L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Les critiques acerbes d'un instituteur contre le PDDEB

PDDEB
Les critiques acerbes d'un instituteur

 

Le Plan décennal de développement de l'éducation de base (PDDEB) est une affaire mal engagée et, à ce titre, ne peut qu'échouer. C'est le résumé du sentiment de cet instituteur de Ouahigouya.

 

Le Pays des hommes intègres a mal à son éducation. C'est ce que révèle un diagnostic fait déjà il y a près de deux décennies. Pour y remédier, un certain nombre de mesures dont un plan décennal de développement ont été adoptées. Mathieu R. Ouédraogo fut le premier à la tête du ministère de l'Enseignement de base à mettre en oeuvre ledit plan.

Mais, ce que les autorités de ce pays refuseront de reconnaître, c'est que le PDDEB (Plan décennal de développement de l'Enseignement de base) porte en lui-même les germes de son échec. D'abord, il y a beaucoup d'incohérences entre les actions et les objectifs à atteindre. Ensuite, la place de l'enseignant, pièce maîtresse du système éducatif, est nettement occultée.

Enfin, le PDDEB pèche par son surpoids: 234 milliards de FCFA. Au regard de ce dernier aspect, le ministre Mathieu R. Ouédraogo, grand diplômé de l'école du gain facile, qui avait fait ses preuves à L'E.N.S.K (actuelle université de Koudougou) décida de le soumettre à une cure d'amaigrissement.

Mais le régime était si sévère qu'à la troisième année, le PDDEB entrait en transe. Le chef du gouvernement voyant venir la capitulation dépêcha Mme Marie Odile Bonkoungou au chevet de ce qui était devenu la prunelle des yeux de l'équipe gouvernementale qui, d'ailleurs, ne tarissait pas d'éloges à son sujet. La rigueur et le dynamisme du successeur de Mathieu lui valent la sympathie et les encouragements des différents acteurs de l'éducation.

Mue par la volonté de réussi à tout prix et le désir "d'aller vite au charbon", Mme Bonkoungou commet dans la foulée une grosse erreur: faire du nouveau avec du vieux. Elle ambitionne donc de réussir presqu'avec la même équipe là où son prédécesseur a échoué. Si la construction massive de salles de classe, le recrutement en quantité industrielle "d'agents alphabétiseurs", l'atteinte de 70 % de taux de scolarisation en 2010 sont les objectifs du PDDEB, eh bien madame peut d'ores et déjà se frotter les mains car elle y parviendra naturellement.

 

Les facteurs de l'échec du PDDEB

 

Cependant, si nous admettons que le but de l'éducation consiste à faire de l'homme un être responsable et autonome, utile à lui-même et à sa société nous craignons fort que 2010 ne soit l'année des regrets et des frustrations. Plusieurs raisons militent en faveur de notre pessimisme et plusieurs facteurs se liguent contre le succès du PDDEB. D'abord, le PDDEB, cela on ne peut le dissimuler, n'a pas été pensé pour résoudre les problèmes qui minent l'éducation de base mais pour améliorer les statistiques en vue d'un meilleur classement du Burkina par le PNUD. On sait que les autorités de ce pays ont toujours réfuté le rang du Burkina selon le classement du PNUD, arguant le manque d'objectivité des critères d'appréciation. Selon elles, le Burkina mériterait un meilleur rang si le PNUD n'accordait pas beaucoup d'importance aux domaines de l'éducation et de la santé. C'est sans doute ce qui explique les agitations au sein des ministères de l'Enseignement de base et de la Santé. L'image extérieure du Burkina, on ne badine pas avec. Tant pis pour ce qu'elle est de l'intérieur. Un des premiers symptômes de la mauvaise santé de notre système éducatif est la baisse sensible et progressive du niveau de ceux qui en sont issus.

