant, bien des hommes politiques de ce pays, dont l’ancien Premier ministre Hama Hamadou, avaient officiellement déclaré que le mouvement armé était bel et bien politique et avaient, de ce fait, recommandé le dialogue. Toutes choses qui, jusque-là, n’ont apparemment pas réussi à faire entendre raison au régime Tandja qui s’enlise dans ses maladresses. Jusqu’à quand ce cirque dans lequel le pouvoir nigérien veut maintenant embarquer le peuple, va-t-il durer ? En tout cas, le temps presse, à en juger par la multiplication des attaques rebelles qui pourraient de plus en plus viser des objectifs gouvernementaux à proximité des villes. Il s’agit, pour ces rebelles touaregs, de marquer une nouvelle phase de la lutte. S’il n’y a pas de nouvelle rébellion au Niger, après la signature des accords de paix d’avril 1995, il faudra au pouvoir en place, prouver que le Niger fait face à une insécurité créée par de vulgaires bandits armés. Une fois qu’il en apportera la preuve, il devra ensuite prendre toutes ses responsabilités, si tant est qu’il veuille défendre les intérêts du peuple nigérien, pour que la sécurité de celui-ci ainsi que celle de ses biens soit restaurée immédiatement dans cette zone instable et très importante pour le tourisme. Dans ce cas, tous les moyens militaires devraient être réunis pour que les bandits soient combattus et traités comme tels. Le niveau de réaction de l’armée devra par conséquent dépendre de la cible visée. Seulement, le problème est bien plus complexe que les autorités nigériennes ne veulent le faire croire. Il s’agit bel et bien d’une insurrection armée et tout engagement des forces militaires est subordonné à un engagement politique. En plus, une médiation n’est envisageable que si le gouvernement dit avoir affaire à des rebelles. C’est peut-être l’approche du gouvernement qui explique le peu d’empressement de l’extérieur à venir au chevet du malade nigérien qui feint de s’ignorer.

Dans tous les cas, il y a comme un plaisir à faire valoir qu’il y a des divergences dans l'approche dans ce problème interne nigérien. Alors que pour les uns, la réalité de la rébellion armée ne fait aucun doute, pour d’autres, on nie totalement cette réalité et on rejette toute idée de négocier avec des bandits. En réalité, réduire le problème nigérien à de simples actes de banditisme, c’est assurément vouloir faire prendre aux autres des vessies pour des lanternes.

Qu’a fait le gouvernement de l’accord de paix avec les rebelles, signé sous l’égide de la communauté internationale, qui avait été accueilli avec un grand soulagement au Niger et qui prévoyait une "large autonomie" de gestion des zones touaregues, la reconversion socio-économique des rebelles et surtout un partage "juste" des énormes ressources générées par ces zones ? Ne fallait-il pas s’attendre, au regard du niveau d’application à ce jour, du dudit accord, à ce qu’à un moment donné, ce mouvement armé exprime son ras-le-bol avec les moyens les plus menaçants qui sont en sa possession ? Pour ce qui est du gouvernement nigérien, a-t-il si peur de prendre ses responsabilités, au point de s’obstiner à ne pas céder aux revendications de la rébellion ? Pourquoi une telle approche dilatoire de sa part ? En tout état de cause, le pouvoir nigérien n’avancerait à rien en cherchant toujours à noyer le poisson dans l'eau. Plutôt que de jeter à la Libye ainsi qu’à la France des regards chargés de réprobations, il devrait travailler à régler définitivement cette crise qui est, avant tout, interne.

Il ne servirait à rien de faire fi des revendications du mouvement rebelle en usant de fuites en avant, car ce serait entretenir le cycle de la violence. S’il est établi que tous les différends se résolvent généralement autour d’une table de négociation, pourquoi ne pas y aller maintenant, et considérer cette rébellion armée comme un interlocuteur incontournable ? En tout état de cause, le pouvoir de Niamey doit avoir le courage d’engager des négociations pour un retour de la quiétude dans la zone nord du pays.

Le Pays du 14 août 2007



14/08/2007
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