A ce problème le PDDEB n'apporte aucune solution, pis, il enfonce le clou en réduisant la durée de formation des futurs enseignants. La qualité, les responsables du MEBA n'en ont cure. Le PDDEB en sa deuxième phase a intégré la distribution gratuite de fournitures scolaires aux élèves. Une démarche qu'il faut louer à sa juste valeur surtout dans un pays très pauvre comme le nôtre. Cependant, triste est de constater que ces fournitures sont de la pire qualité qu'on puisse trouver sur la place du marché. Les cahiers des éleves se déchiquettent, s'en vont en lambeaux au fur et à mesure que ceux-ci les utilisent.

Les bics, produits de la contrefaçon, ont vite été abandonnés par les bénéficiaires au profit d'autres de meilleure qualité. Les dotations des enseignants en consommables n'échappent pas non plus à cette loi de la médiocrité.

La craie qui porte d'ailleurs la griffe MEBA est une véritable broutille. Tous ceux qui se soucient de leur santé s'en méfient. Et lorsqu'une règle vous échappe des doigts, elle se fragmente comme un morceau de glace. Faut-il alors penser que la médiocrité est aussi un objectif du PDDEB ? Si non, il faut alors conclure que des gens sont encore en train de se "sucrer la vie" sur le dos des enfants burkinabè.

Les enseignants pensaient que le PDDEB, surtout au vu des moyens financiers qu'il charrie, sonnerait le glas des activités pédagogiques non prises en charge. Illusion ! Le désenchantement ne tarda pas. Ils ont été surpris amèrement dès la première année de la mise en œuvre du PDDEB qu'aucune prise en charge n'a été prévue, ni pour les GAP (groupes d'animations pédagogiques), ni pour les stages de recyclage, encore moins pour la conférence pédagogique annuelle.

Il a fallu alors opter pour un boycott systématique de ces activités pour voir arriver, pour ce qui concerne la conférence pédagogique et les GAP, une prise en charge dérisoire et mal inspirée. Cinq cent mille (500.000) F CFA par GAP et par an et cinq cents mille (500.000) F CFA par CEB (Circonscription d'éducation de base). La prise en charge de la conférence pédagogique doit être dépensée selon les mesures prises par le MEBA en termes de restauration, de locations de salles et de matériel de sonorisation.

Dans un ministère où les "deals" sont rarissimes, beaucoup de chefs de circonscription l'ont accueilli comme du pain béni. Les enseignants, dindons de la farce, n'avaient d'autre possibilité que de boycotter ladite conférence pour manifester leur mécontentement. Ainsi, des millions ont été dépensés pour une activité boycottée à plus de 90 % par les enseignants.

Pour ce qui concerne les GAP, après la série des 70 000 FCFA par GAP et par an, soit moins de 3 000 F CFA par enseignant et par an, la prise en charge de ces activités à hauteur de 500.000 F CFA par GAP a été accueillie favorablement par les bénéficiaires qui ont donc décidé de suspendre le boycott.

 

Des enseignants payés en monnaie de singe

 

Malheureusement, le traitement en masse des enseignants persiste. Pas de prise en charge individuelle. Comme la précédente, cette somme doit être dépensée dans la restauration, la prise en charge de personnes- ressources, de production de documents. Ce qui est davantage révoltant c'est le cas du Yatenga qui a vu son enveloppe financière réduite de moitié. Monsieur le DPEBA, qui avait échoué dans sa tentative d'obtenir un avenant du ministère, se résigne et engage la responsabilité de ses agents dans ce qu'il appelle "une erreur de mes services". Il demande alors de la compréhension de la part des enseignants et propose un redimensionnement voire surdimensionnement des GAP pour faire face au manque à gagner de 16.000.000 de F CFA. Cette histoire nous paraît absurde. Comment les services de la DPEBA peuvent-ils, à l'heure de l'informatique où la vérification est facile, réduire de moitié d'une année à l'autre l'effectif des GAP de la province ?

Admettons cependant par l'absurde que l'erreur soit partie de la DPEBA. La DAAF du ministère sait, si elle n'est pas de mauvaise foi, que l'effectif des GAP ne peut évoluer vers la baisse, surtout de moitié au moment où on recrute davantage d'enseignants. Mais elle valide l'erreur, puisque cela va dans son intérêt et engrange ainsi des millions au détriment des enseignants. Nous sommes certains que si la DPEBA avait envoyé à la DAAF un effectif double de celui de l'année passée, l'erreur ne serait pas passée inaperçue. Il se dégage là une volonté manifeste de spolier les enseignants.

On se souvient de ces oublis spectaculaires de noms d'enseignants sur les bordereaux de paie des indemnités multigrades il y a quelques années de cela. L'affaire prenant de l'ampleur d'année en année, les victimes ont fini par se convaincre que l'oubli était intentionnel. Le démantèlement du système a abouti aux portes de la DAAF. Ce qui est arrivé au Yatenga pourrait être le début d'un processus qui touchera progressivement les autres provinces. A l'heure où nous écrivons ces lignes, les enseignants titulaires des classes multigrades totalisaient neuf (9) mois d'arriérés d'indemnités.

Selon certaines autorités du MEBA, il n'y a pas urgence en la matière car "ce ne sont que des indemnités" étant donné qu'elles perçoivent régulièrement leur salaire mensuel. Nous tenons à rappeler ici que ce qui est communément appelé "indemnité multigrade" l'est avec l'extrême compréhension des enseignants face à un gouvernement qui arguait l'extrême pauvreté du pays pour leur proposer une compensation extrêmement insignifiante. En retour, ceux-ci sont payés en monnaie de singe. Aucune reconnaissance de la part de l'Etat.

En effet, il n'y a pas de division avec laquelle le maître titulaire de classe multigrade travaille pour le salaire et une autre avec laquelle il travaille pour les indemnités sinon aucun élève ne réussirait dans cette dernière. Au contraire, il fournit le même effort et il a obligation de résultat dans l'une ou dans l'autre division. En toute logique on devrait lui servir un double salaire du fait de son effort double. Malheureusement, cet enseignant perçoit 15 000 F CFA par mois nettement en deçà du SMIG ou d'une prise en charge journalière d'un séminaire à Ouaga 2000 comme rémunération d'une classe supplémentaire tenue. Dans un Etat de droit cela devrait susciter de l'indignation.

 

Le bien-être de l'enseignant ne préoccupe pas le gouvernement

 

Tout cela n'est pas un problème puisque les enseignants ne s'en plaignent pas. Ce qui est vraiment regrettable, c'est que rentrer en possession de ces miettes relève d'un véritable parcours du combattant. Cette année, bien qu'ils y soient obligés, les enseignants refusent d'abandonner les enfants pour revendiquer leur droit. Mais ceux-ci sont en train de réaliser que le bien- être de l'enseignant est la dernière préoccupation du gouvernement. Celui-ci a toujours exploité bassement l'humanisme et le sens de responsabilité de l'enseignant. C'est pourquoi il ne sera pas surprenant que la rentrée du 3e trimestre n'ait pas lieu sans indemnités dans les classes multigrades. Car ce que les enseignants attendent depuis 9 mois, qu'il soit appelé indemnité ou autrement, est en réalité 9 mois d'arrières de salaire. Le salaire étant la rémunération en rétribution d'une force de travail manuel ou intellectuel à ceux qui la fournissent par les employeurs qui la demandent. Il est donc aisé de constater que le traitement réservé à l'enseignant du MEBA ne diffère pas de celui de l'ouvrier ; tous sont payés quand leur employeur le veut.

C'est pourtant dans ce climat malsain de travail que l'on attend de l'enseignant un meilleur rendement. Illusion ! "Quand le cœur ne consent pas, l'esprit ne conçoit pas", comme le dit un adage. Les forts taux de réussite au CEPE ne sont que des leurres. Les professeurs du secondaire en savent quelque chose. Et voilà comment avec des intentions, peut-être nobles, un dévouement et un dynamisme à toute épreuve, Madame Marie Odile Bonkoungou échouera dans sa mission à la tête du MEBA.

 

Valentin Porgo Instituteur à Ouahigouya

Le Pays du 10 avril 2008



10/04/2008
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